Nithard : « Celui qui commet la folie de négliger l'intérêt public et se livre en insensé à ses désirs personnels et égoïstes, offense par là à tel point le Créateur » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Fin de l’empire carolingien du Moyen Âge, division et anarchie, invasion des Vikings à Paris…

Empire carolingien éphémère, démembré entre les successeurs, menacé par des envahisseurs étrangers (jusqu’au siège de Paris par les Normands ou Normands) et affaibli de l’intérieur par les Grands. Ils finiront par élire roi le fils d’un puissant maire du palais, Hugues, surnommé Capet, premier d’une dynastie qui va régner jusqu’à la Révolution !

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Que chacun apprenne ici que celui qui commet la folie de négliger l’intérêt public et se livre en insensé à ses désirs personnels et égoïstes, offense par là à tel point le Créateur qu’il rend tous les éléments eux-mêmes contraires à son extravagance. »105

NITHARD (vers 800-vers 845), Histoire des fils de Louis le Pieux

Louis Ier dit le Pieux maintiendra l’unité et le prestige de l’empire carolingien. À sa mort, ses trois fils, Charles II le Chauve, Louis le Germanique et Lothaire se partagent l’Empire et se battent pour le réunifier chacun à son profit. L’anarchie et la misère s’installent à la suite de ces guerres (…)

« Je secourrai ce mien frère Charles par mon aide. »106

LOUIS II le Germanique (vers 804-876), Serment de Strasbourg, 14 février 842

(…) Serment équivalent prononcé par Charles en faveur de Louis. L’année suivante, les serments de Strasbourg aboutiront au traité de paix de Verdun, entre eux et leur frère aîné Lothaire (…) Le latin est remplacé par les langues vulgaires (…) Selon Michelet, « l’histoire de France commence avec la langue française. La langue est le signe principal d’une nationalité. Le premier monument de la nôtre est le serment dicté par Charles le Chauve à son frère, au traité de 843. »

« L’unité de l’Empire carolingien était rompue. De cette rupture, il allait mourir. »107

Jacques BAINVILLE (1879-1936), Histoire de France (1924)

Le traité de Verdun (843) sanctionne le démembrement de l’empire de Charlemagne, mais crée la France dont le premier roi est Charles le Chauve.

« Hélas ! où est-il cet empire qui s’était donné pour mission d’unir par la foi des races étrangères ? […] Il a perdu son honneur et son nom […] Au lieu d’un roi, il y a un roitelet ; au lieu d’un royaume, des fragments de royaume. »108

FLORUS de Lyon (??-vers 860), Querela de divisione imperii. Charlemagne, empereur et roi (1989), Georges Bordonove

(…) Cette complainte reflète la nostalgie des élites intellectuelles (…) Faire renaître l’Empire de Charlemagne sera le but plus ou moins avoué de Napoléon, de certains révolutionnaires et des Européens les plus ardents. En attendant, la France à peine née est fort malmenée !

« Les invasions des païens et les mauvais desseins des gens qui ne sont chrétiens que de nom détruisirent l’effet des capitulaires que [Charlemagne] avait faits pour maintenir l’ordre. »109

CHARLES le Chauve (823-877), vers 875. Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache

Constatation désabusée du petit-fils de Charlemagne, peu avant sa mort (…) À quoi s’ajoute l’arrogance des Grands, qui marque le début de la féodalité. À la fin du IXe siècle, conséquence de partages successoraux, guerres et sécessions, l’ancien Empire sera divisé en sept royaumes indépendants.

« Apprends, Germain, à venir au secours de tes serviteurs. »110

Les défenseurs de Paris à saint Germain, février 886. Le Siège de Paris par les Normands (posthume), Abbon

Germain fut évêque de Paris au VIe siècle et la cité se fait gloire de posséder le corps du saint. L’anarchie règne, quand survient une nouvelle calamité pour le royaume : les vaisseaux normands (ou vikings), venus de Scandinavie, remontent par les fleuves à l’intérieur des terres des Francs (…) Les Parisiens invoquent leur saint protecteur (…)

« Lève-toi, laisse là les craintes qui te font trembler, renonce à fuir, vois tous ces gens prêts à la bataille. »111

Saint GERMAIN (vers 496-vers 576), à un malade. Le Siège de Paris par les Normands (posthume), Abbon

Miracle relaté par Abbon, moine de Saint-Germain des Prés (…) L’homme interpellé est un noble dont la chair se gangrène et qui ne peut se lever pour combattre les Normands. Le saint lui apparaît, lui parle. Aussitôt les plaies se guérissent et il peut reprendre le combat.

« Tuez-moi. Voici ma tête ; ni pour or ni pour argent je ne marchanderai ma vie quand ceux-ci sont morts. Pourquoi me laisser vivre ? Votre cupidité en est pour ses frais. »112

Dernières paroles d’un défenseur de l’une des tours de Paris, 6 février 886. Le Siège de Paris par les Normands (posthume), Abbon

L’homme est entouré par les Normands (Vikings), maîtres de la tour qu’il a défendue avec ses compagnons, tous morts en combattant. Ce guerrier préfère la mort à la captivité qui aurait pu se terminer par le versement d’une rançon. Les « mots de la fin » ponctuent l’histoire, ultimes actes d’héroïsme dans les circonstances les plus dramatiques.

« Partons, l’heure est venue où nous nous saurons gré d’être partis d’ici. »113

SIEGFRIED (seconde moitié du IXe siècle), chef des Normands qui ont remonté la Seine jusqu’à Paris, mars 886 (…)

Devant la farouche résistance des Parisiens, et ayant déjà reçu une somme de 60 livres d’argent pur, Siegfried entraîne ses guerriers à lever le siège de la ville, craignant un revers du sort.

« En peine et en malice tu as usé ton âge,
Tu as vécu des larmes d’autrui et du pillage.
Maint homme as exilé et tourné en servage
Et mis par pauvreté mainte femme au putage […]
Tu prends soin de ton âme comme bête sauvage […]
Mue ta mauvaise vie et change ton courage.
Reçois la Chrétienté et fais au roi hommage. »114

FRANCON (seconde moitié du IXe siècle), archevêque de Rouen, au chef normand Rollon (ou Rou ou Robert). Roman de Rou (écrit entre 1160 et 1170), Robert Wace

L’archevêque morigène le Normand qui ravage le pays chartrain. Les Francs (…) vont lui infliger, le 20 juillet 911, une sanglante défaite. Rollon accepte de faire hommage au roi de France (…) mais de telle façon qu’on va voir un des rares « gags » de l’histoire du Moyen Âge…

« Rou devint homme au roi et ses mains lui donna.
Quand dut baiser le pied, baiser ne le daigna,
Tendit sa main en bas, du roi le pied leva,
Le tira à sa bouche et le roi renversa ;
Tous en rirent assez ; le roi se redressa. »115

Robert WACE (1110-vers 1180), Roman de Rou

Rollon (Rou) se fait finalement baptiser par l’archevêque de Rouen et reçoit en fief la Normandie, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, qu’il signe avec Charles le Simple, en octobre 911. L’intégration des Normands dans le royaume de France va se révéler à terme une grande réussite politique : la seule du règne de Charles le Simple.

« Trêve à nos tentatives de discordes ! Discutons d’un commun accord du choix d’un prince. »116

HUGUES le Grand (??-956), 936. Histoire de France (991-998), Richer de Reims

(…) Hugues est le fils de Robert Ier qui a pris la place du roi Charles le Simple, avant d’être tué à Soissons en 922. Incapable d’imposer sa tutelle et résigné à en finir avec l’anarchie, il reconnaît implicitement le tort de son père.

« Rappelez d’outremer le fils de Charles, Louis, et choisissez-le, comme il convient, pour votre roi. »117

HUGUES le Grand (??-956), 936. Histoire de France (991-998), Richer de Reims

Hugues le Grand, surnommé le faiseur de rois, propose donc, après une période d’anarchie, de reconnaître le roi légitime, surnommé Louis d’Outremer – sa mère, la reine Ogive, l’ayant emmené en Angleterre à la déposition de son mari Charles le Simple. D’où la (seconde) restauration carolingienne, en 936.

« Au roi de France, le comte d’Anjou. Sachez, Seigneur, qu’un roi illettré est un âne couronné. »118

Comte d’ANJOU (910-958), Lettre à Louis IV d’Outremer (…)

Le comte répond au roi qui s’est moqué de son habitude de chanter la messe avec les choristes dans sa chapelle, comme s’il était prêtre. Un demi-siècle de luttes incessantes, notamment pour la possession de la Lorraine, va marquer les règnes de Louis IV d’Outremer, Lothaire et Louis V, dernier des Carolingiens.

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