Portrait de Louis XVIII en citations | L’Histoire en citations
Portraits en citations des Personnages de l’Histoire

 

Louis XVIII possède une qualité rare chez nos souverains : le sens de l’humour.
Mais il souffre d’un handicap majeur, la goutte !
Podagre et affligé d’un physique ingrat, cible des nouvelles caricatures de presse, il doit succéder à Napoléon, grand premier rôle historique et incroyablement médiatique.
Il lui faut également se situer en tant que roi par rapport à la Révolution qui a exécuté son frère Louis XVI et instauré la Première République en France. Lourde tâche !

Après un exil de 23 ans et un acharnement hors du commun pour rattraper le fil de l’Histoire sinon le temps perdu, Louis XVIII est de retour en France pour la Restauration (1814) avec un sage programme : « l’Ancien Régime moins les abus ».
Épreuve inattendue et même unique dans les annales historiques, les Cent-Jours : ce come-back de Napoléon entraîne un second exil, nouvelle source d’humiliation.
Autre contretemps d’ailleurs prévisible, son frère le futur Charles X va se révéler le pire handicap, plus ultra que la cour des ultraroyalistes, émigrés de retour en France et souvent plus royalistes que le roi.

Malgré tous ces handicaps, avec le sens de l’Histoire et la conscience de son destin, Louis XVIII fera son métier de roi – dernier de la liste mort à la tâche. Ses deux successeurs (Charles X et Louis-Philippe) seront chassés par une nouvelle révolution.

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1. Un exil de 23 ans sous la Révolution et l’Empire de Napoléon.

« Pour vous faire une idée de son caractère, imaginez des boules d’ivoire huilées que vous vous efforceriez vainement de faire tenir ensemble. »1201

Comte de PROVENCE (1755-1824), futur LOUIS XVIII, entretien avec le comte de La Marck. Mirabeau et la cour de Louis XVI, Revue des deux mondes, tome XI (1851)

Il parle de son frère aîné, dans les premiers mois de la Révolution. C’est bien vu ! Louis XVI était à coup sûr le roi le moins armé pour affronter la tourmente à venir.

Louis XVIII aura le même humour et la même clairvoyance pour juger son cadet, le temps venu. D’ores et déjà, le comte d’Artois s’est fait remarquer comme le premier émigré fuyant la France après la prise de la Bastille – le 16 juillet. Depuis ce temps et toujours en exil, il s’agite beaucoup et parcourt l’Europe des cours, multipliant contacts et complots en 25 ans. Louis XVIII sera par nature moins hyperactif, mais finalement plus acharné pour retrouver son droit au trône qu’il juge absolument légitime.

« Nous pouvons assurer le repos de la France. Je dis nous, parce que j’ai besoin de Bonaparte pour cela et qu’il ne le pourrait sans moi. Général, l’Europe vous observe, la gloire vous attend et je suis impatient de rendre la paix à mon peuple. »1698

Comte de PROVENCE (1755-1824), futur LOUIS XVIII, Lettre au Premier Consul, 20 février 1800. La Vérité sur les Cent-Jours (1835), Lucien Bonaparte

Le futur Louis XVIII a quitté la France le même jour que son frère Louis XVI (arrêté à Varennes le 21 juin 1791).

De ses lieux d’exil successifs, le proscrit cherche l’appui des puissances européennes contre Bonaparte (et bientôt Napoléon). Il forme un réseau d’agents royalistes dans le Midi et en Vendée, il va soutenir divers complots. Il tente quand même sa chance auprès du nouveau maître de la France. Bonaparte trouva fort belle cette lettre, mais il n’y répondra que six mois plus tard…

« Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France. Il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres […] Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France. L’Histoire vous en tiendra compte. »1713

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Lettre au comte de Provence, 7 septembre 1800. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

En réponse à la lettre du futur Louis XVIII, en date du 20 février dernier. Pour un homme pressé, il a pris le temps de la réflexion… En réalité, c’était tout réfléchi. Ce royaliste ne pensant qu’à son trône ne pouvait en rien lui servir et Fouché le ministre de la Police l’informe des multiplies complots ourdis par les deux frères exilés, le plus actif sinon le plus intelligent étant le comte d’Artois (futur Charles X).

Surnommé le « roi errant » après la mort de Louis XVII (le petit Dauphin prisonnier du Temple et âgé de 6 ans), dépossédé de tous ses biens et apanages, condamné à mort par contumace en France, le futur Louis XVIII fait preuve d’une constance et d’un acharnement remarquable. Il parcourt l’Europe peu à peu occupée par Napoléon, prié chaque fois par ses prétendus « alliés » de quitter les divers pays sous divers prétextes : la Belgique, l’Italie, la Prusse, la Suède, la Pologne… 

« Lorsqu’à faire à tous la loi,
Sans cesse je m’applique,
Je puis régner, par ma foi !
Ayant déjà l’air d’un roi
De pique ! »1730

Les Mérites de Bonaparte, chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Les royalistes ont cru un temps que Bonaparte les aiderait dans leur entreprise de restauration de la monarchie, mais après le plébiscite et le sénatus-consulte de 1802, ils déchantent – comme le comte de Provence, prié poliment de rester hors de France – et ils chantent en ironisant sur les « mérites de Bonaparte ».

Un agent du futur Louis XVIII constate l’évidence : « Bonaparte continue à régner avec une plénitude de pouvoirs que ne déployèrent jamais nos rois. »

« Vive le roi ! »1796

Georges CADOUDAL (1771-1804), mot de la fin, et dernier cri du premier des condamnés à être guillotiné place de Grève, 25 juin 1804. Georges Cadoudal et les Chouans (1998), Patrick Huchet

Et selon d’autres sources, reprenant la devise des insurgés vendéens dix ans plus tôt : « Mourons pour notre Dieu et notre Roi. »

La chouannerie meurt avec lui. Mais dix ans plus tard, le vœu de Cadoudal sera exaucé, la Restauration ramenant en France le roi Louis XVIII.

« Jamais nous ne transigerons sur l’héritage de nos pères ; jamais nous n’abandonnerons nos droits. Français ! Nous prenons à témoin de ce serment le Dieu de saint Louis, celui qui juge les justices ! »

LOUIS XVIII (1755-1824), Correspondance et écrits politiques de S.M. Louis XVIII, Histoire de l’émigration pendant la Révolution française, Ernest Daudet (1907)

Cette proclamation est volontairement datée du 2 décembre 1804, jour du sacre de Napoléon, acte symbolique nul et non avenu au regard du futur Louis XVIII (et son frère le futur Charles X cosigne).

L’adversité va encore s’acharner dix ans sur sa personne par ailleurs handicapée (rendu quasiment infirme par la goutte), mais rien ni personne ne le découragera jamais.

« J’ignore les desseins de Dieu sur ma race et sur moi, mais je connais les obligations qu’il m’a imposées par le rang où il lui a plu de me faire naître. »

LOUIS XVIII (1755-1824) Correspondance et écrits politiques de S.M. Louis XVIII, Histoire de l’émigration pendant la Révolution française, Ernest Daudet (1907)

Durant cet exil de 23 ans, il aura connu toutes les humiliations et les trahisons, échappé à plusieurs attentats, souffert véritablement de la misère (quand une pension chichement allouée lui était soudain retirée). Tout cela pour finir en Angleterre : il accepte de débarquer comme simple particulier sous le nom de comte de L’Isle-Jourdain (que ses contemporains transformeront en « comte de Lille »), promettant de s’abstenir de toute action politique sur le sol britannique.

Au nom de ses droits légitimes ou par la force des choses, cette longue marche s’achèvera par son retour en France et son accession au trône, à 58 ans.

« Louis XVIII ne perdit jamais la prééminence de son berceau ; il était roi partout, comme Dieu est Dieu partout, dans une crèche ou dans un temple, sur un autel d’or ou d’argile. Jamais son infortune ne lui arracha la plus petite concession ; sa hauteur croissait en raison de son abaissement ; son diadème était son nom ; il avait l’air de dire : ‘ Tuez-moi, vous ne tuerez pas les siècles écrits sur mon front.’ Le banni sans soldats se trouvait au bout de toutes les batailles qu’il n’avait pas livrées. Louis XVIII était la légitimité incarnée ; elle a cessé d’être visible quand il a disparu. »

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

On reconnaît le style de notre premier grand romantique ! C’est surtout l’hommage d’un royaliste au roi qu’il aura bien connu, jusque dans son second exil à venir, durant l’incroyable come-back historique des Cent-Jours de Napoléon qui imposeront à Louis XVIII un second exil.

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2. Première Restauration.

« L’Ancien Régime moins les abus. »1893

LOUIS XVIII (1755-1824), formule plusieurs fois énoncée au temps de son exil. Dictionnaire critique de la Révolution française (1992), François Furet, Mona Ozouf

Au temps de son exil et pensant à son retour, il répétait cette formule magique à ses yeux : « L’Ancien Régime moins les abus ». Dictionnaire critique de la Révolution française (1992), François Furet, Mona Ozouf.

Tel sera son programme de roi restauré, avec sa devise au retour d’exil…

« Union et oubli. »

LOUIS XVIII (1755-1824), sa devise à son retour en France. L’Oubli dans les temps troublés (2010), Jean-Michel Rey

Sous-entendu : Union des Français, oubli de la Révolution française et de Napoléon. Le roi nie la théorie révolutionnaire de la souveraineté nationale, voire populaire. Mais la réalité de son règne sera plus nuancée.

Plus intelligent que son frère, le futur Charles X, il a compris le vœu de la France profonde et pensante. Ce courant d’opinion est représenté par les « constitutionnels », globalement satisfaits de la Charte (constitution) octroyée le 4 juin 1814. Sur l’échiquier politique, ces centristes seront pris entre deux feux, deux extrêmes : les ultras – plus royalistes que le roi – qui veulent le retour à l’Ancien Régime, et les indépendants ou libéraux, groupe formé de sensibilités différentes, mais qui rejettent tous le drapeau blanc, la prééminence du clergé et de la noblesse.

La Restauration se joue dans ce tripartisme dont hériteront tous les régimes politiques de la France, jusqu’à nos jours et malgré le gaullisme ou le macronisme. Elle va par ailleurs souffrir de la comparaison avec l’épopée napoléonienne qui entrera bientôt dans la légende

« Il monta péniblement ce trône que son prédécesseur avait eu l’air d’escalader. »1904

Charles François Marie, comte de RÉMUSAT (1797-1875). Mémoires de ma vie, volume I (posthume, 1967), Charles de Rémusat

Jeune collaborateur au Globe, journal d’opposition libérale, le comte de Rémusat est le fils du chambellan de Napoléon, rallié aux Bourbons à la Restauration.

Il constate l’évidence, en 1814 : à près de 60 ans, Louis XVIII est podagre (goutteux), autrement dit rhumatisant au dernier degré. Il est en outre affligé d’un accent dû non pas à une émigration prolongée,  mais à une phonétique demeurée très Ancien Régime, qui ôte toute noblesse à sa royale affirmation : « C’est moué qui suis le roué. » Les chansonniers ne vont pas rater « le roué ». Le roi sera souvent et méchamment brocardé.

« Voulez-vous connaître l’histoire
D’un gros roi nommé Cotillon ?
Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton.
Boire, manger, manger et boire,
Voilà le plaisir de Bourbon
Ton ton, tontaine, ton ton. »1905

Voulez-vous connaître l’histoire ? (1814), chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Rien moins que 15 couplets pour se moquer du retour du roi et de sa suite. « Il arrive : Paris proclame / Sa bonté, sa gloire et son nom / Et le Français, le noir dans l’âme / A mis du blanc sur son balcon. »

Encore n’est-ce que le commencement de la Restauration et Louis XVIII ne sera pas le plus impopulaire des deux rois !

« Je suis comme les femmes pas très jolies, que l’on s’efforce d’aimer par raison. Après tout, c’est encore la nécessité qui fait les meilleurs mariages. »1906

LOUIS XVIII (1755-1824). Le Calendrier de l’histoire (1970), André Castelot

Ce roi est trop lucide pour ignorer qu’il n’est pas aimé. Son frère, le futur Charles X, n’aura pas cette intelligence de la situation.

« L’exactitude est la politesse des rois. »1907

LOUIS XVIII (1755-1824). Mémoires de Louis XVIII (1832), Étienne Léon Lamothe-Langon (baron de)

Le mot est souvent cité. D’après les souvenirs du banquier Jacques Laffitte, c’était la phrase favorite du roi. Il a lui-même attendu plus de vingt ans après la mort de son royal frère (Louis XVI), pour régner à son tour.

Cas de force majeure, Louis XVIII fera encore attendre quelques jours la France, ratant son rendez-vous avec l’Histoire, cloué à Calais par une crise de goutte le 12 avril 1814.

« Rien n’est changé en France, il n’y a qu’un Français de plus ! »1912

Comte d’ARTOIS, et futur Charles X (1757-1836), Déclaration du 12 avril 1814. Mémoires et Correspondance du Prince de Talleyrand (posthume, 1891)

Fringant et rayonnant, escorté de 600 gardes nationaux, ovationné par les Parisiens, il fait son entrée dans Paris et regagne le palais des Tuileries d’où la Révolution le chassa – il fut le premier émigré célèbre de l’histoire, le 16 juillet 1789.

Cette phrase est assez floue et minimaliste pour rassurer la France en état de choc. Elle minore l’événement, la restauration de la monarchie, à moins qu’elle n’occulte à la fois la Révolution et l’Empire.

Talleyrand raconte dans ses Mémoires comment le préfet Beugnot et le chancelier Pasquier finirent par accoucher du Mot historique qu’il envoya lui-même au Moniteur (journal officiel), en annonçant la rentrée du comte d’Artois. Le mot plut beaucoup à Paris, et « à force de l’entendre répéter et admirer, le comte d’Artois finit par être sincèrement persuadé qu’il l’avait dit. » Cependant que le roi Louis XVIII est à Calais, condamné par une crise de goutte à différer son débarquement du bateau venu d’Angleterre !

Ce mot fait aussi écho au dicton cruel, évoquant l’abdication de l’empereur : « Bientôt, il n’y aura en France qu’un Français de moins. » Et le soir même, 12 avril, à Fontainebleau, Napoléon tente de se suicider.

« Louis XVIII déclara que ma brochure lui avait plus profité qu’une armée de cent mille hommes. »1915

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Dans son pamphlet De Buonaparte et des Bourbons, publié à l’extrême fin de l’Empire (le 5 avril 1814), l’auteur explique qu’après le désastre dont Napoléon est cause, il n’est point d’autre salut pour la France que la restauration de la monarchie. Louis XVIII reconnaîtra ce qu’il lui doit, mais n’aimera jamais ce romantique trop plein d’orgueil et d’ambition qui va bientôt basculer dans l’opposition – sa vraie nature.

« On veut de l’ancien. »1916

Comte de BEUGNOT (1761-1835), mai 1814. Histoire de la France contemporaine, 1789-1980 (1979), Jean-Paul Bertaud, Jean Elleinstein

C’est un peu court : Jacques Beugnot, après une longue carrière politique (député sous la Révolution, préfet sous le Consulat et ministre sous l’Empire), s’est rallié aux Bourbons et se retrouve ministre de l’Intérieur de Louis XVIII. En fait, le comte simplifie la situation. La France ne veut pas le retour à l’Ancien Régime et n’oublie pas le Code civil, ni certaines libertés qu’elle doit à la Révolution.

Plus juste est le témoignage de la comtesse de Boigne : « Il n’y a jamais eu un moment où le sentiment patriotique eût moins de force en France […] Le pays était si dégoûté, si fatigué, si affamé de tranquillité, si rassasié de gloire qu’il avait complètement fait scission avec l’empereur et ne demandait que la sécurité. »

« La Charte, pour la plus grande partie de la nation, avait l’inconvénient d’être « octroyée » : c’était remuer, par ce mot très inutile, la question brûlante de la souveraineté royale ou populaire. »1919

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

La Charte, octroyée aux Français par Louis XVIII et promulguée le 4 juin 1814, instaure une monarchie constitutionnelle au prix d’un compromis entre l’Ancien Régime restauré et les acquis de la Révolution et de l’Empire. Seuls, les « constitutionnels » au centre de l’échiquier politique l’acceptent. En résumé, c’est drapeau blanc et Code civil.

À côté du roi, la nation est représentée par la Chambre des pairs (héréditaire et complétée par le roi à son gré) et la Chambre des députés (élue au suffrage censitaire). Les Chambres n’ont que deux fonctions : vote de la loi et contrôle du budget. Le gouvernement n’est pas responsable devant les Chambres. C’est le roi qui tranche en cas de crise entre le Parlement et les ministres. Il choisit les fonctionnaires, dirige les forces militaires et la politique extérieure, et peut faire « des règlements et ordonnances nécessaires pour l’exécution des lois et la sûreté de l’État ». C’est dire que face à la souveraineté royale, la souveraineté populaire ne pèse pas lourd.

« Le matin, royaliste,
Je dis : « vive Louis ! »
Le soir, bonapartiste,
Pour l’Empereur j’écris,
Suivant la circonstance,
Toujours changeant d’avis,
Je mets en évidence
L’aigle ou la fleur de lys. »1894

La Girouette (1814), chanson anonyme. Histoire secrète de Paris (1980), Georges Bordonove

Sous-titrée : « Couplet dédié à M. Benjamin Constant, ci-devant royaliste, puis conseiller d’État de Bonaparte, et en dernier résultat redevenu royaliste. »

Benjamin Constant n’est pas le seul à faire preuve d’opportunisme en cette époque de changements de régime. Mais le personnage particulièrement intelligent, irrésolu, faible jusqu’à la lâcheté, romancier de sa propre vie, célèbre, et brillant orateur, est particulièrement en vue. Sous la Restauration, il peut être rangé dans l’opposition de gauche, comme libéral et monarchiste parlementaire.

« Si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant. »1921

TALLEYRAND (1754-1838), au Congrès de Vienne, octobre 1814. L’Europe et la Révolution française, volume VIII (1908), Albert Sorel

Cité en français, ce mot figure dans beaucoup de dictionnaires étrangers.

Diplomate représentant Louis XVIII au Congrès de Vienne où se décide le sort de la France (vaincue après l’Empire), Talleyrand demande qu’on ajoute une précision à un texte. On lui dit : « Cela va sans le dire. » D’où la riposte.

« Maintenant, Sire, la coalition est dissoute, et elle l’est pour toujours […] la France n’est plus isolée en Europe. »1922

TALLEYRAND (1754-1838), Lettre à Louis XVIII, 4 janvier 1815

Correspondance inédite du prince de Talleyrand et du roi Louis XVIII pendant le Congrès de Vienne, publiée sur les manuscrits conservés au Dépôt des Affaires Étrangères (1881).

Message venu du congrès de Vienne, où Talleyrand, intrigant comme il sait l’être et souvent pour le bien de la France, a conclu un traité secret avec l’Autriche et l’Angleterre contre la Prusse et la Russie. C’est un exploit diplomatique : le représentant du pays vaincu a réussi à diviser les Alliés, à limiter les exigences de la Prusse et de la Russie. L’épisode des Cent-Jours va ruiner tous ses efforts… et renvoyer le roi en exil.

3. Les Cent Jours.

« Les Bourbons ont commencé par se faire mépriser et finissent par se faire haïr. »1923

NAPOLÉON Ier (1769-1821), à Pons de l’Hérault, 6 février 1815. Mémoire de Pons de l’Hérault aux puissances alliées (1899), André Pons, Léon-G. Pélissier

Bien informé, il sait l’opposition bonapartiste qui s’organise en France contre un régime fragile, semble-t-il. Il parle à un compagnon de route récemment acquis à sa cause et sa personne. Le moment est venu pour le « roi de l’île d’Elbe » : « Les maux de notre pays me déchirent l’âme, j’en ai perdu le repos. Les vœux de l’armée me rappellent. L’immense majorité de la nation me désire. »

Il s’embarque sur l’Inconstant avec 1 200 hommes (dont 900 grenadiers), le 26 février.

« Français ! […] j’arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les vôtres. »1924

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Golfe Juan, Proclamation du 1er mars 1815. France militaire : histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1833 (1838), Abel Hugo

À peine débarqué, il parle au pays, et il n’a pas besoin qu’on l’aide à trouver les mots : « Dans mon exil, j’ai entendu vos plaintes et vos vœux : vous réclamiez ce gouvernement de votre choix qui est seul légitime. » Et le frère aîné de Victor Hugo reprend le récit de la geste napoléonienne.

« D’sus l’trône Louis XVIII placé,
Notre Emp’reur que rien n’inquiète,
Lui dit : pour un an j’t’ai laissé,
Ot’-toi d’là que j’m’y mette ! »1925

Ot’-toi d’là que j’m’y mette, chanson de 1815. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Cette chanson sera saisie par la police, après les Cent-Jours. La censure n’est pas si terrible, mais l’humour de Louis XVIII a ses limites et l’humiliation sera grande, durant cent jours.

« Ils n’ont rien oublié, ni rien appris. »1926

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er mars 1815. Histoire parlementaire de la Révolution française ou Journal des Assemblées nationales (1834-1838), P.J.B. Buchez, P.C. Roux

« Depuis le peu de mois que les Bourbons règnent, ils vous ont convaincu qu’ils n’ont rien oublié, ni rien appris. » Napoléon reprend la formule de Dumouriez parlant des courtisans qui entourent Louis XVIII, le mot étant également attribué à Talleyrand. Quoi qu’il en soit, il résume parfaitement la mentalité des Bourbons et surtout de leurs partisans, les ultras, plus royalistes que le roi.

« L’aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame. »1927

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er mars 1815. Recueil de pièces authentiques sur le captif de Sainte-Hélène, de mémoires et documents écrits par l’empereur Napoléon (1821-1822)

L’empereur annonce la couleur dès le premier jour, se pose devant l’armée en soldat de la Révolution et honnit le drapeau blanc de la Charte constitutionnelle : « Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui pendant vingt-cinq ans servirent de ralliement à tous les ennemis de la France ! Arborez cette cocarde tricolore ; vous la portiez dans nos grandes journées […] Reprenez ces aigles que vous aviez à Ulm, à Austerlitz, à Iéna. »

Il n’en faut pas plus, pas moins non plus, pour que Napoléon gagne cet incroyable pari : rallier les troupes envoyées pour l’arrêter, soulever d’enthousiasme les populations et traverser la France en vingt jours, sous les yeux de l’Europe pétrifiée. Ainsi commence le vol de l’Aigle, sur la route Napoléon.

« La grande mesure décrétée contre Bonaparte fut un ordre de « courir sus » : Louis XVIII, sans jambes, « courir sus » le conquérant qui enjambait la terre. »1928

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Quand il écrit ses Mémoires, l’auteur qui s’est rallié à la Restauration est passé dans l’opposition, ce qui est sa vraie nature. Quant à la France, elle est profondément divisée, face à l’événement. Chaque camp a sa chanson.

« Enfin, v’la qu’je r’voyons à Paris
Ce fils de la victoire !
L’aigle remplace la fleur de lys,
C’est c’qui faut pour sa gloire.
De l’île d’Elbe en quittant le pays,
Crac ! Il se met en route.
En vingt jours, il arrive à Paris.
C’t’homm’-là n’a pas la goutte. »1929

Ot’-toi d’là que j’m’y mette, chanson de 1815. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Voilà l’un des couplets du chant des partisans, de plus en plus nombreux : la magie impériale agit encore. Cependant qu’à Paris comme à Vienne, la réaction s’organise.

Dès que la nouvelle touche la capitale, le 5 mars 1815, le comte d’Artois prend la route de Lyon. Le Journal des Débats stigmatise le traître, les anciens compagnons de l’empereur s’apprêtent à le combattre, avant de se rallier à lui, pour la plupart. Les royalistes n’ont plus que leur voix pour chanter (anonymement)…

« Il est donc revenu cheux nous
C’t’homme qu’on croyait si tranquille ?
J’aurions ben parié deux sous
Qu’i n’resterait pas dans son île,
Car c’n’est pas un fait nouveau
Qu’les enragés n’aimions pas l’iau. »1930

Le Retour de Nicolas, chanson de 1815. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

C’est l’une des chansons royalistes qui surnomment Napoléon « Nicolas » ou « Nicodème », autrement dit un sot, en langage de l’époque. Mais le futur Charles X ne parvient pas à rassembler les régiments espérés. Quant au congrès de Vienne, il ne marche plus, il ne danse plus. Et Talleyrand, le représentant de Louis XVIII, enrage.

« Cet homme est revenu de l’île d’Elbe plus fou qu’il n’était parti. Son affaire est réglée, il n’en a pas pour quatre mois. »1931

Joseph FOUCHÉ (1759-1820), lucide quant à l’avenir, mars 1815. 1815 (1893), Henry Houssaye

Paroles de celui qui va redevenir ministre de la Police sous les Cent-Jours et de nouveau sous la seconde Restauration. Napoléon connaît bien les défauts et les qualités de l’homme. Fouché prendra son portefeuille le 21 mars 1815, en confiant à Gaillard (lieutenant général de police) : « Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s’il ne m’a pas fait fusiller, il sera à mes genoux […] Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l’empereur. »

Fouché a tort de trahir, mais il a raison de penser ainsi. Le retour de Napoléon déclenche une nouvelle guerre européenne et le second traité de Paris (signé au Congrès de Vienne) sera beaucoup moins clément.

La France n’a aucune chance de gagner, même avec ce fabuleux meneur d’hommes et manieur de foules qui veut encore et toujours forcer le destin. C’est l’aventure de trop, c’est aussi la légende. C’est de toute manière l’Histoire, et l’un des épisodes les plus étonnants.

« Soldats du 5e, je suis votre empereur. Reconnaissez-moi. S’il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, me voilà ! »1932

NAPOLÉON Ier (1769-1821) ouvrant sa redingote grise et montrant sa poitrine nue aux soldats venus l’arrêter, 7 mars 1815. 1815 (1893), Henry Houssaye

La scène se passe à Laffrey, près de Grenoble. L’officier fidèle au roi a crié « Feu ! » à ses hommes, Napoléon a eu ce geste, ce mot. Aucun ne tire, le cri de « Vive l’empereur ! » répond à sa voix, tous les soldats jettent les cocardes blanches et remettent les cocardes tricolores remisées dans leur sac, il y a un an. Tous se rallient à l’empereur, dans la « prairie de la Rencontre » : Stendhal raconte la scène, Steuben (artiste allemand) la peint et l’immortalise.

Le vol de l’Aigle continue, sur la route Napoléon, qui mène de Golfe-Juan à Grenoble (aujourd’hui RN 85).

« Je ramènerai l’usurpateur dans une cage de fer. »1933

Maréchal NEY (1769-1815), au roi Louis XVIII. Vie du maréchal Ney (1816), Raymond Balthazar Maizeau

Surnommé le Brave des braves sous l’Empire, Ney a poussé Napoléon à abdiquer il y a moins d’un an et s’est rallié à Louis XVIII qui le fit pair de France. Le roi le charge à présent d’arrêter le vol de l’Aigle. Ney en fait le serment. Mais il va céder à son tour au charisme de l’empereur et se rallier à lui avec ses troupes, le 13 mars.

« Il faut tuer Buonaparte comme un chien enragé. »1934

TALLEYRAND (1754-1838), Congrès de Vienne, 12 mars 1815. Le Roi de Rome (1932), Octave Aubry

Napoléon a bouleversé le bon ordre du Congrès et mis le ministre français dans une situation délicate, si habile que soit notre diplomate, à 60 ans.

« [Napoléon déclaré] hors des relations civiles et sociales et livré à la vindicte publique comme ennemi et perturbateur du monde. »1935

Les souverains alliés, Congrès de Vienne, 13 mars 1815. Le Moniteur universel (1815)

Les souverains présents au Congrès de Vienne - François Ier l’empereur d’Autriche (beau-père de Napoléon), le tsar Alexandre de Russie, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III - sont unanimes à mettre Napoléon hors-la-loi. Cependant que Louis XVIII à Paris tient encore à son trône et joue son rôle.

« J’ai travaillé au bonheur de mon peuple. Pourrais-je, à soixante ans, mieux terminer ma carrière qu’en mourant pour sa défense ? »1936

LOUIS XVIII (1755-1824), à la Chambre des députés, séance du 16 mars 1815. Histoire de la Restauration et des causes qui ont amené la chute de la branche aînée des Bourbons (1843), Jean-Baptiste Honoré Raymond Capefigue

Le discours du roi figure dans toutes les histoires de cette période agitée. Louis XVIII semble prêt au sacrifice suprême pour la Charte qui le fait roi de France. Le comte d’Artois soutient sa résolution, les deux frères s’embrassent, unis dans l’épreuve. Le roi fait encore acte de résistance : « Quoi qu’il arrive, je ne quitterai pas mon fauteuil. La victime sera plus grande que le bourreau. »

La séance s’achève dans le délire, avec le serment du souverain rhumatisant. En réalité et en coulisses, le « Roi-fauteuil » prépare sa fuite et met en sûreté les joyaux de la Couronne.

Le soir même, il apprend la défection du maréchal Ney – pour lui, trahison. Il fait ses malles, mais le secret doit être gardé. Le 19 mars, un courrier lui annonce que Napoléon est à Auxerre et marche sur Paris. C’est le commencement de la fin de sa (première) Restauration : « Je vois que tout est fini […] Je suis résolu à partir. » Le soir, il part pour la Belgique. Départ piteux, pitoyable. Cette fois, il perd la face.

Napoléon entre à Paris, arrive aux Tuileries, dans la nuit. Les cris de « Vive l’empereur » se mêlent aux injures contre les Bourbons.

« Ce diable d’homme m’a gâté la France. »1937

NAPOLÉON Ier (1769-1821). Napoléon (1969), Georges Lefèbvre

À peine installé au château des Tuileries, le 20 mars 1815, il enrage contre Louis XVIII, se trouvant assailli de libelles demandant des garanties constitutionnelles, comme le roi fut forcé d’en accorder - un exemple plaisant, le publiciste Genoud insistant pour que sa lettre d’anoblissement mentionne bien une particule devant son nom. Réponse de XVIII : « Eh bien ! puisqu’il veut tant une particule, on va lui en mettre une devant, et une derrière ! » et le solliciteur se fit anoblir sous le nom de « Monsieur de Genoude ».

« La légitimité gisait en dépôt à l’hôtel d’Hane de Steenhuyse comme un vieux fourgon brisé. »1938

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

L’auteur des Mémoires est nommé ministre de l’Intérieur par Louis XVIII réfugié à Gand –Talleyrand a su l’empêcher de fuir plus loin. Le roi a constitué un gouvernement en exil. Selon le duc de Castries, Chateaubriand devient vite à lui seul tout le gouvernement, mais n’est pas dupe. La situation est assez ridicule, en ce début du mois d’avril 1815.

« Ces gens-ci recommencent à dire des bêtises, en attendant qu’ils puissent en faire. »1939

Baron LOUIS (1755-1837), mai 1815. Mémoires du comte Beugnot, ancien ministre, 1783-1815 (1866), Jacques-Claude Beugnot (comte)

Ministre des Finances de Louis XVIII en exil, le baron parle des émigrés qui s’agitent en Belgique. L’épisode des Cent-Jours montrant un pays si prêt à changer de régime ne leur servira même pas de leçon.

« Tout le camp sommeille,
Le général veille […]
Son œil embrasse
Le vaste espace
Et sa main trace
L’arrêt du Destin. »1942

Eugène de PRADEL (1784- 1857), La Bataille de Waterloo, chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Récit chanté de 19 couplets, daté de 1821, sous-titré Souvenirs d’un vieux militaire.

Ce 18 juin 1815 va inspirer bien des vers, des pages, des pensées, rendant à jamais célèbre cette petite commune de Belgique : Waterloo. L’armée impériale se débande pour la première fois. C’est la fin de l’épopée napoléonienne.

« Ma vie politique est terminée. Je proclame mon fils, sous le nom de Napoléon II, empereur des Français. »1951

NAPOLÉON Ier (1769-1821), 22 juin 1815. Dictionnaire des sciences politiques et sociales (1855), Auguste Ott

Il abdique une seconde fois, mais cette fois en faveur de son fils. Napoléon II est reconnu empereur le 23 juin par les Chambres des Cent-Jours. Non sans tumulte ! Et avec un argument juridique étonnant : dans le cas contraire, l’abdication serait nulle et Napoléon pourrait repartir en guerre avec 50 000 hommes…

Les Alliés veulent surtout se débarrasser de lui, définitivement. Le vaincu se rend aux Anglais et c’est la déportation dans l’île de Sainte-Hélène, à 1 900 km en plein océan Atlantique.

« Rendez-nous notre père de Gand,
Rendez-nous notre père ! »1952

Notre père de Gand, chanson. Chansonnier royal ou passe-temps des bons Français (1815), Dentu éd

Cette chanson royaliste rappelle de ses vœux Louis XVIII. Chassé par le retour de Napoléon, il a voulu repartir pour l’Angleterre. Fin mars 1815, il fallut l’autorité d’un Talleyrand et du Congrès de Vienne pour le convaincre de s’arrêter à Gand, en Belgique. « Notre père de Gand » sera souvent surnommé « notre paire de gants » et tourné en dérision par les autres partis.

D’autres surnoms l’accableront, le tournant trop facilement en dérision. Récapitulons : le Roi fauteuil, Cochon XVIII, le Gros Dado, Louis des huîtres et Louis dix huîtres pour sa voracité bien connue (Oister Louis dans certains textes anglais).

Quoiqu’il en soit, c’est surtout l’humiliation des Cent-Jours qui pèsera le plus lourd sur ce roi malmené.

« Tout à coup, une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouché. »1953

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Arrivant à Saint-Denis pour y retrouver Louis XVIII rentré en France, il aperçoit Talleyrand et Fouché venus se rallier au roi. Il décrit l’effet que lui causa cette entrée des deux hommes allant se présenter, ce 7 juillet 1815, à Louis XVIII qui leur rendra leurs portefeuilles – Affaires étrangères et Police. « La vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l’évêque apostat fut caution du serment. »

Le plus grand auteur de sa génération est lui-même ministre sous les Cent-Jours. L’année suivante, rayé de la liste des ministres d’État, il perd sa pension. Parce que, dit-il, « je m’élevais contre l’établissement d’un ministre de la Police générale dans un pays constitutionnel ». Le poste va rester, mais Fouché le perd en 1816, pour devenir un proscrit, exilé en tant que régicide (député de la Convention, il a voté la mort de Louis XVI). Quant à Talleyrand, honni des ultras comme des libéraux, il n’aura pratiquement plus aucun rôle politique sous la seconde Restauration.

« Sire, cent jours se sont écoulés… »1955

Comte de CHABROL (1773-1843), préfet de la Seine, accueillant Louis XVIII, 8 juillet 1815. L’Épopée impériale, d’Ajaccio à Sainte-Hélène (1865), Jules Mazé

Le comte Gilbert-Joseph-Gaspard Chabrol de Volvic attend à la barrière Saint-Denis le roi qui rentre dans sa « bonne ville de Paris », et lui fait cette adresse : « Sire, cent jours se sont écoulés depuis le moment fatal où Votre Majesté, forcée de s’arracher à ses affections les plus chères, quitta sa capitale au milieu des larmes et de la consternation publique… » Etc., etc.

Premier paradoxe : l’expression apparaît le jour même où s’achève la période des Cent-Jours. Elle est toujours utilisée, y compris par les historiens. Second paradoxe : il y a erreur de calcul. Le roi a fui le 20 mars, et cent neuf jours se sont donc écoulés depuis le moment fatal où… Les mots d’histoire ne font pas toujours bon ménage avec les chiffres. Mais si le mot est bon, qu’importe si le calcul ne l’est pas.

« Mais au contraire, j’ai plaisir à marcher dessus. »1956

LOUIS XVIII (1755-1824), aux chambellans qui s’excusent, 8 juillet 1815. L’Esprit de tout le monde (1893), Lorédan Larchey

Le roi est revenu si précipitamment pour cette « seconde entrée triomphale » que les chambellans du château des Tuileries n’ont pas eu le temps d’enlever les tapis semés d’abeilles et d’aigles, symboles de l’Empire. Ils s’en excusent. Mais ce jour-là, tout fait bonheur à Louis XVIII qui retrouve son humour.

4. Enfin roi, malgré les handicaps…

« Vous vous plaignez d’un roi sans jambes, vous verrez ce que c’est qu’un roi sans tête. »1908

LOUIS XVIII (1755-1824), qui ne connaît que trop bien son frère, le comte d’Artois. Encyclopédie des mots historiques, Historama (1970)

L’humour royal s’applique ici à la fratrie. Rendu quasi infirme par la goutte à la fin de sa vie, le roi parle en même temps du futur Charles X. À 57 ans, il garde l’allure d’un jeune homme et monte royalement à cheval. Malgré cette séduction naturelle, il se fera détester.

Déjà impopulaire sous l’Ancien Régime, il se faisait remarquer par sa conduite légère et ses folles dépenses, à l’image de sa belle-sœur Marie-Antoinette. De retour en France après vingt-cinq ans d’exil, il accumulera les erreurs politiques, sous cette Restauration malgré tout fragile.

Il passe son temps entre la chasse, sa passion, et la religion – il deviendra dévot, faisant le vœu de chasteté perpétuelle en 1804, à la mort d’une maîtresse, Louise d’Esparbès, grand amour de sa vie. Feignant de se désintéresser des affaires du royaume, il est en réalité le chef (occulte) du parti royaliste (ultra).

« Cette Chambre, que dans les premiers temps le roi qualifia d’introuvable, se montra folle, exagérée, ignorante, passionnée, réactionnaire, dominée par des intérêts de caste. »1963

Comtesse de BOIGNE (1781-1866), Mémoires (posthume)

Charlotte Louise Adélaïde d’Osmont aura vécu sous onze règnes et régimes différents, tenant salon sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, époques appréciées par cette royaliste libérale. Quant au qualificatif d’« introuvable », il est passé dans l’histoire.

Les élections des 14 et 21 août 1815 font à Louis XVIII ce cadeau empoisonné d’une assemblée plus royaliste que le roi. Avec 350 députés ultras sur 402, cette fameuse Chambre n’est d’ailleurs pas si « introuvable » : elle sera « retrouvée » lors de prochaines élections.

La raison en est simple : l’étroitesse du pays légal par rapport au pays réel. Le régime censitaire donne le droit de vote aux hommes de plus de 30 ans, payant au moins 300 francs d’impôts directs. Soit 110 000 électeurs sur 9 millions d’adultes en 1817, avec 80 % de propriétaires fonciers. Pour être député, il faut avoir au moins 40 ans et payer 1 000 francs d’impôts directs : 15 000 Français seulement sont éligibles.

Cette Chambre royaliste qui ne représente que ses intérêts s’oppose aux ministres modérés, les empêche de gouverner et provoque la seconde Terreur blanche de notre histoire. La haine des royalistes contre les hommes de la Révolution et de l’Empire est encore exaspérée après les Cent-Jours. « Ils finiraient par m’épurer moi-même ! » dit Louis XVIII avec son humour royal. Mais le tsar de Russie menace de laisser ses troupes d’occupation en France, si le roi ne renvoie pas de tels députés ! D’où la dissolution du 5 septembre 1816.

« À moi, mes châtelains,
Vassaux, chassez-moi ces vilains !
C’est moi, dit-il, c’est moi
Qui seul ait ramené le Roi ! […]
Chapeau bas !
Gloire au marquis de Carabas. »1896

BÉRANGER (1780-1857), Le Marquis de Carabas, chanson de 1816. Poésies révolutionnaires et contre-révolutionnaires (1821), À la Librairie historique, éd

Béranger, prompt à saisir la rumeur publique comme tout bon chansonnier, dénonce la morgue des émigrés de retour (sur l’air du roi Dagobert). Ainsi ce marquis : « Son coursier décharné / Clopin-clopant l’a ramené. » Et s’il méprise le peuple, il menace aussi le roi : « Mais s’il ne me rend / Les droits de mon sang / Avec moi, morbleu ! / Il aura beau jeu ! »

« 1817 est l’année que Louis XVIII, avec un certain aplomb royal qui ne manquait pas de fierté, qualifiait de vingt-deuxième de son règne. »1966

Victor HUGO (1802-1885), Les Misérables (1862)

Pour les amateurs de calcul, rappelons que 1817 moins 22 égale 1795, date de la mort (officielle) de Louis XVII le dauphin, année où le comte de Provence en exil fut proclamé Louis XVIII. Cette fois, le compte est bon.

« Je suis du parti que l’on guillotine, et vous êtes du parti que l’on pend. »1969

Mot d’une grande dame noble et légitimiste à Decazes, ministre et conseiller de Louis XVIII, janvier 1818. Histoire du gouvernement parlementaire en France, 1814-1848, volume III (1859), Prosper Duvergier de Hauranne

Les sources évoquent une « prétendue conversation », mais cette revendication de l’inégalité de classes jusque devant la mort reflète l’état d’esprit des ultras qui vivent mal l’expérience libérale voulue par le roi et dont le duc Decazes, royaliste modéré, est l’instrument.

« Une opinion ne devient pas criminelle en devenant publique. »1971

Comte de SERRE (1776-1824), préambule des trois lois favorables à la liberté de la presse, 22 mars 1819. Guizot pendant la Restauration (1923), Charles Hippolyte Pouthas

Les constitutionnels (au centre) sont plus nombreux que les ultraroyalistes. Depuis 1816 et pendant quatre ans, ils ont le pouvoir avec l’agrément du roi. Decazes, ministre de la Police, puis de l’Intérieur, dirige en fait le gouvernement avec la confiance de Louis XVIII qui l’appelle « mon fils ». Il place ses hommes et le choix est bon, avec le baron Louis aux Finances, le comte de Serre à la Justice.

De Serre dépose trois lois libérant la presse : abolition de la censure et de l’autorisation préalable, réduction du nombre des délits, jugements confiés à un jury populaire (moins sévère que le juge correctionnel). Il fait partie des constitutionnels dits doctrinaires, redoutant les excès de la démocratie autant que de l’aristocratie, et attachés à la Charte, rempart à la fois contre le peuple et les ultras. La confiance revient, le budget est en équilibre. Mais il y a toujours une opposition, ou plutôt deux : à gauche et à droite. Et les lois de Serre favorisent la presse d’opinion.

« La liberté de la presse, c’est l’expansion et l’impulsion de la vapeur dans l’ordre intellectuel, force terrible mais vivifiante, qui porte et répand en un clin d’œil les faits et les idées sur toute la face de la terre. »1972

François GUIZOT (1787-1874), Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps (1858-1867)

Guizot entre sur la scène politique sous la Restauration, tout en faisant œuvre d’historien (de la France et de l’Angleterre). Il a des responsabilités dans le ministère Decazes et la même étiquette de modéré que le comte de Serre, très représentatif avec son ami Royer-Collard d’une classe de bourgeois instruits et riches, juristes, universitaires, hauts fonctionnaires. Il ajoute : « J’ai toujours souhaité la presse libre ; je la crois à tout prendre plus utile que nuisible à la moralité publique. »

Mais cette liberté d’expression et d’opinion, qui profite surtout à leurs adversaires, ulcère les ultras de droite qui vont pratiquer la politique du pire.

« Le Roi, dont la sagesse exquise
Sait mettre le temps à profit,
Passe trois heures à l’église,
Quatre à table et quatorze au lit.
Restent pour le soin de l’Empire,
Trois autres, mais hélas,
Ce temps peut à peine suffire
Pour ôter et mettre ses bas. »1973

Le Roi dont la sagesse exquise, chanson. La Révolution de Juillet (1972), Jean-Louis Bory

Malgré les mesures libérales (loi militaire, loi électorale, liberté de la presse), malgré une politique économique bien menée, le régime a toujours de nombreux opposants, à gauche comme à droite. Et Louis XVIII, le roi podagre, est accusé de bien des péchés : paresse, gourmandise et bigoterie. Les chansonniers s’en donnent à cœur joie.

« Si je ne vous savais pas le plus grand des fous, je vous considérerais comme un scélérat ! »1977

Comte de VILLÈLE (1773-1854), interpellant un député d’extrême droite qui demande la mise en accusation de Decazes, 14 février 1820. Louis XVIII et le duc Decazes, 1815-1820 (1899), Ernest Daudet

Villèle, député royaliste, est pourtant le représentant des ultras. Mais il y a des nuances, même dans les extrêmes.

Clausel de Coussergues s’est élancé à la tribune de la Chambre, proposant de porter un acte d’accusation contre Decazes, ministre de l’Intérieur, comme complice de l’assassinat du duc de Berry – héritier de la couronne. Il veut développer sa proposition. Des protestations couvrent sa voix. Il doit regagner sa place au milieu des huées de ses adversaires et des reproches de ses amis. Villèle intervient alors.

Louis XVIII soutient encore son ministre. Mais sous la pression des ultras et malgré les regrets du roi qui en est littéralement malade, Decazes doit démissionner le 20 février.

« Le pied lui a glissé dans le sang. »1978

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848). Causeries du lundi, volume II (1858), Charles-Augustin Sainte-Beuve

Sainte-Beuve, s’exprimant à la fois en historien et critique littéraire, d’ajouter aussitôt : « Cette parole contre un homme aussi modéré que M. Decazes a pu paraître atroce. Sachons pourtant qu’avec les écrivains, il faut faire toujours la part de la phrase. »

Chateaubriand, opposant en disgrâce, se situe (pour l’heure) dans le camp des ultras, persiste et signe : « Ceux qui ont assassiné Monseigneur le duc de Berry sont ceux qui, depuis quatre ans, établissent dans la monarchie des lois démocratiques […], ceux qui ont laissé prêcher dans les journaux la souveraineté du peuple, l’insurrection et le meurtre. »

Après sa démission, Louis XVIII n’abandonne pas son favori : il le fait duc français (Decazes était déjà duc danois, par son mariage) et le nomme ambassadeur à Londres. Louvel sera condamné à mort le 6 juin 1820 et guillotiné le lendemain. Cela n’apaise en rien les esprits.

« Le règne du roi est fini, celui de son successeur commence. »1979

Duc de BROGLIE (1785-1870), après la chute du ministère Decazes, fin février 1820. Le Comte de Serre : la politique modérée sous la Restauration (1879), Charles de Mazade

C’est un constitutionnel modéré qui s’exprime. Il a compris que c’en est fini de la période libérale voulue par Louis XVIII : les ultras vont avoir le pouvoir, avec à leur tête le futur Charles X.

Le duc de Richelieu, rappelé à la présidence du Conseil par le roi, prend trois ultras dans son cabinet et tente une réaction modérée face à l’opposition libérale : suspension des lois de Serre sur la liberté de la presse, loi électorale du double vote encore plus élitiste.

Grand seigneur honnête, excellent administrateur, Richelieu n’a pas l’art de manœuvrer une assemblée et sa politique est bientôt jugée trop modérée par les ultras. Vainqueurs aux élections de décembre 1820, ils auront définitivement gain de cause, quand le comte de Villèle va devenir chef du gouvernement, en décembre 1821.

« Il est né, l’enfant du miracle
Héritier du sang d’un martyr,
Il est né d’un tardif oracle,
Il est né d’un dernier soupir. »1980

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), Méditations poétiques (1820)

Le poète gentilhomme, qui fut un temps dans les gardes du corps de Louis XVIII et joue les attachés d’ambassade en Italie, salue avec lyrisme la naissance du duc de Bordeaux, le 29 septembre 1820. Fils posthume du duc de Berry (assassiné en février) et de la duchesse de Berry Marie-Caroline, il prendra le nom de comte de Chambord et deviendra Henri V pour les royalistes légitimistes. Mais la Révolution de 1830 va éliminer la branche des Bourbons au profit des Orléans.

Le peuple, qui se désintéresse d’une vie politique dont il est exclu au niveau parlementaire, se passionne pour l’événement. Les Parisiens vont boire 200 000 bouteilles de bordeaux en l’honneur de celui qui devrait être leur futur roi et ils chantent : « C’est un garçon ! / J’ai, dans mon allégresse / Compté deux fois douze coups de canon / Dans tout Paris on s’agite, on s’empresse / C’est un garçon ! »

La France reste bien royaliste, même si Louis XVIII, le « Roi-fauteuil », n’a jamais réussi à devenir « le Désiré » comme il le souhaitait. Feignant de se désintéresser des affaires du royaume, son frère est en réalité le chef (occulte) du parti royaliste (ultra).

« Que voulez-vous ? Il a conspiré contre Louis XVI, il a conspiré contre moi, il conspirera contre lui-même. »1986

LOUIS XVIII (1755-1824), parlant de son frère au duc de Richelieu, 12 décembre 1821. Histoire de la Restauration, 1814-1830 (1882), Ernest Daudet

L’humour royal est une vertu rare et Louis XVIII est toujours un exemple à citer.

Richelieu, chef du gouvernement, est menacé par les ultras. Il rappelle au comte d’Artois sa promesse d’aider Louis XVIII qui soutient cette politique gouvernementale. D’Artois refuse et Richelieu fait part de sa déconvenue au roi qui connaît bien son frère et lui fait cette réplique.

« J’ai du moins la paix du ménage. »1987

LOUIS XVIII (1755-1824). Histoire des deux Restaurations jusqu’à l’avènement de Louis-Philippe (1856), Achille de Vaulabelle

Quand Richelieu démissionne, le 13 décembre 1821. Le roi se veut philosophe. Il est surtout trop souffrant pour se battre encore et toujours. Le comte d’Artois est content de voir partir ce constitutionnel trop modéré et laisse son royal frère en paix – pas pour longtemps.

« En somme, le roi a voulu voir de son vivant comment cela irait après sa mort, et il a constitué le premier cabinet de Monsieur ! »1988

Marquis de SÉMONVILLE (1759-1839). Le Retour à la monarchie, 1815-1848 (1943), Jules Bertaut

Le marquis entra en politique comme jeune révolutionnaire, fut diplomate et juriste, et finira en « vieux chat », aux dires de Talleyrand saluant ainsi sa ruse et son intelligence.

Il prend acte du fait et juge fort bien : Louis XVIII vient d’accepter le cabinet ministériel que lui propose Monsieur, son frère le comte d’Artois. Villèle en est le chef et il n’y aura plus que des ultras au pouvoir, du 14 décembre 1821 jusqu’en janvier 1828.

« Il ne se remue pas et cependant, je m’aperçois qu’il chemine. »1989

LOUIS XVIII (1755-1824). Histoire de Louis-Philippe, roi des Français (1847), Amédée Boudin

Le trait d’humour vise cette fois le duc d’Orléans, futur Louis-Philippe sous la Monarchie de Juillet née en 1830 - ce mot prémonitoire date de 1822. Opposant mesuré à la politique des ultras, il soigne sa popularité, habite au Palais-Royal, mais affiche un train de vie modeste et bourgeois, met ses fils au lycée Henri-IV. S’il veut avoir un destin national, le fils de Philippe Égalité doit faire oublier le régicide paternel, au procès de Louis XVI. « Sa situation est incomparable, il est du sang des Bourbons et il en est couvert » dira la comtesse de Rémusat, épistolière et mémorialiste contemporaine.

« Laissez ! Il sera bien assez puni d’entendre la messe chaque matin. »10

LOUIS XVIII (1755-1824), cité par Etienne Lorédan Larchey, L’Esprit de tout le monde (1893)

Quand la Restauration rendit le Panthéon au culte, il fut question d’expulser les restes de Voltaire, cet incroyant notoire. Louis XVIII s’y opposa, avec son humour bien connu et son bon sens royal. Et le plus grand philosophe  des Lumières, également célèbre pour son humour, échappa au déshonneur d’une dépanthéonisation !

« Sire, je suis vieux.
— Non, Monsieur de Talleyrand, non, vous n’êtes point vieux ; l’ambition ne vieillit point. »1992

LOUIS XVIII (1755-1824), qui réplique au « Discours au roi pour l’empêcher de faire la guerre ». Livret de Paul-Louis, vigneron, pendant un séjour à Paris en mars 1823 (1823), Paul-Louis Courier

Pamphlétaire libéral et anticlérical, polémiste parfois violent, l’auteur se cache sous cette identité de « Paul-Louis, vigneron » et va mourir assassiné à 53 ans.

Le roi qui ne paraît pas jeune – toujours malade de la goutte, diabétique et de plus en plus infirme - rassure ainsi M. de Talleyrand qui ne l’est plus guère - affligé d’un pied-bot depuis sa naissance. Il se rassure en même temps, car ils sont presque septuagénaires à une époque où l’espérance de vie est très inférieure à la nôtre.

Talleyrand, écarté du pouvoir et dans le camp de l’opposition libérale, va retrouver une nouvelle raison de vivre avec la Révolution de Juillet 1830 : rallié à Louis-Philippe, il se retrouvera ambassadeur à Londres, refusant le poste de Premier ministre et mourra à 84 ans. Un personnage admiré et détesté de son vivant, comme après sa mort.

« Le roi est mort, Vive le roi ! »1995

Cri de la monarchie, qui retentit pour la dernière fois en France le 16 septembre 1824 à la mort de Louis XVIII au château des Tuileries. Le Roi est mort, vive le Roi ! (1827), François René de Chateaubriand

Cette phrase signifie que le roi de France ne meurt jamais et que la royauté est permanente depuis les Capétiens en 987.

Louis XVIII était le dernier frein à la réaction et le garde-fou aux maladresses de son frère. Devenu Charles X, il se fait acclamer et va aussitôt ressusciter la pompe royale – portée à son comble lors du sacre, longue cérémonie très symbolique à laquelle Louis XVIII renonça, vu son état de délabrement physique.

Le contexte politique favorise Charles X : les élections des 25 février et 6 mars derniers ont ressuscité la Chambre « introuvable » plus royaliste que le roi et dissoute par Louis XVIII en 1815. Cette Chambre « retrouvée » comble les vœux du successeur : la gauche n’a plus que 15 députés. Catastrophe pour l’opposition parlementaire et victoire pour les ultras. C’est la conséquence de la loi électorale : le pays légal ne représente pas du tout le pays réel.

La Restauration mourra de ce décalage abyssal et du monarque dont elle hérite : « Aux époques ordinaires, roi convenable ; à une époque extraordinaire, homme de perdition », dit Chateaubriand jugeant le frère de Louis XVIII lors de son accession au trône.

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L'Histoire en citations - Seconde Guerre mondiale et Quatrième République

L'Histoire en citations - Cinquième République

L'Histoire en citations - Dictionnaire