Giscard : « C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum, à condition que la réponse soit oui. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Les années Chirac, Sarkozy et Hollande

Le « Non » l’emporte lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005

Le second mandat de Jacques Chirac est difficile, le Non (à 55%) au référendum européen est un nouveau séisme politique et un défi aux grands partis, mais la réforme du quinquennat accélère le rythme de la vie politique. Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, jeune loup visiblement impatient, provoque le vieux fauve : nouvel épisode de la guerre des droites.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum, à condition que la réponse soit oui. »3385

Valéry GISCARD D’ESTAING (né en 1926), Le Monde, 6 mai 2005. Prix spécial du jury, décerné par le Press Club, humour et politique, en 2005.

VGE parle du projet de Constitution européenne : « C’est un texte facilement lisible, limpide et assez joliment écrit : je le dis d’autant plus aisément que c’est moi qui l’ai rédigé. » Mot également remarqué par le jury.

L’Europe est donc de retour, sur la scène politique. Le 19 juin 2004, les chefs d’État et de gouvernement des 25 pays membres ont adopté le « Traité établissant une Constitution pour l’Europe », signé à Rome le 29 octobre. Reste à obtenir la ratification par tous les membres de l’Union : par voie parlementaire ou par référendum.

Le référendum, sacre populaire, donne plus de poids au texte, si tout se passe bien. Et 10 pays font ce pari, dont la France : décision du président de la République, après consultation des partis.

La campagne du référendum passionne moins qu’en 1992 (…)

« NON. »3386

Réponse au référendum français sur le Traité constitutionnel européen, 29 mai 2005

Le non l’emporte avec près de 55 % des suffrages exprimés (plus de 30 % d’abstention). C’est un séisme politique, dont les ondes sismiques se feront durablement sentir. Si les Français rejettent l’Europe, il faut analyser cette « fracture européenne », et les partis – divisés sur la question, mais majoritairement européens – vont tenter de mieux « vendre » l’Europe, trop facilement prise en bouc émissaire (…)

« Un jour, les Européens remercieront les Français d’avoir voté non, car la seule Europe qui peut marcher est celle des nations et des projets. »3387

Lech WALESA (né en 1943), au lendemain du 29 mai 2005. Le Monde, 25 mai 2006, « Référendum du 29 mai 2005 : le “non” un an après »

(…) Deux jours après la France, le 1er juin, les Pays-Bas répondent non au référendum.

Ce sont donc les deux États (sur 25) qui bloquent le processus européen, l’unanimité étant requise.

« L’Union européenne va continuer a fonctionner sur les bases des traités actuels », dit le président Chirac. Un traité modificatif (futur Traité de Lisbonne) reprendra les bases du Traité constitutionnel, et sera approuvé par les 27 États membres (Bulgarie et Roumanie nouveaux venus) lors du Conseil européen du 23 juin 2007. Les opposants à cette Europe ne manqueront pas l’occasion de dénoncer la manœuvre.

« En poursuivant leur politique de nivellement généralisé par le bas, les dirigeants actuels, totalement déconnectés des souffrances des peuples, sont en train de tuer la belle idée européenne. »3388

Nicolas DUPONT-AIGNAN (né en 1961), Le Monde, 25 mai 2006

Souverainiste convaincu, il déplore l’abandon des références gaullistes du parti majoritaire, le RPR, et fonde le club « Debout la République », en 1999. Il a fait campagne pour le non, comme Séguin en 1992, avec des arguments comparables (…)

« Il nous faut décider d’un programme d’action innovant, courageux, ambitieux. Cela suppose […] un tournant majeur dans nos politiques économique et sociale. Il n’y a pas de fatalité, le plein-emploi n’est pas un objectif inaccessible, puisque d’autres pays en Europe ont su l’atteindre. »3389

Nicolas SARKOZY (né en 1955), Déclaration au siège de l’UMP, Le Monde, 30 mai 2005

Président de l’UMP, il saute sur l’occasion du « non » européen, des le lendemain, pour incriminer la politique gouvernementale du parti présidentiel. Les Français « nous pressent d’en finir avec nos immobilismes, avec nos frilosités, ou tout simplement avec nos habitudes, pour faire bouger le pays et le remettre en mouvement sans tarder. » (…)

« C’est aux socialistes français d’être là pour leur pays, pour lui donner une perspective, un sens, une direction, un espoir, et pour la gauche de la faire gagner sur un projet qui devra être crédible, mobilisateur et sincère. »3390

François HOLLANDE (né en 1954), Le Monde, 30 mai 2005

Le premier secrétaire du PS a regretté le rejet du traité européen, sitôt interprété comme « le rejet du pouvoir ». Il a qualifié le vote non de « décision politique majeure grave pour l’Europe », souhaitant qu’elle ne soit pas la victime du désordre intérieur français.

Lui aussi se positionne, en pensant aux prochaines élections, mais il est lui-même victime du non ! Pendant la campagne référendaire, les socialistes se sont divisés au sein de son parti traditionnellement pro-européen (…)

« Il faut tout mettre sur la table après un désaveu aussi brutal. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une refondation de la République et de la démocratie française. »3391

François BAYROU (né en 1951), Le Monde, 30 mai 2005

Le président de l’UDF en appelle à Jacques Chirac, qui se contente d’annoncer un changement de gouvernement, après la victoire du non au référendum. « La réponse à une crise de cette ampleur exige une démarche nouvelle, une rupture avec ce qui s’est fait jusqu’à ce jour », proteste Bayrou le centriste, qui prend position lui aussi, en vue de la prochaine élection présidentielle. Il la sent bien, et il a raison…

Quant a Chirac, il gère la fin de son quinquennat comme il peut. Exit Raffarin III, voici Villepin Premier ministre, et Sarkozy de retour au gouvernement (…)

« On va nettoyer au Kärcher la Cité des 4000. »3392

Nicolas SARKOZY (né en 1955), ministre de l’Intérieur, 20 juin 2005, à la Courneuve

(…) Certains médias soulignent l’indécence de ces déclarations faites sur les lieux du deuil. Mais Sarkozy persiste et signe, selon un système et sur un ton qui deviendront sa marque présidentielle : « Le terme “nettoyer au Kärcher” est le terme qui s’impose, parce qu’il faut nettoyer cela » (Journal télévisé de France 2, 29 juin 2005). Épisode de la crise des banlieues et du mal des « quartiers ».

« Il faut traverser le périphérique, aller chez les indigènes là-bas, les descendants de Vercingétorix […] Il faut casser les portes, et si elles ne veulent pas s’ouvrir, il faut y aller aux forceps. Partout où la diversité n’existe pas, ça doit être comme une invasion de criquets, dans les concours de la fonction publique, dans la police nationale […] Partout de manière à ce qu’on ne puisse plus revenir en arrière. »3393

Azouz BEGAG (né en 1957), octobre 2005, Entretien, Respect Magazine, octobre-décembre 2005. Lectures françaises, volume XVIX (2006)

Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Promotion de l’égalité des chances, dans le gouvernement Dominique de Villepin, il fait entendre sa différence : pas de langue de bois, et il sait de quoi il parle.

D’origine algérienne, né en France dans la banlieue lyonnaise en 1957 (…) il entre en politique et slalome littéralement entre les partis, jusqu’en 2012. Ayant d’abord échoué à gauche, il a trouvé sa place à droite, ministre de juin 2005 à avril 2007, mais le conflit va éclater, face à Sarkozy.

« Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien, on va vous en débarrasser. »3394

Nicolas SARKOZY (né en 1955), ministre de l’Intérieur, 25 octobre 2005, en déplacement officiel à Argenteuil, reportage sur France 2, le 26 octobre

C’est une habitante d’une tour HLM, qui l’interpelle du haut de son balcon : « Quand nous débarrasserez-vous de cette racaille ? » Le ministre lui répond. Et il reprend, en insistant : « Le mot racaille était peut-être un peu faible. »

Les médias s’empressent de relever ces provocations verbales du ministre de l’Intérieur (…)

« La France, tu l’aimes ou tu la quittes. »3395

Nicolas SARKOZY (né en 1955), avril 2006. La Fracture identitaire (2007), Ivan Rioufol

Il s’est défendu d’être l’auteur de cette formule qui fait la fortune des rappeurs ! Et qui a été reprise au vol par Philippe de Villiers.

C’est quand même le résumé d’un message tout aussi clair, au cours d’un meeting « Imaginons la France d’après » (slogan de l’UMP, signé Frank Tapiro, conseiller médiatique de sa campagne) : « On en a plus qu’assez de devoir en permanence s’excuser d’être Français […] S’il y en a que ça gêne d’être en France […] qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas. »

Notons la similitude sémantique avec les propos de Georges Marchais, dans les années 1980 (…)

« Parler de social à Nicolas Sarkozy, c’est comme parler de cinéma à une caméra de surveillance. »3396

Laurent FABIUS (né en 1946), cité dans L’Express, août 2009. Quand les politiques se lâchent ! : bons mots, lapsus et vachardes (2011), Olivier Clodong

Une solide expérience de ministre de l’Intérieur va naturellement inspirer le futur président de la République. Et la gauche française mettra un certain temps avant de présenter une opposition crédible, même si les présidentielles se rapprochent. Mais l’opposition à Sarkozy se manifeste également à droite.

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