Napoléon : « C'est la dernière fois que j'entre en discussion avec cette prêtraille romaine. » | L’Histoire en citations
Napoléon : « C'est la dernière fois que j'entre en discussion avec cette prêtraille romaine. »
Citation du jour

 

Napoléon et Pie VII : le duo est devenu duel au sommet, et vrai drame à la fois humain, religieux, politique. Aucun des deux n’est prêt à céder.

De la part de l’empereur, rien d’étonnant, vu son caractère. Mais la force d’âme de Pie VII surprend l’adversaire et Napoléon, plus superstitieux que vraiment chrétien, sait l’importance de la religion pour le peuple.

« C’est la dernière fois que j’entre en discussion avec cette prêtraille romaine. »1829

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Lettre à Eugène de Beauharnais, 22 juillet 1807

« L’Église romaine et les Négociations du Concordat (1800-1814) », Revue des deux mondes, tome LXXII (1867).

La « prêtraille », c’est le pape. Et l’empereur sous-estime l’adversaire.

Pie VII refuse d’annuler le mariage (américain) de Jérôme Bonaparte, le cadet de ses quatre frères, mineur à l’époque. Il refuse aussi de se joindre au Blocus continental contre l’Angleterre, au nom de sa neutralité de pasteur universel.

Napoléon menace et charge Eugène, son beau-fils (qu’il a fait vice-roi d’Italie), de passer le message : « Si l’on veut continuer à troubler les affaires de mes États, je ne reconnaîtrai le pape que comme évêque de Rome […] Je ne craindrai pas de réunir les Églises gallicane (française), italienne, allemande, polonaise, dans un concile pour faire mes affaires sans pape. » Ce qui se fera, en 1811. En attendant, Joseph Bonaparte est « roi de Rome ».

Après le Concordat, compromis religieux qui satisfait les deux partis, et le sacre qui comble l’orgueil de l’empereur, les relations des deux hommes vont tourner au drame.

« Romains, vous êtes appelés au triomphe sans avoir partagé le danger ! […] Romains, vous n’êtes pas conquis, mais réunis ! »1838

Les hérauts à la population, 10 juin 1809

Le « département du Tibre, chef-lieu Rome », est rattaché à l’Empire français depuis un décret impérial du 15 mai 1809, qui prend effet ce 10 juin : c’est l’annexion des États de l’Église. C’en est trop.

Pie VII signe dans la nuit l’excommunication de Napoléon : bulle Quum memoranda. Napoléon riposte par la force : il fait enlever le pape, le 6 juillet ! Provocation et scandale : l’empereur devient, pour toute l’Europe, l’homme à abattre. D’où la cinquième coalition.

« Je sais qu’il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, mais le Pape n’est pas Dieu. »1852

NAPOLÉON Ier (1769-1821) au Comité ecclésiastique, Paris, 16 mars 1811

Pour l’heure, Pie VII est prisonnier à Savone depuis bientôt deux ans. Cette situation inspirera un drame en trois actes à Paul Claudel : L’Otage (1911).

Les affaires religieuses sont complètement désorganisées en France. D’où la décision de Napoléon : convoquer un concile pour mettre de l’ordre.

« Messieurs, vous voulez me traiter comme si j’étais Louis le Débonnaire. Ne confondez pas le fils avec le père […] Moi, je suis Charlemagne. »1856

NAPOLÉON Ier (1769-1821), aux Pères conciliaires, 17 juin 1811

Scène décrite dans les Mémoires de Talleyrand, avec force détails et dialogues. La colère de l’empereur explose. Le concile qu’il voulait à sa botte s’est ouvert à Paris, ce 17 juin. Et voilà que les Pères jurent, un par un, obéissance au pape prisonnier, lequel refuse aux évêques son investiture, pourtant prévue par le Concordat signé avec Napoléon.

Pie VII refuse tout « accommodement » aussi longtemps qu’il ne recouvrera pas sa liberté. Napoléon fait arrêter trois évêques et suspend le concile – qui reprendra début août. Le pape ne cède rien, bien que très malade.

Avant de partir pour sa tragique campagne de Russie, Napoléon ordonne le transfert de Pie VII à Fontainebleau. Il a reçu l’extrême-onction pendant le voyage (au Mont Cenis). Soigné, sauvé, toujours captif, il abdique sur certains points, puis se rétracte. Il retrouvera son palais du Quirinal à Rome, après la chute de Napoléon. Il lui survivra. Mais surtout, il pardonne à l’exilé de Sainte-Hélène et demande au gouvernement anglais qu’on traite décemment le prisonnier : « Il ne peut plus être un danger pour personne. Nous ne voudrions pas qu’il devienne une source de remords. »

Pour ces mots et pour bien d’autres bonnes raisons et bonnes actions, ce pape très chrétien a obtenu l’ouverture du procès en vue de sa Béatification (12 mars 2007). Histoire à suivre.

Directoire, Consulat et Empire

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