Koutouzov : « Napoléon est comme un torrent. Moscou sera l'éponge qui l'absorbera. » | L’Histoire en citations
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Premier Empire

Chronique

1812. Le commencement de la fin.

Annoncé par Talleyrand, programmé par le maréchal russe Koutouzov, le « commencement de la fin » est daté de la retraite de Russie (décembre 1812). Après un déni de réalité surprenant, l’empereur avoue que la fortune l’a ébloui. Mais il veut sa revanche contre l’Europe coalisée (Angleterre, Prusse, Russie, Autriche) et continue de se battre.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Napoléon est comme un torrent. Moscou sera l’éponge qui l’absorbera. »1862

Feld-maréchal KOUTOUZOV (1745-1813), exposant son coup de poker militaire à son état-major, début septembre 1812

La Guerre patriotique de 1812 (2008), Émile Grenier Robillard.

Parole prophétique, alors que l’armée napoléonienne est en marche vers Moscou. Été 1812, la guerre a repris : la sixième coalition dressera bientôt l’Europe contre Napoléon. Tout commence avec la Russie (…) Koutousov expose son plan : plutôt que d’affronter ce qui reste de la Grande Armée, il ordonne la retraite de Moscou, sans combat. Ses officiers pleurent, arrachent leurs décorations, parlent de trahison (…) mais le maréchal sera obéi.

« Moscou sera notre perte. »1863

Joachim MURAT (1767-1815), à Napoléon, 18 août 1812. La Catastrophe de Russie (1949), Louis Madelin

Napoléon s’est lancé dans l’aventure sans connaître le terrain, passant le Niémen le 22 juin. Murat, appelé pour la campagne de Russie, découvre la guerre d’usure. L’ennemi se dérobe, la Grande Armée s’enfonce en terre étrangère, amputée du tiers de ses effectifs sans avoir livré bataille : 150 000 hommes disparus, morts, épuisés par la canicule, blessés, déserteurs. Mais pour l’empereur, c’est une question d’honneur. On ira à Moscou.

« Voilà le soleil d’Austerlitz ! »1864

NAPOLÉON Ier (1769-1821), parvenu devant Moscou, au matin du 7 septembre 1812. Napoléon Bonaparte, ou trente ans de l’histoire de France, drame en 6 actes (1831), Alexandre Dumas père

Pour une fois, Dumas est fidèle à l’histoire ! La citation figure dans de nombreuses sources (…) Napoléon doit galvaniser les officiers, en évoquant la plus éclatante victoire de l’Empire. Il entre dans la ville comme en pays conquis et toujours sans combat, « transporté de joie » (…) La ville est vidée de ses habitants, 300 000 Moscovites ont fui avec tous leurs biens. Pis encore, un gigantesque incendie va détruire la cité construite en bois (…)

« La paix ? Mais nous n’avons pas encore fait la guerre. Ma campagne ne fait que commencer. »1865

ALEXANDRE Ier (1777-1825), Réponse à la lettre de Napoléon, 5 octobre 1812 (…)

Napoléon proposait à son « frère l’empereur Alexandre » d’arrêter sa marche, mais le tsar ne cédera pas. « Je préférerais m’exiler à Vladivostok et me faire pousser une barbe de trois pieds de long plutôt que de traiter avec lui. L’Europe est désormais trop petite pour nous deux. » Et il peut compter sur le général Hiver, pour vaincre l’envahisseur.

« Il ne s’agit en aucun cas d’une retraite, mais d’une marche stratégique. Mon armée n’est pas battue, que je sache ! »1866

NAPOLÉON Ier (1769-1821), 13 octobre 1812 (…)

Les premières neiges tombent et les dernières illusions de Napoléon s’envolent, mais il refuse encore de l’avouer. De Moscou, il envisage un repli sur Smolensk, le temps d’hiverner, pour repartir au printemps sur Saint-Pétersbourg. Il affectera de railler ces Russes « qui brûlent leurs maisons pour nous empêcher d’y passer la nuit. » Et Paris chante La Campagne de Russie.

« Il était un p’tit homme
Qu’on appelait le grand […]
Courant à perdre haleine,
Croyant prendre Moscou,
Ce grand fou !
Mais ce grand capitaine
N’y a vu, sabergé, que du feu ! »1867

La Campagne de Russie (automne 1812), chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Cette chanson se diffuse sous le manteau à Paris, tandis que commence la retraite de Russie d’octobre 1812. Le tsar accusa les Français d’avoir incendié Moscou. Sans doute se sont-ils contentés de piller la ville et d’achever ainsi de la détruire, après l’incendie qui aurait été ordonné par Rostopchine, gouverneur militaire (…)

« Ce diable de roi de Rome, on n’y pense jamais ! »1868

Nicolas FROCHOT (1761-1828), préfet de Paris (…)

Le général Malet, opposant à Napoléon, organise une conspiration (…) Il fait courir le bruit de la mort de l’empereur devant Moscou. Paris y a cru un moment (…) C’est un quasi-coup d’État. Le commandant la place de Paris, lui résiste, Malet est arrêté, fusillé le 29 octobre. Et tout rentre dans l’ordre. Mais personne, pas même le préfet, n’a pensé à crier : « L’empereur est mort ! Vive l’empereur ! » (…)

« Voilà le commencement de la fin. »1869

TALLEYRAND (1754-1838), à l’annonce du désastre de la retraite de Russie, décembre 1812 (…)

Il l’a prédit avant tout le monde, sans savoir l’ampleur de la débâcle. Les soldats sont victimes du « Général Hiver », comme prévu par le tsar Alexandre et le maréchal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux, et colle l’acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la Bérézina (25 au 29 novembre) est un épisode devenu légendaire : par –20 °C le jour, –30 °C la nuit, ce qui reste de la Grande Armée réussit à franchir la rivière (…)

« Fussé-je mort à Moscou, ma renommée serait celle du plus grand conquérant qu’on ait connu. Mais les sourires de la Fortune étaient à leur fin. »1870

NAPOLÉON Ier (1769-1821). Mémorial de Sainte-Hélène (1823), Las Cases

Au lieu de cela, Paris continue de chanter tout bas la cruelle chanson de La Campagne de Russie, durant la retraite de décembre 1812 : « Il était un p’tit homme / Qu’on appelait le grand […] / Sans demander son reste / Fier comme un César / De hasard / Dans cet état funeste / Napoléon le Grand / Fout le camp ! »

« Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. »1871

NAPOLÉON Ier (1769-1821), à son ambassadeur à Varsovie, Monseigneur de Pradt, 5 décembre 1812 (…)

Ce mot figure dans ses Maximes et pensées. Il fait partie d’un étrange discours, tenu par un homme fatalement éprouvé dans son esprit et son corps. Il nie avoir été vaincu, il nie même les dangers courus. Il dit que « l’armée est superbe ». Quant à lui : « Je vis dans l’agitation ; plus je tracasse, mieux je vaux. Il n’y a que les rois fainéants qui engraissent dans les palais ; moi, c’est à cheval, et dans les camps. » (…)

« L’armée a besoin de rétablir sa discipline, de se refaire, de remonter sa cavalerie, son artillerie et son matériel […] Le repos est son premier besoin. »1872

NAPOLÉON Ier (1769-1821), 29e Bulletin de la Grande Armée, Le Moniteur, 16 décembre 1812. Correspondance de Napoléon Ier, publiée par ordre de l’empereur Napoléon III (1858)

Derniers mots du tristement célèbre Bulletin. La France est frappée de stupeur. Napoléon, le 5 décembre, a décidé de rentrer, suite à la conspiration du général Malet et au coup d’État manqué de peu ! D’où cette course folle de treize jours, en traîneau, en cabriolet, à travers la Pologne, l’Allemagne… Mais il ignore le pire : la plus atroce déroute de l’histoire de France commence.

« La fortune m’a ébloui. »1873

NAPOLÉON Ier (1769-1821), à ses ministres, 19 décembre 1812 (…)

De retour à Paris dans la nuit, il avoue à ses ministres, le lendemain : « J’ai été à Moscou, j’ai cru signer la paix. J’y suis resté trop longtemps […] J’ai fait une très grande faute, mais la fortune peut encore la réparer. » Il apprend quelques jours plus tard la tragédie, la débâcle (…) Bilan total de cette campagne, 530 000 morts, victimes surtout du typhus, du froid et de la faim.

« J’ai vu vos troupes, il n’y a que des enfants. Vous avez fait périr une génération. Que ferez-vous quand ceux-ci auront disparu ? »1874

METTERNICH (1773-1859), à Napoléon qui le reçoit comme médiateur à Dresde, 26 juin 1813 (…)

Napoléon cherche une impossible trêve (…) Il fait le compte des soldats dont il peut disposer et tente de montrer sa force (…) En fait, il devra faire appel aux anciennes classes et recruter des « Marie-Louise », jeunes conscrits des classes 1814 et 1815, sans formation militaire. Metternich n’est pas dupe de la démonstration. Napoléon, furieux, lui reproche les ambiguïtés de sa politique. Ce qui va jeter l’Autriche dans le camp ennemi.

« C’en est fini de Bonaparte. »1875

METTERNICH (1773-1859), Lettre à son ami Hudelist (conseiller d’État), après son entrevue avec Napoléon, 26 juin 1813 (…)

Le chancelier d’Autriche vient de terminer son dialogue avec Napoléon, en abandonnant son ton diplomatique : « Vous êtes perdu, Sire ! Je m’en doutais en venant ici, maintenant je le sais ! » (…) La guerre reprend. Après la campagne de Russie et avant la campagne de France, c’est la campagne d’Allemagne. Napoléon repart, laissant la régence à Marie-Louise.

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