Suger : « Si veut le Roi, si veut la Loi. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Moyen Âge (suite)

2. Capétiens directs (Hugues Capet élu roi, 3 juillet 987 - mort de Charles IV, 1er février 1328).

La nouvelle dynastie capétienne devra s’imposer face aux seigneurs féodaux, souvent plus puissants que le roi. L’Église, très influente, réprime l’hérésie cathare et prêche les croisades. La France s’étend et se renforce avec de grands rois - Phlippe (dit) Auguste, Louis IX (Saint-Louis), Philippe (dit) le Bel. Mais le « beau Moyen Âge » finit mal. Une crise dynastique amène les Valois au pouvoir et préfigure la « Guerre de Cent Ans ».

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

Prologue

Roi et seigneurs

« Si veut le Roi, si veut la Loi. »119

Abbé SUGER (vers 1081-1151). Manuel de plusieurs règles du droit coutumier (…) (1607), Antoine Loysel (ou Loisel)

Ministre et ami de Louis VI le Gros, puis de Louis VII, Suger développe l’autorité royale en favorisant la naissance des communes urbaines contre le pouvoir des nobles et assure une meilleure justice.

« Toute justice émane du roi. »120

Antoine LOYSEL (1536-1617). Dictionnaire de français Littré, au mot « justice »

 Cet adage fait écho à « Si veut le Roi, si veut la Loi » et reflète la suprématie de la justice royale sur les justices seigneuriales ou municipales. Il devient plus vrai quand Louis IX et Philippe le Bel renforcent l’État royal (…)

« Laissez passer la justice du roi ! »121

Inscription sur les sacs où l’on met les condamnés à mort préalablement étranglés, avant d’être jetés à l’eau (…)

La formule renvoie au règne de Charles VI le Fol, en pleine guerre de Cent Ans. Mais elle a deux origines possibles (…)

« Le roi de France ne meurt jamais. »122

Dicton marquant la pérennité de la dynastie royale, au-delà de la personne du roi (…)

D’où la célèbre expression, pour saluer l’avènement du successeur du roi défunt : « Le roi est mort, vive le roi ».

« Châtelains, vavasseurs, citoyens, vilains sont soumis à ceux que le roi a pour hommes et tous sont sous la main du roi. »123

Livre de justice et de plaids (1234)

Le système féodal au temps de Louis IX prétend imposer la suprématie royale sur tous les sujets et vassaux.

« Nulle terre sans seigneur. »
« Nul seigneur sans titre. »124

Maximes. Recueil alphabétique des questions de droit (1810), Philippe-Antoine Merlin

La première formule est la maxime des Francs du nord de la France, à laquelle répond la seconde, élaborée par les seigneurs du Midi. Elles expriment le fondement de la société médiévale, basée sur la puissance territoriale des seigneurs.

« Fier comme château sur motte. »125

Proverbe du XIe siècle. Dictionnaire de français Littré, au mot « motte »

En ces temps de tumultes, le château fait la force et la fierté des seigneurs.

« La France fut faite à coups d’épée. La fleur de lys, symbole d’unité nationale, n’est que l’image d’un javelot à trois lances. »126

Charles de GAULLE (1890-1970), La France et son armée (1938)

 Formule lapidaire, mais vérité historique : les rois, en particulier les Capétiens, ont dû combattre d’abord les puissants vassaux, ensuite les nations frontalières, pour créer la France.

Chevalerie et religion

« Tu croiras tout ce qu’enseigne l’Église et observeras tous ses commandements. »127

Premier des dix commandements du parfait chevalier

Un chevalier doit suivre un code de conduite et respecter une éthique, sous peine de perdre son statut de chevalier (…) Ce code de la chevalerie se résume en dix commandements, comme le décalogue de l’Église. La première règle est la plus importante. Qui n’est pas chrétien ne peut devenir chevalier (…)

« Tu auras le respect de toutes les faiblesses et tu t’en constitueras le défenseur. »128

Troisième commandement du parfait chevalier

 Ce commandement sanctionne le rôle traditionnel du chevalier.

« Tu feras aux Infidèles une guerre sans trêve et sans merci. »129

Sixième commandement du parfait chevalier

 Le Moyen Âge, époque de foi et temps des cathédrales, va vivre sous le signe des croisades, appelées aussi guerres saintes : huit au total, de 1095 à 1270.

« Tu t’acquitteras exactement de tes devoirs féodaux s’ils ne sont pas contraires à la loi de Dieu. »130

Septième commandement du parfait chevalier

Le respect des lois de la féodalité est un des fondements de la société médiévale, mais la primauté reste à la loi divine.

« Tu seras partout et toujours le champion du Droit et du Bien contre l’Injustice et le Mal. »131

Dernier des dix commandements du parfait chevalier

Ce code de la chevalerie propose un idéal difficile à observer (…) tous les chevaliers ne seront pas des Saint Louis ou des Bayard. Mais il sert assurément de frein à des hommes qui, sans ces règles, auraient été sauvages et indisciplinés.

« Noblesse vient de bon courage
Car gentillesse de lignage
N’est point gentillesse qui vaille
Si la bonté de cœur y faille. »132

Jean de MEUNG (vers 1240-vers 1305), Roman de la Rose (vers 1275)

Ces vers soulignent que la véritable noblesse tient non pas à un titre héréditaire, mais aux qualités du cœur et de l’esprit. C’est l’aboutissement de la chevalerie et de la courtoisie qu’expriment si bien troubadours et trouvères (…)

« Dieu a mis au ciel deux grands luminaires : le soleil, et la lune qui emprunte sa lumière au soleil ; sur la terre, il y a le pape, et l’empereur qui est le reflet du pape. »133

GRÉGOIRE VII (vers 1020-1085). Histoire de France, tome II (1833), Jules Michelet

Pape célèbre pour avoir humilié l’empereur d’Allemagne à Canossa, en 1077 (…) Promoteur de la réforme dite « grégorienne » visant à purifier les mœurs ecclésiastiques (interdiction du mariage des prêtres) et à émanciper l’Église du pouvoir temporel.

« La foi toujours pure des rois de France […] leur a mérité l’honneur d’être appelés Très Chrétiens et fils aînés de l’Église, par la commune voix de toute la chrétienté. »134

BOSSUET (1627-1704), Abrégé de l’histoire de France

(…) À ses débuts, la royauté s’appuya sur l’Église pour asseoir son autorité. En échange, elle a aidé l’Église à acquérir un pouvoir temporel (…) Les relations entre deux pouvoirs de plus en plus forts et jaloux de leur autorité ne pouvaient se poursuivre sans accrocs, sinon sans drames (…)

« Si quelqu’un entre de force dans une église et en enlève quelque chose, qu’il soit anathème ! Si quelqu’un vole le bien des paysans ou des autres pauvres, sa brebis, son bœuf, son âne, etc., qu’il soit anathème ! Si quelqu’un frappe un diacre ou un clerc, qu’il soit anathème ! »135

Concile de Charroux (989) (…)

(…) La violence prime le droit, pour le plus grand malheur des plus faibles. L’Église intervient pour « discipliner » plutôt que pour supprimer la guerre (…) Anathème (damnation éternelle) prononcé contre trois catégories de malfaiteurs (…) et « la paix de Dieu » instaurée, une des institutions les plus bénéfiques du Moyen Âge (…)

« Il est interdit d’assaillir son ennemi depuis la neuvième heure du samedi jusqu’à la première heure du lundi. »136

Concile d’Elne (1027). Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache

 Il établit la trêve de Dieu « afin que tout homme puisse rendre ce qu’il doit à Dieu pendant la journée dominicale » (…) Trêve ensuite étendue du mercredi soir au lundi matin par l’assemblée de Nice en 1041. Puis à de nombreuses périodes de fêtes religieuses (autour de Noël, Pâques, Pentecôte, fête de la Vierge et de divers saints) par des conciles ultérieurs.

Société

« Oh ! Paris, tu prends les âmes à la glu ! »137

Pierre de (la) CELLE (1115-1183), 1164. La Revue de Paris, volume III (1896), Marc Le Goupils

Dès la fin du XIe siècle, les rois de France vont faire de Paris l’un des plus prestigieux centres intellectuels de l’Europe. Un peu plus tard, Philippe de Harvengt s’exclame : « Heureuse cité [Paris] où les étudiants sont en si grand nombre que leur multitude vient presque à dépasser celle des habitants ! » (…)

« Après la panse vient la danse. »138

Dicton populaire. Dictionnaire de l’Académie française (1694), au mot « panse »

On mange, on boit, on s’amuse bien au Moyen Âge, au château comme au village, hors les temps de famine, de peste, de guerre.

« Ô France, tourmentée par les agents du fisc, tu as eu à supporter de dures lois et de terribles moments ! »139

GILLES de Paris (1162-1220). Étude sur la vie et le règne de Louis VIII (1975), collectif

Fameuse apostrophe lancée au début du XIIIe siècle par le précepteur du fils de Philippe Auguste, Louis VIII de France, dit le Lion (…) Récrimination sur la lourdeur des impôts récurrente, allant jusqu’à déclencher la Révolution de 1789.

« C’était une croyance universelle au Moyen Âge, que le monde devait finir avec l’an mille de l’incarnation […] Cette fin d’un monde si triste était tout ensemble l’espoir et l’effroi du Moyen Âge. »140

Jules MICHELET (1798-1874), Histoire de France, tome III (1837)

Croyance (…) fondée sur le millénarisme, doctrine selon laquelle le Jugement dernier devait avoir lieu mille ans après la naissance du Christ (…) Les auteurs romantiques du XIXe siècle ont contribué à renforcer ce mythe de la Grande Peur de l’an mille (…)

« La millième année après la Passion du Seigneur […] les pluies, les nuées s’apaisèrent, obéissant à la bonté et la miséricorde divines […] Toute la surface de la terre se couvrit d’une aimable verdeur et d’une abondance de fruits. »141

RAOÛL le Glabre (985-avant 1050), Histoires

Ce moine historien décrit la fin des terreurs du tournant millénariste. Rien ne s’est passé, comme il en a toujours été pour ce genre de superstition (…) Lui qui a craint le pire et contribué à la Grande Peur, il témoigne, en termes poétiques, d’un renouveau de civilisation (…) Georges Duby, grand médiéviste du XXe siècle, appelle cela « le printemps du monde ».

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