« Parlement à vendre Ministres à pendre Couronne à louer. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Siècle des Lumières. Règne de Louis XVI.

Situation littéralement (pré)révolutionnaire.

Le peuple s’exprime en slogans, chansons et manifestations, comme il le fera sous la Révolution. Le ton monte, la personne du roi est encore épargnée, mais la reine, la couronne, les ministres, le clergé font les frais d’une opinion publique qui se déchaîne.

Louis XVI doit rappeler le très populaire Necker, ministre suisse et richissime - l’homme de la dernière chance. L’Assemblée des notables convoquée en 1787 n’a servi qu’à mieux démasquer l’attachement des privilégiés à leurs privilèges. Sous la pression de l’opinion, le roi se résout à convoquer les États généraux, pour le mois de mai 1789.

Robespierre et Desmoulins, deux avocats amis, souhaitent la Révolution radicale, tandis que l’abbé Sieyés met tous ses espoirs dans le tiers état, écarté du pouvoir et bien décidé à faire entendre sa voix. Concept politique, historique et magique, le tiers peut désigner le peuple comme la bourgeoisie. La Révolution va vivre et mourir de cette contradiction.

 Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Parlement à vendre
Ministres à pendre
Couronne à louer. »1255

Mots gravés sur les murs du Palais de justice, mai 1788. Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache

Des meneurs crient au coup d’État. Des soulèvements éclatent partout en France, orchestrés par une campagne de cabales et de pamphlets. En Languedoc à Toulouse, en Bretagne à Rennes, on manifeste. En Dauphiné à Grenoble le 7 juin 1788, on se soulèvera pendant la « journée des Tuiles ».

« Tremblez, tyrans, votre règne va finir. »1256

Écriteau placé au Théâtre des Italiens, sur la loge de la reine, mai 1788. La Reine Marie-Antoinette (1889), Pierre de Nolhac

Le roi essaie de faire passer les édits par lit de justice. Les Parlements organisent la résistance, font la grève de la justice et demandent la réunion des États généraux. Les remontrances succèdent aux remontrances, les émeutes aux émeutes. Le roi doit fixer la date de la convocation tant redoutée : au 1er mai 1789. Le 16 août 1788, c’est la banqueroute : l’État suspend ses paiements. Brienne démissionne, Paris illumine et brûle son mannequin.

« Grand prince, votre bienfaisance
De nos maux peut tarir le cours.
Rendez vous aux cris de la France :
Rappelez Necker à votre cour. »1257

Ô toi qui sais de la finance (1788), chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

25 août 1788, le roi se décide à rappeler Necker. La reine, qui a poussé à cette décision, tremble cependant. Elle ne sait plus que conseiller au roi. Elle aura plus tard ce mot terrible et vrai : « Je porte malheur à tous ceux que j’aime. »

« Voici enfin M. Necker roi de France ! »1258

MIRABEAU (1749-1791), à la fin du mois d’août 1788. Necker (1938), Édouard Chapuisat

Lié au duc d’Orléans et partisan d’une monarchie constitutionnelle, il ironise au rappel de Necker qui devient ministre principal (ministre d’État) : c’est l’homme de la dernière chance pour cette monarchie. Le banquier suisse prête 2 millions à l’État sur sa fortune personnelle, en trouve quelques autres, le temps de tenir jusqu’aux États généraux. Et convoque une seconde Assemblée des notables, pour novembre.

« Ces grands États généraux
F’ront-ils du brouet d’andouille ?
Ces messieurs s’ront-ils si sots
Que d’s’en retourner chez eux bredouilles,
Quand par miracle un bon roi
Veut faire l’bien d’si bonne foi ? »1259

Motion des harengères de la halle (1788), chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Le peuple, reconnaissant au roi de la convocation des États généraux, a quand même un doute après l’échec de la précédente Assemblée des notables. « La convocation des États généraux de 1789 est l’ère véritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple entier à l’exercice de ses droits », écrira Michelet dans son Histoire de la Révolution française.

« Bienheureux Déficit, tu es devenu le Trésor de la Nation ! »1260

Camille DESMOULINS (1760-1794), septembre 1788. Citation qui lui est attribuée, sans source, et sans doute apocryphe

(…) Avocat, confrère et ami de Robespierre dont il partage les idées avancées, il ironise à son tour et se réjouit de prévoir le pire. Il n’a pas tort… Necker s’imagine que les États généraux voteront de nouveaux impôts et de nouveaux emprunts pour rétablir la situation financière catastrophique de la monarchie (…)

« Votre Majesté pourrait-elle sacrifier, humilier sa brave, antique et respectable noblesse ? »1261

Assemblée des notables, Mémoire remis au roi le 12 décembre 1788. Encyclopédie Larousse, article « Louis XVI »

Cette seconde Assemblée, convoquée le 5 octobre 1788 pour régler la composition des prochains États généraux, lance à la dernière séance un vrai « manifeste aristocratique » plaidant pour les droits des deux ordres privilégiés, la noblesse et le clergé. « L’État est en péril […] une révolution se prépare […] bientôt les droits de la propriété seront attaqués… » Les notables ont mis bas le masque et se font haïr un peu plus de l’opinion.

« La même autorité divine qui ordonne aux rois d’être justes défend aux peuples d’être esclaves. »1262

ROBESPIERRE (1758-1794), lors de sa dernière plaidoirie à Arras (Affaire Dupond), début de l’année 1789. Robespierre, politique et mystique (1987), Henri Guillemin

Maximilien (de) Robespierre, bientôt « maître absolu de la France » (dira Necker), est avocat en province, mondain, poudré, tiré à quatre épingles, épris de notoriété et de respectabilité – tout le contraire d’un Marat ou d’un Mirabeau ! Sous ces apparences lisses couve la passion. Imprégné des philosophes, notamment Rousseau, le Contrat social va déterminer son engagement politique. Il est et restera l’homme d’une grande idée : la nation souveraine.

« Le débat public a changé de face. Il ne s’agit plus que très secondairement du roi, du despotisme et de la Constitution ; c’est une guerre entre le tiers état et les deux autres ordres. »1263

Jacques François MALLET du PAN (1749-1800), Mémoires et correspondance, pour servir à l’histoire de la Révolution française (posthume, 1851)

Publiciste suisse, admirateur de la Constitution anglaise et partisan d’un despotisme éclairé, il juge fort bien de la situation en France, à l’aube de l’année 1789. Quand la Révolution sortira de la voie légale, il deviendra l’un des théoriciens de la contre-révolution.

« Vous qui nous traitez de racaille,
Si poliment,
Comme nous vous payerez la taille
Très noblement.
Vive le sauveur de la France,
Necker, vivat !
D’où ce héros tient-il naissance ?
Du tiers état. »1264

Le Tiers État, chanson de janvier 1789. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

La chanson célèbre le roi et son ministre qui a obtenu que le tiers ait à lui seul autant de représentants que les deux autres ordres réunis. Paris illumine à cette nouvelle (…) Le roi est baptisé « restaurateur de la liberté française ». (…) Mais de très mauvaises récoltes font monter le prix du pain, d’où des émeutes. Cependant qu’on procède à la rédaction des cahiers de doléances et à l’élection des députés.

« Qu’est-ce que le tiers état ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose. »1265

Abbé SIEYÈS (1748-1836), Qu’est-ce que le tiers état (1789)

Premiers mots de cette célèbre brochure, publiée en janvier 1789 (…) Dans l’esprit de Sieyès, le « Tiers », c’est la bourgeoisie sans le peuple. Ce sera l’un des malentendus les plus graves de la Révolution française.

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