Chateaubriand : « La grande mesure décrétée contre Bonaparte fut un ordre de “courir sus” : Louis XVIII, sans jambes, “courir sus” le conquérant qui enjambait la terre. » | L’Histoire en citations
Chateaubriand : « La grande mesure décrétée contre Bonaparte fut un ordre de “courir sus” : Louis XVIII, sans jambes, “courir sus” le conquérant qui enjambait la terre. »
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restauration citationActeur politique intermittent, inconséquent, insatisfait même sous la Restauration espérée, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, diplomate, pair de France, Chateaubriand vaut moins pour ses actes que pour ses mots. Témoin toujours critique, il ne se départit jamais d’un humour cinglant.

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« La grande mesure décrétée contre Bonaparte fut un ordre de “courir sus” : Louis XVIII, sans jambes, “courir sus” le conquérant qui enjambait la terre. »1928

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Quand il écrit ses Mémoires, l’auteur qui s’était rallié à la Restauration est passé dans l’opposition, ce qui est assurément sa vraie nature. Le pays se divise face à l’événement stupéfiant : le retour de l’Empereur. L’Europe va de nouveau se coaliser contre la France et tous les efforts de Talleyrand, qui représente Louis XVIII au Congrès de Vienne, seront réduits à néant. Quant à Fouché qui prévoit le pire, il n’a pas tort - ce sera bientôt le désastre de Waterloo (18 juin 1815).

« La légitimité gisait en dépôt à l’hôtel d’Hane de Steenhuyse comme un vieux fourgon brisé. »1938

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Il a été nommé ministre de l’Intérieur par Louis XVIII réfugié à Gand – parce que Talleyrand a su l’empêcher de fuir plus loin ! Le roi a constitué un gouvernement en exil. Selon le duc de Castries, Chateaubriand devient vite à lui seul tout le gouvernement, mais n’est pas dupe ! La situation est assez ridicule, en ce début du mois d’avril 1815.

« Tout à coup, une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouché. »1953

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Arrivant à Saint-Denis pour y retrouver Louis XVIII rentré en France après les Cent-Jours, il aperçoit Talleyrand et Fouché venus se rallier au roi. Il décrit l’effet que lui causa cette entrée des deux hommes allant se présenter, ce 7 juillet 1815, à Louis XVIII qui leur rendra leurs portefeuilles – Affaires étrangères et Police. « La vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l’évêque apostat fut caution du serment. »

L’année suivante, rayé de la liste des ministres d’État, Chateaubriand perd sa pension. Parce que, dit-il, « je m’élevais contre l’établissement d’un ministre de la Police générale dans un pays constitutionnel ». Le poste va rester, mais Fouché le perd en 1816, pour devenir un proscrit, exilé comme régicide (député de la Convention, il a voté la mort de Louis XVI). Talleyrand, honni des ultras comme des libéraux, n’a pratiquement plus de rôle politique sous la seconde Restauration.

« Quand Monsieur de Talleyrand ne conspire pas, il trafique. »1786

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Il déteste autant qu’il méprise cet évêque défroqué, âpre au gain et libre de tout scrupule. Talleyrand sera accusé de bien des trahisons et des malversations. Mais dans son esprit, il sert la France, et c’est souvent vrai.

« Louis XVIII déclara que ma brochure lui avait plus profité qu’une armée de cent mille hommes. »1915

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Dans son pamphlet De Buonaparte et des Bourbons, publié à l’extrême fin de l’Empire (le 5 avril 1814), Chateaubriand expliquait qu’après le désastre dont Napoléon est cause, il n’est point d’autre salut pour la France que la restauration de la monarchie. Louis XVIII reconnaîtra ce qu’il lui doit jusque sous la seconde Restauration, mais le roi n’aimera jamais ce romantique plein d’orgueil et d’ambition, qui ne s’épanouit que dans l’opposition.

« La Charte, pour la plus grande partie de la nation, avait l’inconvénient d’être « octroyée » : c’était remuer, par ce mot très inutile, la question brûlante de la souveraineté royale ou populaire. »1919

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

La Charte, octroyée aux Français par Louis XVIII et promulguée le 4 juin 1814, instaure une monarchie constitutionnelle au prix d’un compromis entre l’Ancien Régime restauré et les acquis de la Révolution et de l’Empire. En résumé, c’est drapeau blanc et Code civil. À côté du roi, la nation est représentée par la Chambre des pairs (héréditaire et complétée par le roi à son gré) et la Chambre des députés (élue au suffrage censitaire). Les Chambres n’ont que deux fonctions : vote de la loi et contrôle du budget. Le gouvernement n’est pas responsable devant les Chambres. C’est le roi qui tranche en cas de crise entre le Parlement et les ministres. Il choisit les fonctionnaires, dirige les forces militaires et peut faire « des règlements et ordonnances nécessaires pour l’exécution des lois et la sûreté de l’État ». C’est dire que face à la souveraineté royale, la souveraineté populaire ne pèse pas lourd.

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