L’appel à la haine, du Moyen âge au Consulat | L’Histoire en citations
Édito de la semaine

24 juin 2020. Une nouvelle loi (publiée au JO le 25 juin) crée un « observatoire de la haine en ligne, chargé du suivi et de l’analyse de l’évolution des contenus haineux, en lien avec les opérateurs, associations et chercheurs concernés ». L’observatoire est placé auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Le Corona virus a volé la vedette à ce texte - comme à bien d’autres thèmes et faits de société. Mais les réseaux sociaux sont quotidiennement mis en cause : injures racistes, antisémitisme récurrent, contenus terroristes ou pédopornographie, harcèlement sexuel ou politique, contestation brutale des représentants de l’ordre et la puissance publique, diffusion de fake-news… Tout est prétexte au déferlement de haine anonyme qui entretient un « climat d’insécurité » dont les médias se font naturellement l’écho.

L’Histoire en citations est faite – entre autres – pour mettre en perspective l’actualité. La haine est aussi présente dans l’histoire que les valeurs républicaines (Liberté, égalité, fraternité) et sur ce point, on ne peut dire qu’il y ait progrès. Ce « sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive » s’est manifesté de tout temps et sous diverses formes.

Les guerres civiles ou étrangères sont prétexte ou raison à aggraver le phénomène. Les croisades d’hier ou d’aujourd’hui, quel que soit le nom donné à ces guerres sacrées et à la religion qui les inspire, dépassent les limites de la raison humaine.

Particulièrement frappant, choquant, spectaculaire, voire effrayant et surtout dangereux, l’appel à la haine : il atteint un paroxysme sous la Révolution, réputée la période la plus passionnante. Est-ce un paradoxe ?

Du Moyen Âge à nos jours, nous vous proposons un bilan aussi clair que possible : par les mots, les faits, les raisons de la violence, le nombre et la qualité des victimes de la haine. L’ordre chronologique s’impose et le premier édito de cette mini-série se termine en feu d’artifice révolutionnaire.

La folie des croisades au Moyen Âge.

« Tu feras aux Infidèles une guerre sans trêve et sans merci. »129

Sixième commandement du parfait chevalier. La Chevalerie (1960), Léon Gautier

Le Moyen Âge, époque de foi et temps des cathédrales, va vivre sous le signe des croisades, appelées aussi guerres saintes : huit au total, de 1095 à 1270.

Ce sixième commandement est sans conteste le premier appel à la haine, très ciblé, visant les « Infidèles », Sarrasins et autres musulmans, bientôt relayé par le pape et accompagné d’une vraie déclaration de guerre.

Parmi les 10 commandements prononcés par le chevalier lors de son adoubement, on retrouve : « Tu protégeras l’Église », « Tu ne fuiras jamais devant l’ennemi », « Tu respecteras tous les faibles et t’en constitueras le défenseur », ou encore « Tu aimeras le pays où tu es né ».

« Ils deviendront des soldats, ceux qui, jusqu’à ce jour, furent des brigands ; ils combattront légitimement contre les barbares, ceux qui se battaient contre leurs frères et leurs cousins ; et ils mériteront la récompense éternelle, ceux qui se louaient comme mercenaires pour un peu d’argent. »167

URBAIN II (vers 1042-1099), Concile de Clermont, 1095. Les Croisades (1934), Frantz Funck-Bretano

Ce pape, par ailleurs grand orateur, commence à prêcher la première croisade. Il s’agit d’abord de la « délivrance des Lieux saints » – notamment Jérusalem et le tombeau du Christ – occupés par les musulmans. Le pape encourage cette entreprise militaire, en promettant aux croisés le paradis (indulgence plénière).

Guibert de Nogent, dans son Histoire des croisades, dit l’effervescence qui suivit : « Dès qu’on eut terminé le concile de Clermont, il s’éleva une grande rumeur dans toutes les provinces de France et aussitôt que la renommée portait à quelqu’un la nouvelle des ordres publiés par le pontife, il allait solliciter ses parents et ses voisins de s’engager dans la voie de Dieu. »

« Dieu le veut ! »168

Cri de guerre et de ralliement des croisés, lancé dès la première croisade. Dictionnaire historique, géographique et biographique des croisades (1852), Édouard d’Ault-Dumesnil

Deux expéditions se succèdent, de nature bien différente.

La « croisade populaire » part en 1096, conduite par Pierre L’Hermite et Gautier sans Avoir. Foule de pèlerins à peine armés, indisciplinés, bientôt malades et affamés, ils traversent l’Europe en massacrant les juifs et en pillant pour vivre. Ils seront anéantis en Anatolie.

La croisade des barons part en 1097, forte de 30 000 hommes et de quatre armées qui convergent sur Constantinople, chacune par son chemin. Ces chefs ont pour nom Godefroy de Bouillon, Baudoin de Flandre, Hugues de Vermandois, frère du roi de France, Robert Courteheuse, duc de Normandie, Raymond de Toulouse et Bohémond de Tarente. Une campagne de deux ans les mènera à la prise d’Antioche, d’Édesse et de Jérusalem (1099).

« Si vous désirez savoir ce qu’on a fait des ennemis trouvés à Jérusalem, sachez que dans le portique de Salomon et dans le temple, les nôtres chevauchaient dans le sang immonde des Sarrasins et que leurs montures en avaient jusqu’aux genoux. »177

Lettre au pape Urbain II, après la prise de Jérusalem, 15 juillet 1099. Signée par Godefroy de Bouillon (1061-1100), Raymond de Saint-Gilles (1042-1105), comte de Toulouse, et AdhÉmar de Monteil (??-1098), légat du pape. Recueil des cours, volume LX (1937), Hague Academy of International Law

La population de Jérusalem fut massacrée par les croisés. Le « temple » (esplanade de l’ancien temple d’Hérode) et les rues de la ville ruisselèrent de sang, selon l’auteur de l’Histoire anonyme de la première croisade. Les chroniqueurs chrétiens donnent le chiffre de 80 000 morts musulmans.

La folie des croisades est ce qui a le plus honoré la raison humaine. » Parole de Léon Bloy (La Femme pauvre, 1897), catholique ardent, visionnaire et mystique, il encense les croisades que, de son côté, le philosophe allemand Nietzsche qualifie d’« entreprises de haute piraterie ».

La croisade intérieure contre l’ « hérésie » cathare au début du XIIIe siècle.

« Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens ! »191

Arnaud AMAURY (1135-1225), avant le sac de Béziers, 22 juillet 1209. Dialogi miraculorum (posthume), Césaire d’Heisterbach, savant et religieux allemand du XIIIe siècle

Digne des plus sanglantes guerres de Religion, l’ordre est attribué à Amaury (ou Amalric), abbé de Cîteaux et légat du pape, chargé de ramener les dévoyés à la foi catholique. C’est sans doute une invention de Césaire d’Heisterbach, moine qui conta la prise miraculeuse de Béziers par les croisés de Simon de Montfort, dans ses Dialogi miraculorum.

Chef spirituel de la croisade contre les Albigeois et même s’il n’a pas donné l’ordre, Amaury écrit dans une lettre à Innocent III : « Sans égard pour le sexe et pour l’âge, vingt mille de ces gens furent passés au fil de l’épée. » Catholiques et cathares confondus, et Dieu reconnaîtra les siens…

Les Guerres de religion à la fin du XVIe siècle : 38 années de guerres civiles et fratricides.

« Tuez-les, mais tuez-les tous, pour qu’il n’en reste pas un pour me le reprocher. »523

CHARLES IX (1550-1574), 23 août 1572. Nouvelle Histoire de France (1922), Albert Malet

Veille de la Saint-Barthélemy. L’amiral de Coligny (protestant modéré) échappa au matin du 22 août à un attentat sans doute organisé par les Guise (ultra-catholiques). Le jeune roi Charles IX se rend au chevet de son conseiller qui le conjure de se « défier de sa mère ».

Rentré au Louvre, il répète pourtant ses propos à Catherine de Médicis, qui se concerte avec les Guise : le massacre des huguenots est décidé. Les protestants se répandent déjà dans les rues, réclamant justice au nom de Coligny. Catherine persuade son fils, faible de caractère. À contrecœur, il donne son accord : « Tuez-les, tuez-les tous… » Cette nuit, cet assassinat et ses suites – les milliers de morts et le sacrifice de son conseiller – hanteront ses nuits jusqu’à sa mort prochaine.

Selon certaines sources (dont Agrippa d’Aubigné), il tirait à l’arquebuse sur les fuyards. Selon d’autres historiens, il a tenté d’arrêter la tuerie qui commence dans les rues, les ruelles. De toute manière, il est trop tard ! On a fermé les portes de Paris et la capitale est profondément anti-huguenote. La haine se déchaîne. Et chaque protestant passe pour un Coligny en puissance : « Tuez-les tous ! » L’ordre royal du 23 août est répété à tous les échos, tous les carrefours.

Ce mot terrible rappelle le massacre des cathares au sac de Béziers, le 22 juillet 1209. On retrouvera ce climat de guerre civile et cet appel à la haine sitôt suivi d’effets sous la Terreur révolutionnaire et la Commune de Paris.

« Saignez, saignez, la saignée est aussi bonne au mois d’août qu’au mois de mai ! »527

Maréchal de TAVANNES (1509-1573), 24 août 1572. Œuvres complètes, volume X (1823), Voltaire

Ancien page de François Ier, gouverneur de Bourgogne où il se distingua déjà par son fanatisme contre les réformés, il excite ses soldats au massacre de la Saint-Barthélemy, appelé « la boucherie de Paris ».

Selon le journal d’un bourgeois de Strasbourg, présent le 24 août : « Il n’y avait point de ruelle dans Paris, quelque petite qu’elle fût, où l’on n’en ait assassiné quelques-uns… Le sang coulait dans les rues comme s’il avait beaucoup plu. » Et Michelet évoque cette féroce jouissance à tuer.

Le livre de comptes de l’Hôtel de Ville de Paris inscrit 1 100 sépultures, l’historien contemporain Jacques Auguste de Thou écrit : 30 000 morts. Entre les deux, 4 000 morts est un bilan vraisemblable.

La Fronde, révolution avortée au XVIIe siècle.

« Après ton compte rendu
Cher Jules, tu seras pendu
Au bout d’une vieille potence,
Sans remords et sans repentance. »787

Paul SCARRON (1610-1660), mazarinade. Poésies diverses : la mazarinade, Virgile travesti, roman comique

Le ministre est accusé de « rapine publique, fausse politique et sot gouvernement ». Mais il tient bon. La Fronde des princes s’essouffle dans ses querelles de personnes, mais va s’unir, fin 1650, à un nouvel accès de Fronde parlementaire, pour réclamer le départ du ministre. Le 7 février 1651, le duc de Beaufort soulève les Halles, bloque la reine au Palais-Royal.

Mazarin juge prudent de s’exiler pour un temps en Allemagne, cependant que de loin, il conseille la reine. À Paris, en mars, une assemblée de représentants de la noblesse et du clergé demande la réunion des États généraux, mais Parlement, bourgeois et princes y sont hostiles et l’assemblée se disperse. Les frondeurs recommencent à se quereller.

« Faut sonner le tocsin, din-din
Pour pendre Mazarin. »793

La Chasse donnée à Mazarin, chanson. Bulletin de la Société de l’histoire de France (1835), Renouard éd

« Prendre » est devenu « pendre » ! Le Parlement de Paris, qui l’a banni en janvier 1649, met sa tête à prix en décembre 1651 : 50 000 écus, payables par la vente de sa bibliothèque et ses collections (471 tableaux de maître référencés à sa mort). Mazarin, confondant parfois ses affaires et celles de l’État, a déjà accumulé une immense fortune.

Le cardinal a de nouveau pris la fuite et avec la reine cette fois, pour rejoindre le jeune roi à Poitiers. Le futur Louis XIV gardera un souvenir terrible de cette Fronde – cela explique en partie son règne de monarchie absolue. Le Parlement envoie des émissaires dans les provinces, tente de les soulever contre Mazarin, mais nul ne bouge. Turenne, à la tête de l’armée royale, bat Condé qui a recruté de son côté une armée espagnole. La France vit dans un incroyable désordre et ça va durer cinq ans !

Condé se réfugie dans Paris (avril 1652), ses partisans y font régner la terreur. La Grande Mademoiselle (fille du Grand Monsieur, Gaston d’Orléans) se lance dans la Fronde à cœur perdu.

« Ce sont des Mazarins, faites-en ce que vous voudrez ! »794

Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand CONDÉ (1621-1686) à ses soldats, 4 juillet 1652. Mémoires de Valentin Conrart (posthume, 1826)

C’est un contemporain qui témoigne, homme de lettres beaucoup plus discret que de Retz, se contentant d’être l’un des premiers Académiciens et secrétaire perpétuel de 1635 à sa mort, en 1675.

Parlement et bourgeois de Paris sont réticents, mais les partisans de Condé manœuvrent les milieux populaires, exploitent leur haine contre Mazarin et entretiennent un climat de terreur, depuis quelques mois. Cette Fronde tourne au délire et une vraie révolution aurait pu s’ensuivre.

Quelques ombres au Siècle des Lumières.

« Les grands seigneurs s’avilissent,
Les financiers s’enrichissent,
Tous les Poissons s’agrandissent.
C’est le règne des vauriens. »1162

Poissonnade attribuée à PONT-de-VEYLE (1697-1774). Journal historique : depuis 1748 jusqu’en 1772 inclusivement (1807), Charles Collé

Les poissonnades fleurissent, comme jadis les mazarinades. Le peuple supporte mal le luxe qui s’étale à la cour où règne la Pompadour et s’affiche dans des milieux prospères et âpres au gain, du côté des aristocrates comme des bourgeois.

La favorite fait aménager ses nombreuses résidences (hôtel d’Évreux, futur Élysée, La Celle, Bellevue, Champs). Elle place son frère Abel Poisson, nommé marquis de Marigny, à la direction générale des Bâtiments où il se montre d’ailleurs bon administrateur.

Mais le peuple s’en irrite : « On épuise la finance / En bâtiment, en dépenses, / L’État tombe en décadence / Le roi ne met ordre à rien / Une petite bourgeoise / Élevée à la grivoise / Mesurant tout à la toise / Fait de l’amour un taudis. »

La personne du roi est également attaquée. Les cabales se multiplient. Le lieutenant de police avoue son impuissance à traquer les auteurs et ceux qui leur tiennent la main : « Je connais Paris autant qu’on peut le connaître. Mais je ne connais pas Versailles. »

« Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre. »1165

Jean MESLIER (1664-1729), Mon testament (posthume, 1762)

Des copies circulent sous le manteau, toute l’Europe des Lumières a lu Meslier - qui a lui-même lu et annoté la Bible, les auteurs latins et Montaigne, Pascal, Fénelon, Saint-Simon.

Voltaire décide de publier le Testament. Mais ce cri de haine contre le roi et la religion est d’une telle violence qu’il réécrit nombre de passages, transformant l’athéisme extrême en déisme prudent. Voltaire n’est ni anarchiste ni révolutionnaire.

« Ami des propos libertins,
Buveur fameux, et roi célèbre
Par la chasse et par les catins :
Voilà ton oraison funèbre. »1195

Chanson à la mort de Louis XV (1774). Vie privée de Louis XV, ou principaux événements, particularités et anecdotes de son règne (1781), Mouffle d’Angerville

Cet appel à la haine, certes post mortem et anonyme comme nombre de pamphlets, n’en est pas moins d’une violence extrême, visant l’un de nos derniers rois de droit divin.

L’ex Bien-aimé est devenu en quelques années le roi le plus impopulaire de l’histoire ! Quant à ses « catins », Pompadour et du Barry en tête, elles étaient depuis longtemps visées par la vindicte populaire : selon beaucoup d’historiens, les « basses Lumières » ont ébranlé le régime presque autant que les écrits philosophiques.

Louis XV sort de l’Histoire de manière pitoyable. « On l’enterra promptement et sans la moindre escorte ; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller à Saint-Denis. À son passage, des cris de dérision ont été entendus : on répétait « taïaut ! taïaut ! » comme lorsqu’on voit un cerf, et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer » (Lettre de la comtesse de Boufflers).

Révolution, le temps de tous les extrêmes.

« Il y a une année que cinq ou six cents têtes abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd’hui, il en faudrait abattre dix mille. Sous quelques mois peut-être en abattrez-vous cent mille, et vous ferez à merveille : car il n’y aura point de paix pour vous, si vous n’avez exterminé, jusqu’au dernier rejeton, les implacables ennemis de la patrie. »1380

MARAT (1743-1793), L’Ami du peuple, décembre 1790. Histoire politique et littéraire de la presse en France (1860), Eugène Hatin

Dans la galerie de portraits révolutionnaires, Marat, c’est le méchant. Pas un ami de son vivant. Pas un historien pour en faire un héros. Pas un théoricien pour se dire « maratiste », comme on peut être dantoniste ou robespierriste. Et Victor Hugo se fait juge sans appel : « Les siècles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche crève. C’est Marat. » Quatre-vingt-treize (1874)

Marat fut pourtant l’« ami du peuple », jouissant d’une incroyable popularité auprès des sans-culottes. Déjà populaire auprès du petit peuple parisien, mais détesté de toute la classe politique, il joue au « prophète de malheur » dans le journal quotidien qu’il publie et qui est pour l’heure sa seule tribune.

Ici, c’est un véritable appel à la haine et au meurtre, alors que la guillotine n’est pas encore entrée en scène et que la Terreur est une notion inconnue. Mais dès le début de l’année 1791, le refrain de la Révolution française change de ton.

« Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Les aristocrates à la lanterne,
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Les aristocrates on les pendra. »1381

Ah ! ça ira, couplet anonyme, sur une musique de BÉCOURT (XVIIIe siècle), chanson

Le texte, innocent à l’origine, reprenait l’expression favorite de Benjamin Franklin, résolument optimiste et répétant au plus fort de la guerre d’Indépendance en Amérique, à qui lui demande des nouvelles : « Ça ira, ça ira. » Le mot est connu, le personnage toujours très populaire en France, et dans l’enthousiasme des préparatifs de la fête, le peuple répète et chante : « Ah ! ça ira, ça ira, ça ira / Le peuple en ce jour sans cesse répète, / Ah ! ça ira, ça ira, ça ira./ Malgré les mutins tout réussira […] Pierre et Margot chantent à la guinguette : / Ah ! ça ira, ça ira, ça ira. / Réjouissons-nous le bon temps viendra. »

Le ton soudain se durcit, se radicalise, quand une main anonyme ajoute ce couplet vengeur, toujours sur le même air de contredanse populaire du Carillon national. Le refrain le plus populaire de la Révolution est un appel à la haine et au meurtre – tout comme la Marseillaise à venir, si l’on sait lire les paroles.

« Désarmez les citoyens tièdes et suspects, mettez à prix la tête des émigrés conspirateurs […] Prenez en otage les femmes, les enfants des traîtres à la patrie. »1411

Jacques ROUX (1752-1794), 17 mai 1792. Jacques Roux et le Manifeste des Enragés (1948), Maurice Dommanget

Autre appel à la haine et au meurtre. C’est un discours prononcé à Notre-Dame, imprimé, vendu au profit des pauvres. Le chef des « Enragés » conclut : « Rappelez-vous surtout que l’Angleterre ne se sauva qu’en rougissant les échafauds du sang des rois traîtres et parjures. » L’escalade de la pensée terroriste est claire. C’est le langage de la terreur, avant la Terreur.

Au club des Cordeliers (celui des extrémistes), on appelle Jacques Roux le Petit Marat. C’est aussi le Curé rouge et le Prêtre des sans-culottes – vicaire, il fut un des premiers « jureurs » à la Constitution civile du clergé. Prêtre bien noté par sa hiérarchie à la veille de 1789, idolâtré de ses fidèles pour sa générosité, il est en quelque sorte révélé à la politique par la prise de la Bastille et converti à la Révolution. Il prononce alors son premier « prêche civique ».

Précurseur du socialisme, applaudi par les paroissiens et les gardes nationaux, mais aussitôt suspect à l’Église, il est bientôt révoqué, frappé d’interdit par l’évêque.

« Aux armes, citoyens !
Formez vos bataillons !
Marchez, marchez,
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons ! »1417

ROUGET de l’ISLE (1760-1836), Le Chant de guerre pour l’armée du Rhin, refrain (1792)

« Trouvé à Strasbourg […] il ne lui fallut pas deux mois pour pénétrer toute la France. Il alla frapper au fond du Midi, comme par un violent écho, et Marseille répondit au Rhin. Sublime destinée de ce chant ! », écrit Michelet, lyrique et romantique, dans son Histoire de la Révolution française.

Mystérieusement arrivé à Marseille, le chant plaît au bataillon des Marseillais, qui l’adopte comme hymne de ralliement et le chante le 29 juin 1792, en plantant dans la ville un arbre de la Liberté. Son histoire ne fait que commencer.

À force de l’entendre chanter, on en oublie la violence des mots et la référence obsessionnelle au sang : cet hymne patriotique à la liberté et la fraternité reste un chant de guerre et un appel à la haine d’une extrême violence.

« S’il est fait la moindre violence, le moindre outrage à leurs Majestés, le roi, la reine et la famille royale, s’il n’est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, [les Majestés impériale et royale étrangères] en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion, et les révoltés coupables d’attentats aux supplices qu’ils auront mérités. »1419

Charles Guillaume Ferdinand de BRUNSWICK (1735-1806), Manifeste rédigé le 25 juillet 1792. Journal de Paris (1792)

Fait sous la pression des émigrés, et sans doute de Marie-Antoinette, connu à Paris le 1er août, « le manifeste du général prussien Brunswick […] était, avec ses menaces insolentes de détruire Paris, conçu dans les termes les plus propres à blesser la fierté des Français » (Jacques Bainville, Histoire de France). La chose est claire et c’est bien ainsi que le message a été reçu : comme la pire des provocations.

« Il faut purger les prisons et ne pas laisser de traîtres derrière nous en partant pour les frontières. »1429

Mot d’ordre de la presse révolutionnaire. Histoire des Girondins (1847), Alphonse de Lamartine

Mot d’ordre repris par L’Ami du peuple de Marat et Le Père Duchesne d’Hébert, dans les premiers jours de septembre 1792. Marat ne se contente plus d’écrire, il entre le 2 septembre dans le Comité de surveillance créé par la Commune. Ce « fanatique énergumène » (selon le député Montagnard Levasseur) sera l’un des responsables des massacres de septembre.

« Le peuple veut se faire justice lui-même de tous les mauvais sujets qui sont dans les prisons […] Je me fous bien des prisonniers : qu’ils deviennent ce qu’ils pourront ! »1431

DANTON (1759-1794), à Grandpré, collaborateur du ministre de l’Intérieur Roland. La Révolution française (1928), Pierre Gaxotte

Le nouvel inspecteur des prisons, Grandpré, informe Danton du climat régnant dans la capitale et du danger couru par les prisonniers. Danton n’en a cure et parle d’un « sacrifice indispensable […] pour apaiser le peuple de Paris. « Vox populi, vox Dei », c’est l’adage le plus vrai, le plus républicain que je connaisse. » Danton est le grand homme de cette période : surnommé le « Mirabeau de la populace », orateur génial et incroyablement populaire, substitut de la Commune de Paris érigée en assemblée souveraine et ministre de la Justice depuis le 11 août, il a en fait tous les pouvoirs.

Quelques dizaines de sans-culottes font irruption dans les prisons parisiennes, la Conciergerie, l’Abbaye, Bicêtre. À la Force, la princesse de Lamballe, confidente de la reine, est dépecée par les émeutiers, sa tête plantée sur une pique promenée sous la fenêtre de Marie-Antoinette, prisonnière au Temple.

Les massacres du 2 au 6 septembre 1792 feront quelque 1 500 morts (sur 3 000 prisonniers). Des « droits commun » sont égorgés en même temps que les « politiques », nobles et prêtres.

« Respectables citoyens, vous venez d’égorger des scélérats ; vous avez sauvé la patrie ; la France entière vous doit une reconnaissance éternelle. »1432

Jean-Nicolas BILLAUD-VARENNE (1756-1819) aux massacreurs, 3 septembre 1792. Histoire parlementaire de la Révolution française ou Journal des Assemblées nationales (1834-1838), P.J.B. Buchez, P.C. Roux

Parole de Jacobin, membre de la Commune insurrectionnelle de Paris. Il encourage les égorgeurs à se servir sur le butin et la dépouille des cadavres, offre à chaque égorgeur 24 livres et les encourage : « Continuez votre ouvrage, et la patrie vous devra de nouveaux hommages. »

Ce mouvement n’a pas touché la province, sauf lorsque des tueurs parisiens y furent envoyés (à Versailles, Meaux, Reims, Orléans, Lyon). Et certains quartiers de Paris sont restés calmes. La même remarque vaudra sous la Grande Terreur. Billaud-Varenne, avocat au Parlement sous l’Ancien Régime, sera l’un des révolutionnaires les plus violents, redouté au Comité de salut public à Paris, mais aussi dans ses missions en province.

« Je vote pour la mort du tyran dans les vingt-quatre heures. Il faut se hâter de purger le sol de la patrie de ce monstre odieux. »1473

Nicolas RAFFRON de TROUILLET (1723-1801). Base de données des députés français depuis 1789 [en ligne], Assemblée nationale

Il fallut d’interminables discussions juridiques pour que, malgré l’inviolabilité constitutionnelle et les réticences des Girondins, Louis soit déclaré jugeable, le 3 décembre 1792. Le procès commence une semaine plus tard et c’est une première victoire des Montagnards, Robespierre en tête. Mais il importe de respecter les formes. Le procès du roi partage les députés de la Convention, érigée en tribunal : les Girondins sont pour la clémence, les Montagnards veulent sa mort. Avocat et diplomate, de Trouillet s’est rangé du côté de la Montagne. Il fait aussi partie de ceux qui ont refusé l’appel au peuple.

« Pour préserver les âmes pusillanimes de l’amour de la tyrannie, je vote pour la mort dans les vingt-quatre heures ! »1474

Claude JAVOGUES (1759-1796). Base de données des députés français depuis 1789 [en ligne], Assemblée nationale

Huissier en province à Montbrison avant la Révolution, totalement acquis aux « idées nouvelles », il se range du côté de la Montagne, sans état d’âme. Il n’en aura pas davantage dans quelques mois, retournant dans sa ville coupable d’attitude contre-révolutionnaire et se vantant de ce que « le sang coulera comme l’eau dans les rues » à Montbrison, rebaptisée Montbrisé. Il continuera de se distinguer par une sauvagerie punitive qui étonne même les Jacobins les plus durs.

366 députés votent pour la mort sans condition, 72 pour la mort sous diverses conditions et 288 pour d’autres peines (prison, bannissement). Cela trahit un embarras certain des députés. D’où la décision de voter à nouveau pour un éventuel sursis à l’exécution, quatrième question, posée les 19 et 20 janvier : sursis rejeté par 380 députés contre 310. Contrairement à la légende, Louis XVI n’a pas été condamné à mort à une voix de majorité ! Mais son cousin Philippe Égalité s’est totalement déconsidéré en votant pour la mort.

Les votes se sont déroulés sur quatre jours, nuits comprises, avec appel nominal, chaque député montant à la tribune pour justifier chaque fois son vote sur la peine à appliquer. Le jugement, l’appel au peuple et le sursis une fois rejetés, la sentence est exécutoire dans les 24 heures.

« L’arbre de la liberté ne saurait croître s’il n’était arrosé du sang des rois. »1475

Bertrand BARÈRE de VIEUZAC (1755-1841), à la tribune, 20 janvier 1793. Mémoires de M. de Bourrienne, ministre d’État : sur Napoléon, le Directoire, le Consulat, l’Empire et la Restauration (1829), Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne

Le président de la Convention, dans l’effervescence générale, justifie ainsi la condamnation à mort de Louis XVI, contre la partie la plus modérée de l’assemblée qui souhaitait atténuer la peine. Lui-même s’est prononcé pour la mort, sans appel au peuple, sans sursis à l’exécution. On retrouvera Barère en juillet 1793, membre du Comité de salut public et l’un des organisateurs les plus zélés de la Terreur, nommé l’Anacréon de la guillotine.

« Si jamais la Convention était avilie, si jamais par une de ces insurrections qui se renouvellent sans cesse, il arrivait qu’on portât atteinte à la représentation nationale, je vous le déclare au nom du peuple de la France entière, Paris serait anéanti ; bientôt on chercherait sur les rives de la Seine si Paris a existé. »1503

Maximin ISNARD (1755-1825), Déclaration à une délégation de la Commune de Paris, 25 mai 1793. Histoire parlementaire de la Révolution française ou Journal des Assemblées nationales (1834-1838), P.J.B. Buchez, P.C. Roux

Appel à la haine à voir comme le recours à une dernière chance. Girondin, menacé, il menace à son tour. Ces mots, adressés à la délégation d’une Commune de Paris constituée d’extrémistes et devenue insurrectionnelle depuis le 10 août 1792, rappellent le Manifeste de Brunswick ! La déclaration d’Isnard se révélera aussi dangereusement maladroite.

« Mettre à la gueule du canon tous les accapareurs, les financiers, les avocats, les calotins, et tous les bougres qui n’ont vécu jusqu’à présent que pour le malheur public. »1523

Jacques HÉBERT (1757-1794), Le Père Duchesne, fin juillet 1793. Anthologie de la subversion carabinée (2008), Noël Godin

Hébert a pris le relais de Marat (assassiné), en plus extrême. Dans son journal, il élargit ainsi la notion de suspect, multiplie les appels aux meurtres et adopte le programme des Enragés. Le Père Duchesne, seul grand journal populaire après la disparition de Marat et de L’Ami du peuple, aura jusqu’à 200 000 lecteurs. C’est dire l’influence de tels propos.

Le 17 septembre, la loi des Suspects permet d’arrêter « tous ceux qui doivent être considérés comme défavorables au régime nouveau ». La Terreur sera alors légalisée.

« Détruisez la Vendée ; Valenciennes et Condé ne seront plus au pouvoir de l’Autrichien. Détruisez la Vendée ; l’Anglais ne s’occupera plus de Dunkerque. Détruisez la Vendée ; le Rhin sera délivré des Prussiens… »1524

Bertrand BARÈRE de VIEUZAC (1755-1841), Discours, Convention, 1er août 1793. Histoire parlementaire de la Révolution française ou Journal des Assemblées nationales (1834-1838), P.J.B. Buchez, P.C. Roux

Les troupes républicaines ont été battues en juillet. Le programme d’extermination contre ce « chancre qui dévore le cœur de la République » sera mis en œuvre à la fin de l’année. Mais le génocide semble inscrit dans le décret voté le 1er août, après ce discours incendiaire qui use de l’anaphore chère aux révolutionnaires (répétition efficace, en bonne rhétorique). Il faut des « mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle, à faire disparaître leurs repaires, à incendier leurs forêts, à couper leurs récoltes. L’humanité ne se plaindra pas ; c’est faire son bien que d’extirper le mal ; c’est être bienfaisant pour la patrie que de punir les rebelles. L’autorité nationale portera l’effroi dans les repaires de brigands et dans les demeures des royalistes. »

L’armée de l’Ouest, sous les ordres de Léchelle secondé par Kléber, reprendra Cholet, Angers, Le Mans : les Bleus (les patriotes) massacreront les Blancs. L’armée vendéenne est anéantie à Savenay (23 décembre 1793), les colonnes infernales font la « terre brûlée » et exécutent 160 000 civils, au début de 1794. Chouans, Bretons et Normands, soulevés pour les mêmes raisons, subiront le même sort.

« La Terreur est à l’ordre du jour. »1532

Convention, Décret du 5 septembre 1793. Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire en l’An II, 1793-1794 (1973), Albert Soboul

La pression populaire est impressionnante. Une députation du club des Jacobins soutient les sans-culottes à l’Assemblée. Pour éviter d’être débordée, la Convention cède en se plaçant sur le plan du droit. Une Première Terreur (six semaines) avait succédé au 10 août 1792. Cette fois, elle va prendre une autre ampleur et mériter bientôt le nom de Grande Terreur.

« Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si familière avec tous les crimes qu’oubliant sa qualité de mère, la veuve Capet n’a pas craint de se livrer à des indécences dont l’idée et le nom seul font frémir d’horreur. »1541

FOUQUIER-TINVILLE (1746-1795), Acte d’accusation de Marie-Antoinette, Tribunal révolutionnaire, 14 octobre 1793. Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (1862), Émile Campardon

« Marie-Antoinette de Lorraine d’Autriche, âgée de 37 ans, veuve du roi de France », ayant ainsi décliné son identité, a répondu le 12 octobre à un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques et sur le rôle qu’elle a joué auprès du roi, au cours de divers événements, avant et après 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilité.

Au procès, cette fois devant la foule, elle répond à nouveau et sa dignité impressionne. L’émotion est à son comble, quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L’accusateur public ne fait d’ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassiné la reine en quelque 3 000 pamphlets, à la fin de l’Ancien Régime – cela ressort des « basses Lumières », masse de libelles et de pamphlets à scandale où le mauvais goût rivalise avec la violence verbale, inondant le marché clandestin du livre et sapant les fondements du régime. Après le Régent, les maîtresses de Louis XV et le clergé, Marie-Antoinette était devenue la cible privilégiée.

L’inceste (avec un enfant âgé alors de moins de 4 ans) fut l’une des plus monstrueuses « fake-news » de l’époque. La reine déchue n’est plus qu’une femme et une mère humiliée, à qui l’on a enlevé son enfant devenu témoin à charge, évidemment manipulé. L’appel à la haine sonne faux. L’accusée retourne le peuple en sa faveur. Le président menace de faire évacuer la salle. La suite du procès est un simulacre de justice et l’issue ne fait aucun doute. Comme Louis XVI, elle était condamnée d’avance.

« Partout ils mettent la cupidité à la place de l’amour de la patrie et leurs ridicules superstitions à la place de la raison : aussi je me demande s’il ne conviendrait pas de s’occuper d’une régénération guillotinière à leur égard. »1567

Marc Antoine BAUDOT(1765-1836). Les Cahiers bourbonnais (1989)

Malgré le décret d’émancipation qui en fit des citoyens semblables aux autres, dans les derniers jours de la Constituante, les juifs ne sont pas épargnés sous la Terreur. Plus qu’en toute autre époque, les paroles sont suivies d’action.

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