« Aujourd'hui ou demain, envers et contre tous, le traître de Gaulle sera abattu comme un chien enragé. » | L’Histoire en citations
« Aujourd'hui ou demain, envers et contre tous, le traître de Gaulle sera abattu comme un chien enragé. »
Citation du jour

citations histoire L’élection du président au suffrage universel direct est la première réforme constitutionnelle majeure, voulue par de Gaulle pour asseoir le pouvoir du chef de l’État - il pense surtout à son successeur et donc à la France. La vie politique, déjà stabilisée par les nouvelles institutions, va en être changée. Nous reviendrons sur le fonctionnement de cette Constitution réformée (par référendum du 28 octobre 1962).

Feuilletez la Chronique sur la Ve République pour en savoir plus.

« Aujourd’hui ou demain, envers et contre tous, le traître de Gaulle sera abattu comme un chien enragé. »3010

Tract CNR (nouveau Conseil national de la résistance, créé par l’OAS) reçu par tous les députés, après l’attentat du Petit-Clamart, août 1962

Chronique des années soixante (1990), Michel Winock.

C’est une retombée de la guerre d’Algérie. De Gaulle échappe par miracle à l’attentat, le soir du 22 août, au carrefour du Petit-Clamart, près de l’aéroport militaire de Villacoublay. Sa DS 19 est criblée de 150 balles et seul le sang-froid du chauffeur, accélérant malgré les pneus crevés, a sauvé la vie au général et à Mme de Gaulle. Condamné à mort par la Cour militaire de justice, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, chef du commando et partisan de l’Algérie française, est fusillé le 11 mars 1963 – dernier cas en France.

Dès le lendemain de l’attentat, de Gaulle profite de l’émotion des Français pour faire passer une réforme qui lui tient à cœur : l’élection du président au suffrage universel. S’il devait mourir, cela donnerait plus de poids à son successeur et plus de légitimité. Tous les partis sont contre, sauf le parti gaulliste (UNR) et une minorité d’indépendants (Giscard d’Estaing en tête). Le seul précédent historique est fâcheux : Louis-Napoléon Bonaparte, élu du suffrage universel, transforma vite ce coup d’essai en coup d’État. De Gaulle annonce un référendum pour le 28 octobre.

« Pour nous, Républicains, la France est ici [dans l’hémicycle] et non ailleurs. Penser autrement, ce serait douter de la République. »3011

Paul REYNAUD (1878-1966), Assemblée nationale, 4 octobre 1962

La Cinquième est un régime dont le caractère présidentiel va se renforcer avec l’élection du président au suffrage universel, au détriment de l’Assemblée nationale. Un référendum doit décider de cette modification constitutionnelle. Ce jour-là, Paul Reynaud, opposé à ce projet, exprime pour la dernière fois la vision ultra-représentative de la souveraineté parlementaire, qui domina la Troisième et la Quatrième Républiques.

« La Constitution est violée. »3012

Gaston MONNERVILLE (1897-1991), président du Sénat, 9 octobre 1962

Le deuxième personnage de l’État accuse le premier. Il y a un prétexte de forme : l’utilisation de l’article 11 au lieu de l’article 89 de la Constitution pour instituer l’élection du président de la République au suffrage universel. La vraie critique est de fond : la réforme prive les sénateurs (joints aux députés) de la prérogative d’élire le chef de l’État. Monnerville, homme d’ordinaire nuancé, use de mots très durs, comme au Congrès radical de Vichy (fin septembre) : « Violation délibérée, voulue, réfléchie, outrageante de la Constitution […] Arbitraire […] Forfaiture du Premier ministre. » D’où la rupture définitive entre le Sénat et le général de Gaulle.

« Si votre réponse est « non », comme le voudraient tous les anciens partis afin de rétablir le régime de malheur, ainsi que tous les factieux pour se lancer dans la subversion, de même si la majorité des « oui » est faible, médiocre et aléatoire, il est bien évident que ma tâche sera terminée aussitôt et sans retour. »3013

Charles de GAULLE (1890-1970), Discours, 18 octobre 1962

C’en est fini du consensus existant depuis 1958 ! Il n’y a plus de guerre d’Algérie pour souder la majorité parlementaire. Le « cartel des Non » à de Gaulle regroupe tous les « vieux partis » ; à la fronde parlementaire s’ajoute l’hostilité ouverte des juristes. Résultat ? Le « oui » au référendum pour l’élection du président de la République au suffrage universel représentera 62,25 % des suffrages exprimés. Donc, ça passe quand même !

« Vous avez scellé la condamnation du régime désastreux des partis. »3014

Charles de GAULLE (1890-1970), Allocution radiotélévisée, 7 novembre 1962

Le président de la République prend acte du « oui » et se satisfait d’un taux d’approbation plutôt moyen à son référendum. Sans faire de politique-fiction, il serait sans doute très supérieur aujourd’hui, tant les Français se sont approprié cette élection de leur président.

Dans l’élan, de Gaulle annonce les prochaines élections des 18 et 25 novembre. C’est un triomphe : 233 membres sur 482 sièges à l’Assemblée pour l’UNR (Union pour la Nouvelle République). Aucun parti en France n’a fait un tel score, depuis la Libération. Entre les deux tours, de Gaulle dit en Conseil des ministres : « J’ai déclaré la guerre aux partis. Je me garde bien de déclarer la guerre aux chefs des partis. Les partis sont irrécupérables. Mais les chefs de partis ne demandent qu’à être récupérés… Il leur suffit de récupérer un portefeuille. » Le général était aussi un grand politicien.

Partager cet article

L'Histoire en citations - Gaule et Moyen Âge

L'Histoire en citations - Renaissance et guerres de Religion, Naissance de la monarchie absolue

L'Histoire en citations - Siècle de Louis XIV

L'Histoire en citations - Siècle des Lumières

L'Histoire en citations - Révolution

L'Histoire en citations - Directoire, Consulat et Empire

L'Histoire en citations - Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxième République

L'Histoire en citations - Second Empire et Troisième République

L'Histoire en citations - Seconde Guerre mondiale et Quatrième République

L'Histoire en citations - Cinquième République

L'Histoire en citations - Dictionnaire