Déclaration d'indépendance des États-Unis : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : que tous les hommes naissent égaux... » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Siècle des Lumières. Règne de Louis XVI.

Force des idées nouvelles, apparition de noms nouveaux, mort de Voltaire et de Rousseau.

La Guerre d’indépendance des nouveaux États-Unis d’Amérique interpelle la France à plus d’un titre et La Fayette entre en scène, jeune « Héros des Deux-Mondes » partant au secours des Insurgents contre l’Angleterre (notre ennemie). L’impatience de Mirabeau, « mauvais sujet » désavoué par son père et la noblesse, s’explique. Le grand Voltaire est statufié vivant par le public et honni par Rousseau qui le suit de peu dans la tombe. Beaumarchais, auteur du Mariage de Figaro, triomphe à la Comédie-Française en défiant la censure. La France des privilégiés affiche son « plaisir de vivre » et la langue française diffuse mieux que jamais notre culture en Europe.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : que tous les hommes naissent égaux ; que leur créateur les a dotés de certains droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur. »1223

Déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique, rédigée par Thomas JEFFERSON (1743-1826) et adoptée par le Congrès, 4 juillet 1776 (Independence Day), rejetant l’autorité du roi d’Angleterre

Texte inspiré de la philosophie des Lumières et notre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 s’en inspirera. Ces principes sont dans l’air du temps et la contagion politique s’inscrit dans une heureuse logique. Elle passe aussi par la théorie des droits naturels du philosophe anglais John Locke, un demi-siècle avant Rousseau et son Contrat social (…) L’opinion publique est favorable aux Insurgents (ou Patriots) et Vergennes (ministre des Affaires étrangères) va céder (…)

« Les relations républicaines me charmaient. »1224

LA FAYETTE (1757-1834), profession de foi adolescente. Mémoires, correspondance et manuscrits du général Lafayette (posthume, 1837)

(…) La Fayette, 19 ans, contre l’avis de sa famille et du roi, s’embarque à ses frais sur une frégate, et débarque en Amérique, en juin 1777, pour se joindre aux troupes de Virginie. Nommé « major général », le jeune marquis paie de sa personne au combat. Plus que jamais charmé par les « relations républicaines », il s’enthousiasme pour l’égalité des droits, le civisme des citoyens (…)

« C’est au bras de la noblesse de France que la démocratie américaine a fait son entrée dans le monde. »1225

Paul CLAUDEL (1868-1955), ambassadeur de France aux États-Unis, prenant la parole devant la société des Cincinnati. La France et l’indépendance américaine (1975), duc de Castries

(…) La Fayette, de retour en France en 1779, triomphalement accueilli (…) pousse le gouvernement à s’engager dans la guerre d’Indépendance (…) Il repart et se distingue à nouveau en Virginie, contre les Anglais. 3 000 Français trouvent la mort dans ce combat qui s’achèvera par la défaite anglaise, en 1783. Le fougueux marquis gagne son titre de « Héros des deux mondes » (…) Les États-Unis se rappelleront cette dette historique, en 1917 (…)

« J’aurai bientôt vingt-huit ans. C’est un âge où avec de l’émulation et quelques connaissances, on peut n’être pas tout à fait inutile ; mais c’est aussi celui où l’on n’a plus de temps à perdre. »1226

MIRABEAU (1749-1791), Lettre à M. le Maréchal, duc de Noailles, 17 octobre 1777. Œuvres de Mirabeau, volume IV (posthume, 1834)

(…) Son père, qui n’aime pas ce fils mauvais sujet et fort laid, l’a contraint à entrer dans l’armée à 18 ans, et obtenu des lettres de cachet pour le faire mettre en prison (…) Intelligent, passionné, acquis aux idées des philosophes et partisan d’une monarchie constitutionnelle, il piaffe d’impatience, se faisant fort de vivre de sa plume, qu’il monnaie en multipliant les pamphlets et libelles contre l’absolutisme royal (…)

« Cela ressemble à mes idées […] comme un moulin à vent ressemble à la lune. »1227

TURGOT (1727-1781), prenant connaissance du projet de Necker, Lettre à Dupont de Nemours, février 1778. La Tactique financière de Calonne (1901), G. Susane

Necker, ministre en charge des Finances en fait sinon en titre, est salué comme un nouveau Colbert qui va moderniser l’économie de la France. Banquier suisse ayant prêté de l’argent à l’abbé Terray (aux Finances en 1772), il espérait lui succéder en 1774, mais Turgot l’a évincé (…) Les deux ministres sont honnêtes et compétents, mais Turgot, proche des physiocrates, prône une politique économique libérale (…)

« Quelle foule pour vous acclamer !
— Hélas, elle serait aussi nombreuse pour assister à mon supplice. »1228

VOLTAIRE (1694-1778), 30 mars 1778. Voltaire (1935), André Maurois

Le patriarche de Ferney, de retour à Paris à 84 ans, est reçu comme un roi, fêté à l’Académie, statufié à la Comédie-Française (avec son buste sur la scène) et ovationné pour sa dernière tragédie, Irène. Il est sensible à cette gloire, certes, mais pas tout à fait dupe.

« Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, en détestant la superstition. »1229

VOLTAIRE (1694-1778), profession de foi manuscrite, 18 février 1778. « Mot de la fin » écrit. Choix de testaments anciens et modernes (1829), Gabriel Peignot

Ses derniers mots, écrits de sa plume, sont pour la tolérance, le combat de sa vie. Il meurt le 30 mai 1778. Ses cendres seront transférées au Panthéon sous la Révolution - seul philosophe à avoir cet honneur avec Rousseau, son intime ennemi.

« Plus bel esprit que grand génie,
Sans loi, sans mœurs et sans vertu,
Il est mort comme il a vécu,
Couvert de gloire et d’infamie. »1230

Épigramme, juin 1778, attribuée à Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), à la mort de Voltaire (…)

Rousseau mourra deux mois après, à Ermenonville. Fin d’une longue guérilla philosophico-polémique, qui ne fit honneur à aucun des deux personnages, si talentueux (ou géniaux) fussent-ils.

« Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1780 n’a pas connu le plaisir de vivre. »1231

TALLEYRAND (1754-1838), à Guizot. Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps (1858-1867), François Guizot

(…) Témoignage d’un vieil homme, nostalgique de sa « belle époque ». Mais sa vérité correspond à la réalité : en 1780, la civilisation française est au zénith. Ensuite, ce sera le trouble dans les esprits, des calamités agricoles, le pays à bout de souffle après sa participation à la guerre d’Indépendance américaine, enfin la course à l’abîme du régime.

« Pour tout homme, le premier pays est sa patrie et le second c’est la France. »1232

Thomas JEFFERSON (1743-1826). Le Peuple (1846), Jules Michelet

Jefferson deviendra en 1801 le troisième président des États-Unis, après Georges Washington et John Adams. Il a été ambassadeur des États-Unis à Paris (de 1785 à 1789). Francophile et francophone, philosophe imprégné des Lumières, humaniste, c’est aussi un savant. Il exprime ici l’opinion générale : la France est très populaire outre-Atlantique, depuis 1777 et l’arrivée des volontaires, La Fayette en tête (…)

« Madame, si c’est possible, c’est fait ; impossible, cela se fera. »1233

CALONNE (1734-1802), ministre des Finances répondant à une demande de Marie-Antoinette, 1784. L’Ancien Régime et la Révolution (1856), Alexis de Tocqueville

Nouveau protégé de Vergennes, Calonne reste connu pour son laxisme (…) Intrigant et intelligent, séducteur et cynique, il cherche non pas à faire des économies pour diminuer la dette, mais à rétablir le crédit de l’État en inspirant confiance. On parlerait aujourd’hui d’une politique de relance quasi keynésienne (…) il semble réussir, surnommé l’Enchanteur (…)

« C’est détestable ! Cela ne sera jamais joué ! […] Il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de la pièce ne fût pas une inconséquence dangereuse. »1234

LOUIS XVI (1754-1793), qui vient de lire Le Mariage de Figaro avant sa création sur scène. Encyclopædia Universalis, article « Le Mariage de Figaro »

Depuis quatre ans, Paris parle de cette pièce dont l’auteur, Beaumarchais, est célèbre pour des raisons pas seulement littéraires – procès gagnés, aide à l’Amérique. Soumise à six censeurs, interdite de représentation à Versailles au dernier moment en 1783, puis jouée en théâtre privé le 23 septembre. Paris se presse pour la première publique à la Comédie-Française, le 27 avril 1784.

« Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. »1235

BEAUMARCHAIS (1732-1799), Le Mariage de Figaro ou La Folle Journée (1784)

La censure royale a remplacé la censure religieuse de la Sorbonne au XVIIe siècle : 79 censeurs ont charge d’autoriser ou d’interdire livres ou pièces, selon leur moralité. La censure inquiétera plus ou moins tous les philosophes, qui iront se faire éditer en Suisse, Hollande, Angleterre (…) Le théâtre, spectacle public, est exposé plus encore que le livre (…) Beaumarchais en traite, pour s’en moquer (…)

« Il y a quelque chose de plus fou que ma pièce, c’est son succès ! »1236

BEAUMARCHAIS (1732-1799). Beaumarchais et son temps : études sur la société en France au XVIIIe siècle d’après des documents inédits (1836), Louis de Loménie

Auteur enchanté, après le triomphe de la création, à la Comédie-Française. Sous-titrée La Folle Journée, la pièce sera jouée plus de cent fois de suite - un record, à l’époque. Mais Beaumarchais en fait trop, se retrouve à la prison de Saint-Lazare (mars 1785), et sa popularité ne sera plus jamais ce qu’elle fut au soir du Mariage qui prit valeur de symbole (…)

« Sûre, sociale, raisonnable, ce n’est plus la langue française, c’est la langue humaine. »1237

RIVAROL (1753-1801), Discours sur l’universalité de la langue française (1784)

L’Académie de Berlin a mis au concours en 1782 un sujet révélateur : « Qu’est-ce qui fait de la langue française la langue universelle de l’Europe ? Par où mérite-t-elle cette prérogative ? Peut-on présumer qu’elle la conserve ? » Et Rivarol obtint le premier prix avec son Discours. Rayonnements de la langue et de la civilisation d’un pays sont inséparables. La France a perdu sous Louis XV sa suprématie militaire, mais elle sert toujours de modèle à l’Europe (…)

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