L’appel à la haine, du Consulat à nos jours | L’Histoire en citations
Édito de la semaine

La loi du 24 juin 2020 (publiée au JO le 25 juin) a créé un « observatoire de la haine en ligne, chargé du suivi et de l’analyse de l’évolution des contenus haineux, en lien avec les opérateurs, associations et chercheurs concernés ». L’observatoire est placé auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Le Corona virus a volé la vedette à ce texte - comme à bien d’autres thèmes et faits de société. Mais les réseaux sociaux sont quotidiennement mis en cause : injures racistes, antisémitisme récurrent, contenus terroristes ou pédopornographie, harcèlement sexuel ou politique, contestation brutale des représentants de l’ordre et la puissance publique, diffusion de fake-news… Tout est prétexte à un déferlement de haine anonyme qui entretient un « climat d’insécurité » dont les médias se font naturellement l’écho.

L’Histoire en citations est faite – entre autres – pour mettre en perspective l’actualité. La haine est aussi présente dans l’histoire que les valeurs républicaines (Liberté, égalité, fraternité) et sur ce point, on ne peut dire qu’il y ait progrès. Ce « sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive » s’est manifesté de tout temps et sous diverses formes.

Les guerres civiles ou étrangères sont prétexte ou raison à aggraver le phénomène. Les croisades d’aujourd’hui comme celles d’hier, quel que soit le nom donné à ces guerres sacrées et à la religion qui les inspire, dépassent les limites de la raison humaine.
Particulièrement frappant, choquant, spectaculaire, voire effrayant et surtout dangereux, l’appel à la haine, porté à son comble par la Révolution.

Le XIXe siècle, avec la Commune de Paris et les attentats terroristes, s’illustre également par ses appels à la haine, jusqu’à l’assassinat de Jaurès. L’entre-deux-guerres voit le déchaînement des idéologies extrêmes et les appels au meurtre nominatifs. Notre Cinquième République va naître sous les violences, les chantages et les attentats de la guerre d’Algérie. Souvenir, souvenirs…

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Parole de Paul Valéry (La Crise de l’esprit. 1919). Le philosophe qui pensait naturellement à la Grande Guerre ignorait la suite, le terrorisme islamiste, le réchauffement climatique, la pandémie du  Corona virus et tout ce qui nous menace aujourd’hui. Mais l’histoire continue. En serons-nous les acteurs ou les spectateurs ? Rien n’est encore joué.

Si vous ne l’avez pas encore lu, découvrez notre édito sur l’appel à la haine du Moyen Âge au Consulat.

Napoléon, du Consulat aux Cent-jours.

« L’air est plein de poignards. »1741

Joseph FOUCHÉ (1759-1820), mi-janvier 1804. Fouché (1903), Louis Madelin

Phrase évocatrice et lourde de menaces, signée d’un redoutable personnage aux mains déjà couvertes de sang. Ancien élève des Oratoriens, il s’est rallié aux idées révolutionnaires en 1789. Élu à la Convention, il a été missionné pour réprimer l’insurrection fédéraliste et royaliste en novembre 1793. Son ardeur lui valut le surnom de Mitrailleur de Lyon, le canon remplaçant la guillotine trop lente pour exécuter les condamnés par centaines.

Bien que n’étant plus au ministère de la Police (supprimé entre 1802 et 1804), il apprend la présence de Pichegru à Paris, général traître, déporté par le Directoire, évadé du bagne. Cadoudal est complice, chef chouan charismatique, déjà impliqué dans l’attentat de la rue Saint-Nicaise, fin 1800. Le général Moreau s’est plus ou moins joint au complot, s’estimant mal payé des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Ces hommes ont le projet d’enlever le Premier Consul.

Bonaparte informé, la capitale est mise aussitôt en état de siège. Il se confie à son frère Joseph : « Je vis dans une défiance continuelle. Chaque jour, on voit éclore de nouveaux complots contre ma vie. Les Bourbons me prennent pour leur unique point de mire ! » Ce n’est pas une paranoïa de dictateur. De son propre aveu, le comte d’Artois (frère du comte de Provence et futur Charles X) entretenait 60 assassins dans Paris. Et c’est lui qui a nommé Cadoudal, réfugié à Londres, lieutenant général des armées du roi, en 1800.

« Les Bourbons croient qu’on peut verser mon sang comme celui des plus vils animaux. Mon sang cependant vaut bien le leur. Je vais leur rendre la terreur qu’ils veulent m’inspirer […] Je ferai impitoyablement fusiller le premier de ces princes qui me tombera sous la main. »1743

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), 9 mars 1804. Histoire du Consulat et de l’Empire (1847), Adolphe Thiers

Cadoudal vient d’être arrêté, au terme d’une course-poursuite meurtrière, au Quartier latin. Il a parlé sans le nommer d’un prince français complice et de l’avis de tous, c’est le duc d’Enghien, émigré, qui vit près de la frontière, en Allemagne.

Le lendemain, le Premier Consul, en proie à une fureur extrême, donne l’ordre de l’enlever, ce qui sera fait dans la nuit du 15 au 16 mars, par une troupe d’un millier de gendarmes, au mépris du droit des gens (droit international).

« Le gouvernement arrête que le ci-devant duc d’Enghien, prévenu […] de faire partie des complots tramés […] contre la sûreté intérieure et extérieure de la République, sera traduit devant une commission militaire. »1744

Procès-verbal du 20 mars 1804. Mémoires historiques sur la catastrophe du duc d’Enghien (1824), Louis-Antoine Henri de Bourbon

Le prince, qui préparait son mariage et ne comprend rien à ce qui lui arrive, se retrouve enfermé au château de Vincennes. Le soir même, il est jugé, condamné à mort. Son mot de la fin est bien connu : « Qu’il est affreux de mourir ainsi de la main des Français ! »

« La saignée entre dans les combinaisons de la médecine politique. » L’Empereur écrira ces mots, en repensant à l’exécution du duc d’Enghien. Et dans son testament à Sainte-Hélène, il revendique la responsabilité de cet acte que la postérité jugera comme un crime.

« L’ogre corse sous qui nous sommes,
Cherchant toujours nouveaux exploits,
Mange par an deux cent mille hommes
Et va partout chiant des rois. »1765

Pamphlet anonyme contre Napoléon. Encyclopædia Universalis, article « Premier Empire »

Plébiscité triomphalement sous le Consulat et au début de l’Empire, le dictateur est remis en question par une opinion de plus en plus critique. Appel à la haine manifeste : de nombreux pamphlets contribuent à diffuser la légende noire de l’Ogre de Corse, contre la légende dorée de la propagande impériale.

Les rois imposés par l’empereur sont nombreux, pris dans sa famille ou parmi ses généraux : rois de Naples, d’Espagne, de Suède, de Hollande, de Westphalie. Royautés parfois éphémères, souvent mal acceptées des populations libérées ou conquises.

Les historiens estimeront à un million les morts de la Grande Armée, « cette légendaire machine de guerre » commandée par Napoléon en personne.

« Il faut tuer Buonaparte comme un chien enragé. »1934

TALLEYRAND (1754-1838), Congrès de Vienne, 12 mars 1815. Le Roi de Rome (1932), Octave Aubry

Les Cent-Jours, bref intermède sous la Restauration. Talleyrand pense comme son compère Fouché : « Cet homme est revenu de l’île d’Elbe plus fou qu’il n’était parti. Son affaire est réglée, il n’en a pas pour quatre mois. » Mais Talleyrand s’exprime publiquement et cela vaut condamnation.

Napoléon a bouleversé le bon ordre du Congrès et mis le ministre français dans une situation délicate, si habile que soit notre diplomate, à 60 ans. La haine des Européens coalisés va de pair avec la peur : l’Ogre Corse est encore capable de tout. Mais l’aventure dure quelque cent jours et se termine à Waterloo. Place ensuite à la légende, mais c’est une autre histoire.

Révolution de 1848.

« Demain, nous dresserons dans Paris autant de guillotines que nous y avons dressé d’arbres de liberté. »2165

Le chef des émeutiers (nom inconnu), 15 mai 1848. Choses vues (posthume), Victor Hugo

La foule envahit l’Assemblée, Hugo est témoin de cette manifestation : « On se figure la Halle mêlée au Sénat, cela dura trois heures. » Les mois de mai sont traditionnellement agités, dans notre histoire. En 1848, le mouvement est organisé par les clubs révolutionnaires et les socialistes purs et durs (Barbès, Blanqui, Cabet, Raspail). Point de départ : une manifestation de soutien aux patriotes polonais (dont le soulèvement a été écrasé dans le sang) regroupe des ouvriers des Ateliers nationaux, des émigrés politiques, des hommes de gauche qui n’ont pas la parole à l’Assemblée. La foule se précipite à l’Hôtel de Ville et veut la dissolution de l’Assemblée.

e coup de force échoue, les principaux instigateurs sont arrêtés et emprisonnés. Lamartine a tenté de rétablir le calme, par son éloquence. Mais cette Révolution va se révéler sans issue – et déboucher sur le Second Empire. Plus grave, elle marque les esprits et déchire durablement la France : « Le 15 mai [1848] fortifia dans la majorité la haine des manifestations ; il jeta les républicains modérés dans l’alliance avec les conservateurs contre les socialistes. Ce fut la rupture définitive entre l’Assemblée et le peuple de Paris » (Ernest Lavisse, Histoire de la France contemporaine).

Guerre franco-prussienne et Commune de Paris, années terribles (1870-71)

« Ce n’est pas par des discours et des votes de majorité que les grandes questions de notre époque seront résolues, mais par le fer et par le sang. »2306

Otto von BISMARCK (1815-1898), chancelier de la Confédération d’Allemagne du Nord. Bismarck (1961), Henry Valloton

Ces mots valent déclaration de guerre et posent le personnage, surnommé le Chancelier de fer. « Par le fer et par le sang » est une expression qui lui est chère, tout comme « la force prime le droit » – traduction de sa Realpolitik.

Bismarck veut faire l’unité allemande sous l’égide de la Prusse. Pour cela, il lui faut prouver sa force : écraser la France est le moyen le plus sûr. Il manœuvre pour monter contre elle les États du sud de l’Allemagne et les rassembler dans sa Confédération.

Face au futur chancelier du Reich, il y a Napoléon III. « L’empereur est une grande incapacité méconnue », disait Bismarck en 1864. C’est surtout un homme prématurément vieilli, physiquement atteint et devenu maladivement indécis. La chute de l’Empire et la défaite à Sedan (4 septembre 1870) vont se jouer en quelques jours.

« C’est une guerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins. »2366

Général Gaston de GALLIFFET (1830-1909), 3 avril 1871. Histoire socialiste, 1789-1900, volume XI, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaurès (1908)

C’est surtout une véritable guerre civile qui commence et qui va déchirer durablement la France : la haine est égale, dans les deux camps.

La Commune de Paris a été proclamée le 28 mars. La garde nationale s’efface devant ce nouveau pouvoir. Face aux Communards (ou Fédérés), les Versaillais se préparent, troupes commandées par les généraux Mac-Mahon et Vinoy. En plus des 63 500 hommes dont l’État dispose, il y a les 130 000 prisonniers libérés par Bismarck – hostile à tout mouvement populaire à tendance révolutionnaire. Le 30 mars, Paris est pour la seconde fois ville assiégée, bombardée, et à présent par des Français.

Premiers affrontements, le 2 avril : bataille de Courbevoie. Les Fédérés (ou Communards) tentent une sortie de Paris pour marcher sur Versailles (où le gouvernement s’est replié), mais ils sont arrêtés par le canon du Mont Valérien, fort stratégique investi par les Versaillais depuis le 21 mars : les rêveurs de la Commune qualifient les obus qui les écrasent de « choses printanières ». 17 tués (dont les 5 premiers fusillés de la Commune) et 25 prisonniers chez les Fédérés. Dans l’armée versaillaise, 5 morts et 21 blessés.

Galliffet a fait fusiller sans jugement 5 Fédérés prisonniers, il s’en explique : « J’ai dû faire un exemple ce matin ; je désire ne pas être réduit de nouveau à une pareille extrémité. N’oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit par conséquent sont à Versailles et à l’Assemblée nationale, et non pas avec la grotesque assemblée de Paris, qui s’intitule Commune. » Sa férocité lui vaudra le surnom de « Marquis aux talons rouges » ou « massacreur de la Commune ».

Cependant qu’à Paris, les clubs réclament la Terreur comme sous la Révolution, veulent « faire tomber cent mille têtes », rétablir la loi des Suspects. On joue la mort de la peine de mort en brûlant une guillotine.

« Il y aura quelques maisons de trouées, quelques personnes de tuées, mais force restera à la loi. »2370

Adolphe THIERS (1797-1877), Réponse à une délégation maçonnique, 22 avril 1871. Le Coq rouge : une histoire de la Commune de Paris (1972), Armand Lanoux

Thiers, chef du pouvoir exécutif d’une République encore fragile dans une France majoritairement monarchiste, est en charge du maintien de l’ordre. Lourde responsabilité ! Il ne peut laisser se développer cette révolution parisienne qui a déjà obligé l’Assemblée nationale à se replier à Versailles – ce qui est considéré comme une provocation par les Communards, vu le passé royaliste de cette ville. Mais il est parfaitement conscient du massacre qui peut résulter d’un assaut frontal.

Il va donc multiplier les déclarations : menaces, appels à la haine, intimidations diverses, tout en continuant de masser des troupes et de prendre des positions stratégiques dans la banlieue, si l’assaut se révèle indispensable.

Dans le même temps, l’organisation militaire de Paris se révèle une tâche irréalisable ! Le « délégué à la Guerre » Gustave Cluseret est remplacé le 1er mai par Louis Rossel, colonel de 27 ans – au lendemain des défaites de l’armée française et de la capitulation, il a pris parti pour la Commune (il sera fusillé). Il démissionne le 10 mai, remplacé par Charles Delescluze (bientôt tué au combat). Impossible de discipliner les gardes nationaux, tandis que la Commune hésite toujours entre l’anarchie et le pouvoir fort.

« Paris sera soumis à la puissance de l’État comme un hameau de cent habitants. »2373

Adolphe THIERS (1797-1877), Déclaration du 15 mai 1871. La Commune (1904), Paul et Victor Margueritte

Ces mots plusieurs fois répétés annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28 mai.

Bilan : au moins 20 000 morts chez les insurgés, 35 000 selon Rochefort. De son côté, l’armée bien organisée des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.

La Commune est l’un des plus grands massacres de notre histoire, tragédie qui se joue en quelques jours, Français contre Français, avec la bénédiction des occupants allemands, Bismarck ayant poussé à écraser l’insurrection. Il y aura 100 000 morts au total d’après certaines sources, compte tenu de la répression également sanglante, « terreur tricolore » qui suit la semaine historique – en comparaison, sous la Révolution, la Grande Terreur fit à Paris 1 300 victimes, du 10 juin au 27 juillet 1794.

Notons au passage que Thiers, élu (premier) président de la République par l’Assemblée nationale le 31 août 1871, a gagné une popularité « incroyable » pour avoir mis Paris au pas et évité le pire (une nouvelle Révolution) à la France, alors que l’Histoire ne lui pardonne pas la violence de cette répression, dénoncée par les témoins.

« Ce ne sont plus des soldats qui accomplissent leur devoir, ce sont des êtres retournés à la nature des fauves. »2379

La France, juin 1871. Les Révoltes de Paris : 1358-1968 (1998), Claude Dufresne

Les journalistes, unanimes, condamnent la répression et le déchaînement de haine. La Seine est devenue un fleuve de sang. Dans Le Siècle, on écrit : « C’est une folie furieuse. On ne distingue plus l’innocent du coupable. » Et dans Paris-Journal du 9 juin : « C’est au bois de Boulogne que seront exécutés à l’avenir les gens condamnés par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamnés dépassera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d’exécution. »

3 500 insurgés sont fusillés sans jugement dans Paris, près de 2 000 dans la cour de prison de la Roquette et plusieurs centaines au cimetière du Père-Lachaise : c’est le « mur des Fédérés », de sinistre mémoire. Il y aura 400 000 dénonciations écrites – sur 2 millions de Parisiens, cela fait un fort pourcentage de délateurs et montre la haine accumulée ! Pour juger les vaincus de la Commune, quatre conseils de guerre vont fonctionner jusqu’en 1874.

Troisième République.

« Prenez ce qu’il vous faut. »2409

Prince KROPOTKINE (1842-1921), devise anarchiste. La Conquête du pain (1892), Pierre Kropotkine

Provocation assumée, au-delà même de la haine contre les bourgeois.

Officier, explorateur, savant, ce prince russe adhéra au mouvement révolutionnaire né dans son pays. Arrêté, évadé, il fonde en Suisse une société secrète à tendance anarchiste. Expulsé, il vient en France où il aura aussi des ennuis avec la justice. Son influence est grande sur les divers mouvements anarchistes qui essaiment en Europe.

En France, les attentats se multiplient surtout de 1892 à 1894. L’anarchie a diverses causes : souvenir de la Commune de Paris, hostilité envers les partis politique de gauche, haine et mépris pour la bourgeoisie affairiste.

« Néron, Dioclétien, Attila, préfigurateur de l’antéchrist ! »2466

Les catholiques insultant Jules Ferry. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Surnommé hier Ferry-la-Famine – sous la Commune – et demain Ferry-Tonkin – pour sa politique coloniale. Cette fois, Ferry est attaqué en tant que ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts : son projet de réforme de l’enseignement public primaire (laïc, gratuit et obligatoire) réduit naturellement l’importance de l’enseignement privé.

Aucune injure n’est pire dans une République encore très catholique (avant la séparation de l’Église et de l’État en 1905) ! Débats déjà animés, le 15 mars 1879. Le 16 juin, la loi Ferry enflammera la Chambre. Gambetta défend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table qu’il perd son œil de verre ! Les députés en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols ! Il faut encore trois ans avant que passe le train des lois Ferry.

« Il y a les magistrats vendus,
Il y a les financiers ventrus,
Il y a les argousins,
Mais pour tous ces coquins,
Il y a d’la dynamite,
Vive le son, vive le son,
Il y a d’la dynamite !
Dansons la ravachole !
Vive le son d’l’explosion. »2504

Sébastien FAURE (1858-1942), La Ravachole, version anarchiste de La Carmagnole (1892), chanson. Ravachol et les anarchistes (1992), Jean Maitron

L’auteur a un long parcours militant : ex-séminariste, ex-marxiste, il devient anarchiste à la fin des années 1880, libertaire avec Louise Michel la Vierge rouge de la Commune, dreyfusard au moment de l’Affaire, avant de s’afficher pacifiste et antimilitariste, au siècle suivant.
L’anarchie va occuper la vie publique un quart de siècle : avec ses chansons, sa presse, ses héros et ses criminels, ses attentats, ses victimes – jusqu’au président de la République en personne, Sadi Carnot.

« Désormais, ces messieurs sauront qu’ils ont toujours une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête, ils voteront peut-être des lois plus justes. »2510

Auguste VAILLANT (1861-1894), Déclaration à la police qui l’interroge, après l’attentat qu’il a perpétré, le 9 décembre 1893. L’Épopée de la révolte (1963), André Mahé

Au procès, il affirme avoir lancé cette bombe pour venger son idole Ravachol, et non pour tuer. Vaillant, 33 ans, est exécuté le 5 février 1894. Cela n’empêche pas, une semaine plus tard, l’explosion d’une autre bombe.

La flambée anarchiste qui frappe la France, inspirée de Proudhon et Bakounine en rupture de socialisme, va parcourir l’Europe, tuer l’impératrice Élisabeth d’Autriche (célèbre Sissi), le roi d’Italie Humbert Ier, et franchir l’Atlantique, pour atteindre le 25e président des États-Unis d’Amérique, William McKinley. Le terrorisme est une force de frappe récurrente, et le monde occidental devra affronter le terrorisme rouge dans les années 1970, le terrorisme islamique au début du XXIe siècle.

Vaillant, ni penseur ni même militant, est un marginal qui a survécu en multipliant les petits métiers, se lançant dans la lutte politique pour faire entendre « le cri de toute une classe qui revendique ses droits ». L’inexistence d’un vrai programme social demeure l’une des faiblesses de la Troisième République – jusqu’en 1936 et l’avènement du Front populaire.

« Jaurès est tué ! Ils ont tué Jaurès. »2569

Mme POISSON (fin XIXe-début XXe siècle.), Café-restaurant du Croissant, 31 juillet 1914 à 21 h 40. Arrêté du 18 novembre 1999 relatif à la frappe et à la mise en circulation de pièces commémoratives de 500 francs

Texte de l’arrêté : « Jean Jaurès est représenté de trois quarts, portant la barbe. À l’arrière-plan, des étendards flottant au vent et un assemblage de poulies évoquent les débuts de l’ère industrielle et le destin du militant politique tout à la fois attaché à la République et porteur d’idées sociales novatrices et généreuses. En légende, la phrase prononcée par un des témoins ayant assisté à l’assassinat : Jaurès est tué ! Ils ont tué Jaurès ! »

Circonstances du drame : Jaurès dînait rue Montmartre, près de son journal, L’Humanité. Raoul Villain, étudiant de 24 ans, a tiré au revolver sur le dirigeant socialiste. Exalté par les campagnes nationalistes qui, en pleine crise antiallemande, appelaient au meurtre contre l’homme incarnant le pacifisme, il explique : « J’ai voulu faire justice à cet antipatriote. »

Contexte politique : des appels à la haine répétés, comme ceux qui précédèrent l’assassinat des rois Henri III et Henri IV victimes de la théorie du régicide, prêchée par des extrémistes. « Dites-moi, à la veille d’une guerre, le général qui commanderait […] de coller au mur le citoyen Jaurès et de lui mettre à bout portant le plomb qui lui manque dans la cervelle, pensez-vous que ce général n’aurait pas fait son plus élémentaire devoir ? » Maurice de Waleffe, chroniqueur mondain d’extrême-droite, dans L’Écho de Paris, 17 juillet 1914.

Le monde ouvrier reprend le mot : « Ils ont tué Jaurès ! C’est la guerre. » L’Allemagne va déclarer la guerre à la France, le conflit va devenir mondial et le pays, si divisé dans la paix, se retrouvera uni dans l’épreuve.

Le déchaînement des idéologies extrêmes : de l’entre-deux guerres à la Seconde Guerre mondiale.

« On ne va pas chercher les ministres sur les bancs des conseils de guerre. »2686

Henri de KÉRILLIS (1889-1958), L’Écho de Paris, 19 novembre 1936. Le Quatrième pouvoir, la presse française de 1830 à 1960 (1969), Jean André Faucher, Noël Jacquemart

Épilogue de l’affaire Salengro, vue par un député républicain national (extrême droite).

Député socialiste et maire de Lille, ministre de l’Intérieur du gouvernement Blum, Roger Salengro refuse de faire évacuer par la force les usines occupées pendant les grandes grèves. C’est l’homme à abattre pour l’extrême droite. Il sera abattu par une campagne de presse.

L’Affaire Salengro commence dans l’été 1936 : Gringoire (hebdomadaire nationaliste) relance une accusation de désertion remontant à 1915. Une commission militaire, présidée par le général Gamelin, réexamine les dossiers des Conseils de guerre : Salengro avait demandé l’autorisation de quitter la tranchée pour ramener le corps d’un camarade, n’était pas revenu et avait été jugé déserteur par contumace, alors qu’il était prisonnier de guerre en Allemagne. À son second procès, il est acquitté. Traqué par les journaux d’extrême droite, victime de la rumeur, Salengro se suicide au gaz, le 17 novembre 1936.

« L’ennemi numéro un […] est l’Allemagne. Après Hitler, ou, qui sait ? avant lui, sur un tout autre plan, il y a un autre ennemi. C’est la République démocratique, le régime électif et parlementaire légalement superposé comme un masque grotesque et répugnant à l’être réel du pays français. »2687

Charles MAURRAS (1868-1952), L’Action Française, 11 janvier 1937. L’Action française (1964), Eugen Weber

Front populaire et situation internationale exacerbent les divisions et renforcent les partis de droite : 2 millions d’adhérents au Parti social français, le PSF du colonel de La Rocque, 200 000 membres au Parti populaire français, le PPF de Doriot, communiste repenti, devenu fasciste.

Maurras influence toujours une classe dont il est à la fois « l’enfant terrible et la mauvaise conscience » (Roger Stéphane). À l’égard d’Hitler, sa position est simple à dire, sinon à vivre : il n’est pas contre lui en tant que dictateur ni contre le fascisme en tant que doctrine – il serait même plutôt pour un régime d’« ordre » et une puissance susceptible de contrer l’URSS. Mais il est contre Hitler menaçant la France, l’intégrité de son territoire. Un an plus tard, il écrira : « Rien pour une guerre de doctrine, tout pour la défense de notre sol sacré. »

« Je veux pas faire la guerre pour Hitler, moi je le dis, mais je veux pas la faire contre lui, pour les Juifs… On a beau me salader à bloc, c’est bien les Juifs et eux seulement, qui nous poussent aux mitrailleuses… Il aime pas les Juifs Hitler, moi non plus… »2688

Louis-Ferdinand CÉLINE (1894-1961), Bagatelles pour un massacre (1937)

Ce n’est pas le seul antisémite de l’époque, mais c’est l’un de ceux qui s’expriment avec le plus de violence et un génie littéraire non contestable. Ce pamphlet où la haine l’égare achève de faire l’unanimité contre lui. Il s’est déjà créé des ennemis chez les bien-pensants, avec son Voyage au bout de la nuit (1932) qui attaque le militarisme, le colonialisme, l’injustice sociale. Ses impressions de retour d’URSS publiées dans Mea Culpa (1936) lui ont ensuite aliéné tous les sympathisants communistes.

« S’ils s’obstinent, ces cannibales, à faire de nous des héros, il faut que nos premières balles soient pour Mandel, Blum et Reynaud. »2697

« À bas la guerre », l’Action Française, numéro saisi le 27 septembre 1938. La Vie politique sous la IIIe République : 1870-1940 (1984), Jean-Marie Mayeur

Le numéro paraît en pleine crise de Munich, avec l’article ainsi titré. Les termes disent la violence de l’opposition d’extrême droite : antisémitisme, appel à la haine et appel (nominatif !) au meurtre, ce qui a déjà tué Jaurès, assassiné à la veille de la guerre, en 1914.

La situation internationale s’aggrave. Le 12 mars 1938, Hitler a envahi l’Autriche : l’Anschluss est une annexion pure et simple. En septembre, il récidive, prenant prétexte de la minorité allemande des Sudètes pour exiger le rattachement à l’Allemagne de ce territoire de Tchécoslovaquie.

« Mon empire vivra mille ans ! »2769

Adolf HITLER (1889-1945), dont l’empire vivra douze ans (1933-1945). Les 100 personnages du XXe siècle (1999), Frank Jamet

Prophétie du « Reich de mille ans » : au-delà de la propagande nazie, le Führer est le nouveau messie pour un peuple humilié, avide de revanche. C’est aussi la pire menace pour les peuples voisins.

Première visée, la France, l’ennemie mortelle et vaincue : elle va subir la domination allemande des deux tiers de son territoire, dans la zone occupée, avec une zone libre qui le sera de moins en moins, tandis que les trois départements d’Alsace-Lorraine sont annexés, et les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais réunis à la Belgique – elle-même envahie par les chars d’assaut lors de la Blitzkrieg (guerre éclair) et passée sous administration allemande, le 15 septembre 1940.

D’autres pays feront les frais de cet impérialisme qui redessine la carte de l’Europe. En vertu du pacte tripartite signé le 27 septembre 1940, donnant à l’Allemagne, à l’Italie et au Japon le droit à l’« espace vital » dont chacun a besoin et par le jeu des empires coloniaux, c’est le monde que les trois dictateurs, Hitler, Mussolini et Hiro-Hito, veulent se partager. Cette guerre, fatalement, devait devenir mondiale. En un quart de siècle, incluant l’instauration de régimes communistes et leur cortège de persécutions, « soixante-dix millions d’Européens, hommes, femmes et enfants, ont été déracinés, déportés et tués », écrira Albert Camus.

« En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumée qu’exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vérolée, fleurant le patchouli et la perte blanche, la République toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours là, la mal blanchie, elle est toujours là, la craquelée, la lézardée, sur le pas de sa porte, entourée de ses michés et de ses petits jeunots, aussi acharnés que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapporté de billets dans ses jarretelles ; comment auraient-ils le cœur de l’abandonner, malgré les blennorragies et les chancres ? Ils en sont pourris jusqu’à l’os. »2781

Robert BRASILLACH (1909-1945), Je suis partout, 7 février 1942

Écrivain de talent et d’autant plus responsable (selon de Gaulle), il s’est engagé politiquement avec l’Action française (le mouvement et le journal) dans l’entre-deux-guerres, mais c’est comme rédacteur en chef de Je suis partout qu’il va se faire remarquer. Il prône un « fascisme à la française ». Sa haine du Front populaire et de la République va de pair avec celle des juifs, notamment ceux au pouvoir, comme Léon Blum et Georges Mandel (né Rothschild), ex ministre et député, dont il demande régulièrement la mise à mort et qui sera assassiné par la Milice française, en juillet 1944.

« Il est un autre droit que nous revendiquons, c’est d’indiquer ceux qui trahissent. »2794

Robert BRASILLACH (1909-1945). La Force de l’âge (1960), Simone de Beauvoir

Appel à la haine manifeste et nominatif, la délation est la forme la plus infâme, parce que la plus lâche de la collaboration. À côté des trafiquants trop contents de faire des affaires sur le marché noir, d’autres ont des raisons politiques. Faiblesse devant le vainqueur admiré, calcul pour être du « bon » côté au jour de la victoire escomptée, mais aussi et plus rarement, conviction idéologique mêlant souvent anticommunisme, antisémitisme, anglophobie. Brasillach, auteur doué, est de ce camp.

Venu de L’Action française, on le retrouve dans l’équipe d’un journal de sinistre mémoire, Je suis partout. La chasse aux résistants, de plus en plus nombreux et organisés, se radicalise, en janvier 1943, avec la Milice, police supplétive de volontaires chargés de les traquer. Le Service du travail obligatoire (STO) institué en février va considérablement augmenter le nombre de « ceux qui trahissent » (dénoncés frénétiquement par Brasillach) pour ne pas aller travailler en Allemagne. La résistance est alors une activité clandestine à haut risque.

« La haine est un devoir national. »2820

Florimond BONTE (1890-1977), titre d’un article dans L’Humanité, 11 janvier 1945. Histoire de la guerre, 1939-1945 (1965), Jean Galtier-Boissière

C’est l’appel à la haine clair et net, « pur et dur », signé d’un député communiste de Paris, élu plusieurs fois et réélu, membre du Comité central et du Bureau politique du PC, rédacteur en chef de l’Humanité (de 1929 à 1934) et directeur de France-Nouvelle (de 1945 à 1956). Donc, un responsable dont la voix porte.

Les communistes se distinguèrent en cela. Quand la justice disait « non coupable », L’Humanité titrait : « Le collabo X est acquitté. »

La Cinquième République en quelques repères.

(La guerre d’Algérie, guerre civile meurtrière et solde d’un passé colonial : la haine répond à la haine)

« L’OAS frappe où elle veut, quand elle veut, comme elle veut. »2998

Slogan de la nouvelle « Organisation Armée secrète ». L’OAS et la fin de la guerre d’Algérie (1985), M’Hamed Yousfi

Premiers tracts lancés début février 1961.

L’armée fait son métier en Algérie, avec 400 000 hommes qui se battent sur le terrain. La pacification progresse (excepté dans les Aurès), mais le terrorisme fait rage et le FLN multiplie les attentats.

Les Européens d’Algérie vivent aussi dans la terreur de la négociation, qui conduira inévitablement à l’indépendance. Et l’OAS, choisissant la politique du désespoir, recourt également aux attentats. Ainsi, le maire d’Évian, Camille Blanc, tué par une charge de plastic le 31 mars, assassiné uniquement parce que sa ville est choisie pour accueillir les négociations. Cela n’infléchit en rien la politique du président.

La valise ou le cercueil.3006

FLN, écrit sur des petits cercueils postés aux pieds-noirs. De Gaulle ou l’éternel défi : 56 témoignages (1988), Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib

Au printemps 1946, le PPA (Parti du peuple algérien luttant pour l’indépendance) diffusait déjà le slogan à Constantine, sur des tracts glissés dans les boîtes aux lettres.

Mais c’est au printemps 1962, à Alger, à Oran, que les attentats sont les plus nombreux, une charge de plastic pouvant faire plus de cent morts et blessés ! Le FLN déclenche également à la mi-avril une série d’enlèvements, pour lutter contre l’OAS toujours active dans le maquis. Ses membres sont protégés en centre-ville, les victimes sont surtout les colons isolés dans les bleds, les harkis, les habitants des banlieues. La découverte de charniers augmente la peur des petits blancs. L’exode s’accélère.

« Aujourd’hui ou demain, envers et contre tous, le traître de Gaulle sera abattu comme un chien enragé. »3010

Tract CNR (nouveau Conseil national de la résistance, créé par l’OAS) reçu par tous les députés, après l’attentat du Petit-Clamart, août 1962. Chronique des années soixante (1990), Michel Winock

Appel à la haine et au meurtre, c’est une retombée de la guerre d’Algérie aux conséquences importantes et inattendues.

De Gaulle échappe par miracle à l’attentat, le soir du 22 août, au carrefour du Petit-Clamart, près de l’aéroport militaire de Villacoublay. Sa DS 19 est criblée de 150 balles et seul le sang-froid du chauffeur, accélérant malgré les pneus crevés, a sauvé la vie au général et à Mme de Gaulle. Condamné à mort par la Cour militaire de justice, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, chef du commando et partisan de l’Algérie française, est fusillé le 11 mars 1963 – dernier cas en France.

Le lendemain de l’attentat, de Gaulle profite de l’émotion des Français pour faire passer une réforme qui lui tient à cœur : l’élection du président au suffrage universel. S’il devait mourir, cela donnerait plus de poids à son successeur et plus de légitimité. Tous les partis sont contre, sauf le parti gaulliste (UNR) et une minorité d’indépendants (Giscard d’Estaing en tête). Le seul précédent historique est fâcheux : Louis-Napoléon Bonaparte, élu du suffrage universel, transforma vite ce coup d’essai en coup d’État. De Gaulle annonce un référendum pour le 28 octobre et la réforme passera : la vie politique en France en est changée.

(Un fait divers politique de triste mémoire)

« Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et, finalement, sa vie. »3306

François MITTERRAND (1916-1996), Discours aux funérailles de Pierre Bérégovoy, 4 mai 1993

Le mot est très dur ! Il vise la presse et l’appel à la haine rendu responsable du drame. Il ne peut pas oublier qu’il est lui-même très attaqué, à tort ou à raison, pour son passé.

Le président défend la mémoire de son ex-Premier ministre et ami qui s’est tiré une balle dans la tête le 1er mai, après un acharnement médiatique injuste. La presse (Canard enchaîné en tête) reprochait à cet homme honnête, luttant contre la corruption et les corrompus, un prêt sans intérêt, pour une somme relativement modeste (un million de francs). Cet ancien militant, fidèle à ses convictions comme à ses amis, mais attaqué, puis lâché par les siens et notoirement déprimé, se reprochait surtout la défaite de la gauche, aux législatives de mars 1993.

La véhémence de Mitterrand a une autre raison : il est lui-même très attaqué sur son passé d’ex-vichyste, devenu résistant. La politique est un métier dur, qui peut devenir cruel. Son successeur vivra cette tragédie, le temps venu.
Moins d’un an plus tard, le suicide de François de Grosrouvre dans son bureau à l’Élysée affectera son vieil ami Mitterrand, et suscitera des rumeurs quasi inévitables.

(Les attentats terroristes, nouvelle guerre sainte menée au nom de l’Islam contre l’Occident)

« Dieu Tout-Puissant a frappé les États-Unis en leur point le plus vulnérable. Il a détruit leurs plus grands bâtiments. Louange à Dieu. Les États-Unis sont remplis de terreur du nord au sud et de l’est à l’ouest. Louange à Dieu. Il a permis à un groupe de musulmans à l’avant-garde de l’Islam de détruire les États-Unis. Je lui demande de leur accorder le paradis. »3364

Oussama BEN LADEN (1957-2011), 7 octobre 2001

Les attentats du 11 septembre 2001 (communément appelés Nine eleven en anglais) sont quatre attentats-suicides perpétrés le même jour aux États-Unis et provoquant la mort de 2 977 personnes, réalisés par des membres du réseau djihadiste Al-Qaïda et visent des bâtiments symboliques.

Au matin du mardi 11 septembre, dix-neuf terroristes détournent quatre avions de ligne. Deux avions sont projetés sur les tours jumelles du World Trade Center (WTC) à Manhattan (New York) et un troisième sur le Pentagone, siège du département de la Défense à Washington, tuant toutes les personnes à bord et de nombreuses autres travaillant dans ces immeubles. Les deux tours du World Trade Center, dont les sommets culminent à un peu plus de 415 m de hauteur s’effondrent deux heures plus tard, provoquant la destruction de deux autres immeubles. Le quatrième avion, qui vole en direction de Washington, s’écrase en rase campagne à Shanksville en Pennsylvanie, après que des passagers et membres d’équipage, prévenus par téléphone de ce qui se passait ailleurs, ont tenté en vain d’en reprendre le contrôle.

À travers plusieurs documents authentifiés, Ben Laden revendique son rôle dans la série des attentats et se réjouit du résultat. Voilà le terrorisme placé au centre de la géopolitique internationale. Deux guerres vont suivre. D’abord en Afghanistan, pour traquer Ben Laden et son réseau Al-Qaïda. La France s’engage aux côtés des Américains, le 7 octobre 2001 – mais elle ne les suivra pas dans la nouvelle guerre du Golfe, ou guerre d’Irak, en 2003.

Au terme d’une cavale de dix ans, Ben Laden sera finalement retrouvé dans une luxueuse résidence au Pakistan et tué par les forces spéciales de l’US Navy, au petit matin du 2 mai 2011. Mais cette nouvelle « guerre sainte » ne fait que commencer.

« J’ai mis la France à genoux. »3476

Mohamed MERAH (1988-2012), Toulouse, 20 mars 2012. Mot cité par le procureur de la République de Paris, et rapporté par Claude Guéant, ministre de l’Intérieur

Appel à la haine et défi manifeste. Le terroriste de 23 ans est assiégé durant 32 heures par le RAID (Recherche assistance intervention dissuasion), corps d’élite de la police nationale. Il s’est abondamment exprimé au téléphone, avant d’être abattu.

Le profil du tueur, délinquant multirécidiviste, souffrant de troubles psychologiques, ayant séjourné en Afghanistan et professant des opinions islamistes, suscite une controverse sur de possibles failles dans sa surveillance. Comment a-t-il pu exécuter froidement sept personnes en 10 jours, trois militaires à Montauban, trois enfants juifs et leur professeur à Toulouse ?

L’opération policière est médiatisée à l’extrême. Sarkozy parle de « tragédie nationale » et comme à chaque fait divers, propose de nouvelles mesures, cette fois contre les apprentis terroristes. Sondés comme il se doit, 74 % des Français approuvent son attitude. Dans cette affaire, le président de la République tient son rôle.

Suivront les attentats du 7 au 9 janvier 2015, visant notamment la rédaction de Charlie-Hebdo après la publication satirique des caricatures de Mahomet, les frères Kouachi, deux djihadistes français avérés, tuant 11 journalistes, plus un policer. 14 accusés sont actuellement jugés en cour d’assisses (du 2 septembre au 10 novembre 2020).

Les attentats du 13 novembre de la même année, revendiqués par l’organisation terroriste État islamique (Daech), sont une série de fusillades et d’attaques-suicides islamistes perpétrées le soir à Paris et dans sa périphérie par trois commandos distincts : à Saint-Denis, aux abords du Stade de France, dans plusieurs rues des 10e et 11e arrondissements où trois individus mitraillent des terrasses de cafés et de restaurants. L’attaque la plus longue et la plus meurtrière vise le Bataclan où 1 500 personnes assistent au concert du groupe américain de rock Eagles of Death Metal : trois djihadistes ouvrent le feu sur le public avant l’assaut des forces de l’ordre qui tue les terroristes. Bilan officiel des victimes : 130 morts et 413 blessés hospitalisés, dont 99 en situation d’urgence absolue. Ces attentats sont les plus meurtriers perpétrés en France depuis la Seconde Guerre mondiale et les deuxièmes en Europe, après les 191 morts des attentats de Madrid du 11 mars 2004.

(Le « dégagisme », forme politique de l’appel à la haine ou populisme de gauche radicale ?)

« Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la Révolution citoyenne. »3442

Jean-Luc MÉLENCHON (né en 1951), titre et sous-titre de son essai (Flammarion, 2010)

Le tribun de la gauche fourbit ses arguments, pour la présidentielle à venir. Il sait que l’écrit deviendra parole, c’est clair, à la lecture : « La consigne, « Qu’ils s’en aillent tous », ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. « Qu’ils s’en aillent tous ! » : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu « déclin de la France » avec leurs sales refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, « Qu’ils s’en aillent tous » aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! »

En 2008, Mélenchon, ex-trotskiste, a quitté le PS pour fonder le PG, Parti de Gauche. Le 21 janvier 2011, il propose sa candidature à l’élection présidentielle de 2012. En 2016, il créera la France insoumise, pour la campagne présidentielle de 2017, en attendant la prochaine, en 2022.
Dans ce livre et dans les discours à venir, on voit clairement la haine des riches, sans doute plus morale ou légitime, mais aussi violente et dangereuse que la haine des noirs, des juifs, des émigrés, des étrangers, tout ce qu’il reproche au Front national (aujourd’hui RN), son ennemi numéro un. Il va se référer à Robespierre et Saint-Just, symboles de la Terreur révolutionnaire - ce sont toujours des liaisons dangereuses, voire vertigineuses.

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