Victor Hugo : « Les siècles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche crève. C’est Marat. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Révolution

Portrait de quatre révolutionnaires (suite et fin)

Les quatre personnages (avec leurs idées) se révèlent également au fil de l’histoire.

À la fin de la Révolution, la Terreur va accélérer le processus d’élimination des « factieux », par la force des choses et la logique d’une répression sans fin.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

Jean-Paul Marat

« Les siècles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche crève. C’est Marat. »1301

Victor HUGO (1802-1885), Quatre-vingt-treize (1874)

(…) Marat, c’est le méchant. Pas un ami de son vivant. Pas un historien pour en faire un héros. Pas un théoricien pour se dire « maratiste », comme on peut être dantoniste ou robespierriste (…) Il fut pourtant l’« ami du peuple », jouissant d’une incroyable popularité auprès des sans-culottes.

« Ce fanatique énergumène nous inspirait à nous-mêmes une sorte de répugnance et de stupeur […] Ses vêtements en désordre, sa figure livide, ses yeux hagards avaient je ne sais quoi de rebutant et d’épouvantable qui contristait l’âme. »1302

LEVASSEUR de la Sarthe (1747-1834). Mémoires de R. Levasseur de la Sarthe, ex-conventionnel (1829), René Levasseur, Francis Levasseur

Témoignage d’un montagnard qui ajoute : « Lorsqu’on me le montra pour la première fois (…) je le considérai avec cette curiosité inquiète qu’on éprouve en contemplant certains insectes hideux. » (…) Marat est affligé d’une laideur irrémédiablement repoussante, en raison d’une dermatose chronique (…)

« L’aigle marche toujours seul, le dindon fait troupe ! »1303

MARAT (1743-1793) en réponse à Fréron et Desmoulins, septembre 1789

Marat est un solitaire, il ne supporte pas la moindre objection. Quand il crée son journal, l’Ami du peuple, il refuse aux deux journalistes révolutionnaires de participer à la rédaction (…) Cet éternel aigri, qui se pose en « ami du peuple », n’a pas d’ami. Marat est tout à la fois le grand malade, le grand persécuté (…) l’éternel prophète de malheur.

« J’ai deux passions dominantes qui, dès mon enfance, maîtrisent toutes les puissances de mon être : l’amour de la justice et l’amour de la gloire. »1304

MARAT (1743-1793). Histoire politique et littéraire de la presse en France (1860), Eugène Hatin

Côté gloire, l’Ancien Régime lui fit une petite réputation de scientifique (…) Mais la Révolution en fait l’idole du peuple, dès 1789 et les premiers numéros de son journal, L’Ami du peuple. Quant à la justice, il écrit sur sa réforme dès 1780, un Plan de législation criminelle. Des historiens verront en lui le précurseur du socialisme (Jaurès) ou du gauchisme (Mathiez).

« Au-delà de ce que propose Marat, il ne peut y avoir que délire et extravagance. »1305

Camille DESMOULINS (1760-1794). Le Vieux cordelier : journal politique (1825), Camille Desmoulins, Joachim Vlate

Lamartine écrira dans son Histoire des Girondins : « Marat personnifiait en lui ces rêves vagues et fiévreux de la multitude qui souffre […] Il introduisait sur la scène politique cette multitude jusque-là reléguée dans son impuissance. » (…) Hébert forcera le trait avec Le Père Duchesne, accusant les robespierristes d’être des « endormeurs » !

Maximilien Marie Isidore (de) Robespierre

« Cet homme ira loin car il croit tout ce qu’il dit. »1306

MIRABEAU (1749-1791), Mémoires biographiques, littéraires et politiques de Mirabeau (posthume)

Mirabeau, dit « la torche de Provence », parle ainsi en 1789 de Robespierre, surnommé à ses débuts « la chandelle d’Arras » : bien qu’avocat, ce député du tiers état manque d’éloquence à la Constituante. Mais pour la conviction, il ne craint personne et sera un jour craint de tous ses adversaires, peu à peu éliminés (…)

« Le correcteur d’épreuves de la Révolution, c’est Robespierre. Il revoyait tout, il rectifiait tout. »1307

Victor HUGO (1802-1885), Quatre-vingt-treize (1874)

Tout le contraire du génie de l’improvisation des Mirabeau et Danton. C’est un infatigable théoricien, comme son ami Saint-Just.

« Il aurait payé pour qu’on lui offrît de l’or, pour pouvoir dire qu’il l’avait refusé. »1308

Pierre Louis ROEDERER (1754-1835). Œuvres du comte P. L. Roederer : histoire contemporaine, 1789-1815 (1854), Pierre Louis Roederer

Ce député aux États généraux de 1789 n’apprécie pas vraiment l’Incorruptible avec ses mœurs au-dessus de tout soupçon et cette vertu érigée en système, qu’il voudra imposer à tous.

« Le Ciel qui me donna une âme passionnée pour la liberté m’appelle peut-être à tracer de mon sang la route qui doit conduire mon pays au bonheur. J’accepte avec transport cette douce et glorieuse destinée. »1309

ROBESPIERRE (1758-1794). Réponse de M. Robespierre aux discours de MM. Brissot et Guadet du 23 avril 1792 (…)

Il lui reste deux ans à vivre : deux ans pour éliminer les factions et les factieux et marquer la Révolution de son empreinte.

« Une idée absolue de perfection, de pureté, ne peut être qu’une erreur politique. »1310

ROBESPIERRE (1758-1794). Encyclopædia Universalis, article « Maximilien de Robespierre »

Phrase datée de 1788. Le jeune avocat poudré se fait une réputation de bel esprit dans les salons. Il recherche la notoriété (…) Mais la réussite est imparfaite, les lauriers rares ; les confrères parvenus font peser une lourde tutelle sur les jeunes. Il s’en indigne (…) Monarchiste constitutionnel, il ne devient républicain qu’après le 20 juin 1792.

« Nous sommes intraitables, comme la vérité, inflexibles, uniformes, j’ai presque dit insupportables comme les principes. »1311

ROBESPIERRE (1758-1794), Discours du 5 février 1794

Quelques années ont passé, l’homme et le langage ont changé. Voilà le dictateur, détenteur de la vérité, le personnage dont l’histoire gardera le souvenir, inexorablement associé à la Terreur.

« Il y a ceux qui voient en Robespierre un autre Lénine et ceux qui pensent à Jaurès en prononçant son nom ; et il y a ceux qui haïssent le monstre et ceux qui révèrent le martyr. »1312

Albert MATHIEZ (1874-1932). Études d’histoire révolutionnaire : Girondins et Montagnards (1930), Albert Mathiez

Il s’est attaché à la réhabilitation de Robespierre. Avant lui, Proudhon dénonçait déjà la propagande thermidorienne qui, après son élimination, l’a posé en dictateur (…) Faut-il refaire le procès de Robespierre ? Aux historiens d’en juger. Laissons la parole aux faits, aux acteurs et aux témoins de cette Révolution.

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