Clemenceau : « Que voulez-vous que je fasse entre Caillaux qui se prend pour Napoléon et Briand pour Jésus-Christ ! » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Troisième République

Poincaré Président

Raymond Poincaré est élu Président de la République en 1913, succédant à Armand Fallières. C’est le résultat d’une nouvelle alliance : celle de la droite traditionnelle, des républicains de gouvernement et d’une partie des radicaux touchés par le renouveau nationaliste et sensibles aux mots d’ordre d’union, de patrie.

 Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Que voulez-vous que je fasse entre Caillaux qui se prend pour Napoléon et Briand pour Jésus-Christ ! »2554

Georges CLEMENCEAU (1841-1929), 12 juillet 1909

Georges Picquart : dreyfusard, proscrit, ministre (2009), Christian Vigouroux.

La lutte anticléricale continue, dans le cadre de l’application de la loi de 1905, sur la séparation de l’Église et de l’État. Clemenceau doit aussi se battre sur le front de l’agitation sociale. Il a encore d’autres soucis, notamment la représentation proportionnelle soutenue par les socialistes et les modérés. Jaurès, à cette occasion, parle de l’impuissance du gouvernement. D’où le mot de Clemenceau encore président du Conseil, ce 12 juillet 1909 (…)

« Si pour défendre l’existence de la nation […] le gouvernement n’avait pas trouvé dans la loi de quoi rester maître de ses frontières […] aurait-il dû recourir à l’illégalité, il y serait allé. »2555

Aristide BRIAND (1862-1932), Chambre des députés, 29 octobre 1910. Aristide Briand (1932), Victor Margueritte

Le chef du gouvernement est interpellé au sujet de la grande grève des cheminots qui entraîne révocations, réquisitions – cette grève menaçant la circulation des troupes, au cas où il aurait fallu amener les soldats aux frontières. Évoquer le recours possible à l’illégalité, c’est répondre logiquement au slogan de la CGT : « la grève générale, révolutionnaire et violente pour la révolution sociale intégrale » (…)

« La mystique républicaine, c’est quand on mourait pour la République, la politique républicaine, c’est à présent qu’on en vit. »2556

Charles PÉGUY (1873-1914), Notre jeunesse (1910)

Et « l’essentiel est que […] la mystique ne soit point dévorée par la politique à laquelle elle a donné naissance ». C’est dire si Péguy, l’humaniste qui se voudra toujours engagé, jusqu’à sa mort (aux premiers jours de la prochaine guerre), doit souffrir de la politique politicienne née sous la Troisième République.

De plus en plus isolé, il témoigne à la fois contre le matérialisme du monde moderne, la tyrannie des intellectuels de tout parti, les manœuvres des politiques, la morale figée des bien-pensants.

« Le capitalisme n’est pas éternel, et en suscitant un prolétariat toujours plus vaste et plus groupé, il prépare lui-même la force qui le remplacera. »2557

Jean JAURÈS (1859-1914), L’Armée nouvelle (1911)

Idée-force dans la pensée de Jaurès, très sensible à la société en train de se faire sous ses yeux. Il parle aussi en historien visionnaire : « L’ouvrier n’est plus l’ouvrier d’un village ou d’un bourg […] Il est une force de travail sur le vaste marché, associé à des forces mécaniques colossales et exigeantes […] Par sa mobilité ardente et brutale, par sa fougue révolutionnaire du profit, le capitalisme a fait entrer jusque dans les fibres, jusque dans la chair de la classe ouvrière, la loi de la grande production moderne, le rythme ample, rapide du travail toujours transformé. » (…)

« Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout ! »2558

Eugène POTTIER (1816-1887), paroles, et Pierre DEGEYTER (1848-1932), musique, L’Internationale, chanson

Né sous la Commune, devenu hymne du mouvement ouvrier français depuis 1899, ce chant est adopté par l’ensemble des partis socialistes au lendemain du congrès de la IIe Internationale à Stuttgart en 1910, et connaît alors un énorme succès populaire. Il sera bientôt hymne national soviétique, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, et demeure aujourd’hui encore le chant des partis socialistes et communistes : « C’est la lutte finale / Groupons-nous et demain / L’Internationale / Sera le genre humain. »

« Partout où notre drapeau se dresse, les populations accourent, se mettent à son abri, sachant qu’il les libère de l’anarchie et leur apporte la paix, la protection, le bien-être. Oui, cette guerre coloniale, tant décriée et si méconnue, est par excellence une guerre constructrice, une œuvre de paix et de civilisation, et il fallait que cela fût dit. »2559

Maréchal LYAUTEY (1854-1934), Paroles d’action, 1900-1926 (1927)

Après le traité de Fez (30 mars 1912) par lequel le sultan du Maroc accepte le protectorat français, Lyautey est nommé résident général de la République française en septembre 1912 et s’efforce de pacifier la région – mais la guerre mondiale interrompt son action. Le Maroc est d’ailleurs une raison de tension majeure entre la France, forte de son Entente cordiale avec l’Angleterre, et l’Allemagne privée d’empire colonial et cherchant à combattre l’influence française.

« Je vote pour Pams parce que c’est le plus bête ! »2560

Georges CLEMENCEAU (1841-1929). La Légende du siècle : l’Est républicain, 1889-1989 (1989), Michel Caffier

L’argument a déjà servi contre, ou plutôt pour un autre président, Sadi Carnot, élu en 1887.

Alors que Poincaré, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, fait campagne en cette fin d’année 1912 pour succéder à Armand Fallières à la présidence de la République, Clemenceau, son ennemi politique, choisit de voter pour Pams, ministre de l’Agriculture, homme aimable, très riche et inoffensif, proposé par les groupes de gauche.

« La place n’est pas mauvaise, mais il n’y a pas d’avancement. »2561

Armand FALLIÈRES (1841-1931), à Raymond Poincaré reçu à l’Élysée, 17 janvier 1913. Commémoration du centenaire de l’élection d’Armand Fallières à la présidence de la République (2006), Christian Poncelet, président du Sénat

Fallières, huitième président de la Troisième République, fit une carrière politique classique : maire, député, sénateur, plusieurs fois ministre, président du Conseil. Il a le physique de l’emploi : la barbe et la moustache, le ventre, une assurance tranquille. De son septennat, retenons la réintégration de Dreyfus dans l’armée, et la création de l’isoloir pour assurer le secret des votes. Il choisit de ne pas se représenter (…)

« Ce n’est pas un homme qui triomphe, ce n’est pas un parti. C’est une idée nationale. »2562

Le Journal, 18 janvier 1913. La Troisième République, 1870-1940 (2000), Paul M. Bouju, Henri Dubois

Au lendemain de l’élection de Raymond Poincaré, nouveau président de la République qui, député ou ministre, s’est toujours tenu prudemment « ailleurs », hors du Bloc et des radicaux.

« Ne croyez pas à la bonn’ République
Si Poincaré veut s’mettre à gouverner,
Il devra l’l’endemain quitter la boutique
Comm’ Mac-Mahon et Casimir-Périer. »2563

Vive Poincaré ! chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Chanson de l’Action française : le titre est naturellement ironique.

Même si Poincaré, en mai 1912, a érigé la fête de Jeanne d’Arc en fête nationale et s’est rallié d’indispensables suffrages de droite, même s’il ne s’est pas engagé pour Dreyfus au temps de l’Affaire et vient de mener une politique de fermeté face à l’Allemagne, ce n’est pas encore assez pour l’extrême droite qui se moque donc : « Qui donc parlait de renverser la gueuse ? / Il n’y a plus pour nous en séparer / Que tout’ l’étendu’ d’la question religieuse / Mais… vive Poincaré ! »

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