Henri de Navarre : « L'appréhension des maux que je ressentis pour mon pays fut telle qu'elle me blanchit la moitié de la moustache. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Guerres de Religion (fin). Henri III, dernière victime du fanatisme.

La Ligue catholique soulève Paris (première Journée des Barricades de l’histoire, 12 mai 1588) contre le roi allié à son cousin huguenot Henri de Navarre, héritier présomptif de la couronne. Henri III va payer de sa vie cette alliance qui semble contre nature à une France majoritairement catholique et le « tyrannicide » est dans l’air de ce temps fanatique.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Pensant à cela et tenant ma tête appuyée sur ma main, l’appréhension des maux que je ressentis pour mon pays fut telle qu’elle me blanchit la moitié de la moustache. »555

HENRI III DE NAVARRE (1553-1610) au duc de La Force

Henri IV ou la France sauvée (1943), Marcel Reinhard.

Parole du futur Henri IV, quand il apprend la volte-face du roi : une nouvelle guerre civile est imminente. De surcroît, le 225e pape, Sixte Quint, excommunie « Henri jadis roi de Navarre » : comme relaps, pour s’être converti à la Saint-Barthélemy (…) et avoir ensuite abjuré. La huitième et dernière guerre de Religion sera la plus longue : treize années (…)

« Vive Roi, Vive France. »556

Cri poussé à Marseille en 1585, contre la Ligue. L’État royal : de Louis XI à Henri IV, 1460-1610 (1987), Emmanuel Le Roy Ladurie

Ces mots résonnent pour la première fois de notre histoire : « Incontestablement, la synthèse nationale est en marche », selon cet historien fondateur (avec d’autres) de la « Nouvelle Histoire » (…) Il fallait en effet que la France fût déjà profondément unie, pour résister aux trente-huit années de guerre civile où la religion n’est souvent que prétexte.

« Quand ce dur printemps je vois
Je connais toute malheureté au monde
Je ne vois que toute erreur et horreur
Courir ainsi que fait l’onde. »557

Chanson du Printemps retourné (vers 1586). Anonyme

La chanson reprend le poème célèbre de Ronsard : « Quand ce beau printemps je vois… » Et elle détourne les vers. C’en est fini de ce temps (qui n’était déjà pas si calme). La Ligue sème le vent et va récolter la tempête, cependant que la littérature s’apitoie sur la France à nouveau déchirée.

« Je poursuis constamment mon dessein de la réunion de tous mes sujets à notre religion. »558

HENRI III (1551-1589), à Hurault de Maisse, ambassadeur à Venise, juillet 1586 (…)

Le roi ne peut même pas s’allier les catholiques les plus ardents de la Ligue dont il a pris la tête. Ce n’est point fanatisme religieux de sa part, mais la France est en majorité catholique et le moyen le plus évident de refaire l’unité du pays serait d’amener les protestants à se convertir. En attendant, il lui faut les combattre, à commencer par leur chef, Henri de Navarre.

« Ce sont eux [les mignons] qui à la guerre ont été les premiers aux assauts, aux batailles et aux escarmouches, et s’il y avait deux coups à recevoir ou à donner, ils en voulaient avoir un pour eux, et mettaient la poussière ou la fange à ces vieux capitaines qui causaient [raillaient] tant. »559

BRANTÔME (1540-1614). Lexique des œuvres de Brantôme (1880), Ludovic Lalanne

Homme de cour autant que de guerre, il défend ici, en témoin, la réputation des mignons du roi. Henri III les couvrit de biens et d’honneurs, ils furent en retour très fidèles au roi, et vaillants au combat. Michelet confirme dans son Histoire de France : « Plusieurs des prétendus mignons furent les premières épées de France. »

« Le Diable est déchaîné. Je suis à plaindre et c’est merveille que je ne succombe pas sous le faix. Si je n’étais huguenot, je me ferais Turc ! »560

HENRI III DE NAVARRE (1553-1610), Lettre à Diane d’Andouins, dite la Belle Corisande, 8 mars 1588 (…)

Le roi de Navarre se plaint à sa maîtresse de cette guerre de Religion dont il ne voit pas la fin et qu’elle finance d’ailleurs par amour pour lui. Cependant que, grisé par ses victoires et poussé par les ligueurs catholiques (soutenus par les subsides du très catholique roi d’Espagne Philippe II), Henri de Guise se voit déjà roi de France (…)

« Pour la religion dont tous les deux font parade, c’est un beau prétexte pour se faire suivre par ceux de leur parti ; mais la religion ne les touche ni l’un ni l’autre. »561

Michel de MONTAIGNE (1533-1592). Dictionnaire universel des Sciences morale, économique, politique et diplomatique (1781), Jean B. Robinet

En mai 1588, le philosophe peine à préparer sa nouvelle édition des Essais. Catholique modéré, hostile aux catholiques « zélés » de la Ligue et ayant plusieurs fois rencontré Henri de Navarre, il témoigne de cette évidence : les guerres de Religion ne sont plus religieuses, l’enjeu est avant tout politique (…)

« Comment sont nées les barricades ? Pour lutter contre les cavaleries royales, le peuple n’ayant jamais de cavalerie. »562

André MALRAUX (1901-1976), L’Espoir (1937)

Le nom de « journée des Barricades » sera donné à plusieurs insurrections parisiennes. La première date du 12 mai 1588. Henri de Guise brave la défense du roi et se rend à Paris, appelé par les Seize (ligueurs) (…) Très populaire, on le surnomme le Roi de Paris. Henri III veut riposter avec ses troupes, mais la population se soulève, barrant les rues avec des barriques de terre (…)

« C’est grand’pitié quand le valet chasse le maître. »563

Achille de HARLAY (1536-1619), premier président du Parlement de Paris, mai 1588 (…)

Saluons le courage de ce magistrat s’adressant à Henri de Guise, après qu’il a contraint Henri III à s’enfuir de Paris (…) Inébranlablement fidèle au roi et membre influent du parti des Politiques (les modérés), Harlay sera jeté en prison par les Seize, qui font régner la terreur dans la capitale. La situation est grave et le roi convoque les États généraux à Blois.

« Je le sais, messieurs, peccavi, j’ai offensé Dieu, je m’amenderai, je réduirai ma maison au petit pied. S’il y avait deux chapons, il n’y en aura plus qu’un. »564

HENRI III (1551-1589), aux États généraux de Blois, 1588. La Ligue et Henri IV (1860), Jules Michelet

(…) Henri de Guise ne cesse d’humilier le roi et se conduit en véritable « maire du palais ». Henri III craint pour son trône aussi bien que pour sa vie et feint de composer avec le duc de Guise. En fait, il ne l’a attiré là que pour mieux le piéger.

Quand ses partisans évoquaient les menaces sur sa vie venant du camp du roi : « Il n’oserait. »565

Henri de GUISE (1550-1588), parlant du roi, fin 1588. Fière réplique, reprise par Alexandre Dumas, Henri III et sa cour (1829)

L’histoire récente donnait pourtant l’exemple de grands chefs de parti assassinés, catholiques comme protestants : François de Guise (1563), le prince de Condé (1569), l’amiral de Coligny (1572). Avant que vienne le tour des rois. Mais l’orgueil aveugle Henri de Guise qui méprise Henri III.

« Mon Dieu qu’il est grand ! Il paraît encore plus grand mort que vivant. »566

HENRI III (1551-1589), face au corps du duc de Guise, château de Blois, 23 décembre 1588. Journal de Henri III (posthume), Pierre de l’Estoile

Il a osé : ordre donné aux Quarante-Cinq (garde personnelle du roi, immortalisée par le roman de Dumas) d’assassiner Henri « le Balafré », ainsi que son frère Louis, cardinal de Lorraine – arrêté, exécuté le lendemain dans sa prison.

« C’est bien taillé mon fils ; maintenant il faut recoudre. »567

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589) à Henri III, château de Blois, 23 décembre 1588 (…)

Le roi courut annoncer à sa mère l’assassinat de son pire ennemi, le duc de Guise. Cette façon d’éliminer ceux qui font obstacle au pouvoir de ses fils est tout à fait dans ses mœurs et dans celles de l’époque. Mais à 70 ans, et à quelques jours de sa mort (5 janvier 1589), la reine mère se fait-elle beaucoup d’illusions sur l’avenir de son dernier fils ?

« À présent, je suis roi. »568

HENRI III (1551-1589) : billet adressé au légat du pape et écrit de sa main, qui commence par ces mots. Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache

Il annonce à Sixte Quint (grand bâtisseur de Rome) l’assassinat du duc de Guise et de son frère. Le pape répond en excommuniant le roi de France ! Henri III va se battre encore quelques mois avant de subir le même sort. À la nouvelle du drame de Blois, Paris se soulève. Un autre Guise (…) prend la tête de la Ligue et le pouvoir à Paris (…)

« Souvenez-vous que je suis votre roi et que Dieu, le devoir et la raison veulent tous ensemble que vous me satisfassiez. »569

HENRI III (1551-1589), à Pierre d’Épinac, mai 1588 (…)

Le roi, fervent catholique, en appelle à Pierre d’Épinac, archevêque de Lyon et catholique ligueur. L’appel n’est pas entendu et l’excommunication en fait un ennemi, aux yeux des catholiques. En désespoir de cause, Henri III va faire alliance contre les ligueurs avec le chef des protestants, le roi Henri III de Navarre.

« À chacun Nature donne
Des pieds pour le secourir :
Les pieds sauvent la personne ;
Il n’est que de bien courir.
Ce vaillant prince d’Aumale,
Pour avoir fort bien couru,
Quoiqu’il ait perdu sa malle,
N’a pas la mort encouru. »570

Jean PASSERAT (1536-1602), La Satire Ménippée (1594)

Cet « immortel pamphlet » est un écrit de circonstance, œuvre collective d’un groupe de bourgeois de Paris, qui traitera avec humour les drames de l’époque. Le ridicule n’est-il pas le meilleur moyen de tuer l’adversaire ? Principaux visés, les ligueurs catholiques (…) Ce feuilleton satirique reflète l’état d’esprit des Politiques, modérés favorables à Henri de Navarre, futur Henri IV, dernière vraie chance pour la France.

« J’appelle avec moi tous ceux qui auront ce saint désir de paix. Je vous conjure tous, je vous appelle comme Français. Je vous somme que vous ayez pitié de cet État. »571

HENRI III DE NAVARRE (1553-1610), 4 mars 1589 (…)

Le nouvel allié du roi en appelle à son tour à l’union des Français contre la Ligue (…) soucieux du bien-être des paysans, partie essentielle du peuple, « le grenier du royaume, le champ fertile de cet État, de qui le travail nourrit les princes, la sueur les abreuve ». Longue et superbe adjuration qui ne sera pas entendue (…) Partout, des prêcheurs appellent au régicide.

« Je suis tellement résolu en la religion catholique, je crois si fermement n’y avoir point de salut hors d’elle, que je prie Dieu me donner plutôt la mort que de permettre […] de varier jamais en cette créance. »572

HENRI III (1551-1589), Lettre à Jean de La Barrière, abbé de Notre-Dame des Feuillants, 6 avril 1589 (…)

Avec les épreuves, la piété du roi devient extrême. Persuadé que ses malheurs (dont l’absence d’héritiers) et ceux de son royaume sont causés par ses péchés, il participe aux processions de pénitents, s’impose des retraites spirituelles, se mortifie dans des monastères (…) Henri III se savait menacé, quasiment condamné, tant la haine et le fanatisme sont grands.

« Ah ! le méchant moine, il m’a tué, qu’on le tue ! »573

HENRI III (1551-1589), Saint-Cloud, 1er août 1589, « premier mot de la fin ». Mémoires relatifs à l’histoire de France, Journal de Henri III (posthume), Pierre de l’Estoile

(…) La scène se rejouera avec Ravaillac et Henri IV. Ces assassinats, comme tous les complots et attentats contre les rois de l’époque, s’inspirent de la théorie du tyrannicide, dont Jean Gerson fut l’un des prophètes : « Nulle victime n’est plus agréable à Dieu qu’un tyran. »

« Seul Henri de Navarre a droit au trône, et il est d’un caractère trop sincère et trop noble pour ne pas rentrer dans le sein de l’Église ; tôt ou tard, il reviendra à la vérité. »574

HENRI III (1551-1589), sur son lit de mort, « second mot de la fin », 1er août 1589 (…)

Blessé à mort, transporté sur son lit (…) il trouve la force de désigner son successeur au trône et de le faire reconnaître face aux nobles présents. (…) De tous les mots de la fin qui ponctuent l’histoire, celui d’Henri III a une portée doublement remarquable. Il meurt le lendemain : fin de la dynastie des Valois au pouvoir depuis 1328, place à la dynastie des Bourbons.

« Ce Roy étoit un bon prince, s’il eût rencontré un meilleur siècle. »575

Pierre de l’ESTOILE (1546-1611), Mémoires relatifs à l’histoire de France, Journal de Henri III (posthume)

Jugement du fidèle chroniqueur, à la mort du roi (…) Le personnage est toujours discuté, mais son action finit par être reconnue. Quant au siècle d’Henri III, son fanatisme étonne autant qu’il effraie. Paris honore le moine meurtrier comme un saint et un martyr (…) Cependant que les princes ultra-catholiques jurent de ne jamais reconnaître Henri IV pour roi : « Plutôt mourir de mille morts ! »

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