Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » | L’Histoire en citations
Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »
Citation du jour

Second Empire citationsEntre-deux-guerres, période bien nommée et datée : entre l’Armistice de la Première Guerre mondiale (11 novembre 1918) et la déclaration de guerre à l’Allemagne (3 septembre 1939), soit 21 années de « paix tourmentée » dans une Troisième République finissante.

L’Histoire en citations rend compte de l’essentiel en 91 citations (n°2617 à 2707). Voici quelques repères.

Prologue : dans la génération d’après-guerre fatalement marquée par la tragédie mondiale, le pessimisme ambiant des intellectuels rime avec l’extrémisme des engagements politiques. De fait, le pire est à venir - la Seconde guerre mondiale.

Feuilletez notre Chronique sur la Troisième République pour tout savoir.

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »2618

Paul VALÉRY (1871-1945), La Crise de l’esprit (1919)

L’angoisse de l’intellectuel dépasse l’horizon d’un après-guerre et d’un pays. Dès la paix revenue, Valéry lance ce cri d’alarme qui fait écho aujourd’hui encore : « L’Europe deviendra-t-elle ce qu’elle est en réalité, c’est-à-dire : un petit cap du continent asiatique, ou bien l’Europe restera-t-elle ce qu’elle paraît, c’est-à-dire : la partie précieuse de l’univers terrestre, la perle de la sphère, le cerveau d’un vaste corps ? »

« Il y a manifestement une crise de l’Europe : après une longue période de prédominance, qui semblait aux contemporains devoir durer toujours, le Vieux Monde voit, pour la première fois, son hégémonie contestée. Mais ce qui risque d’être mis en cause de ce fait, c’est, avec la destinée d’un continent, celle de toute une forme de civilisation. Sous son aspect le plus grave, la crise est là. »2620

André SIEGFRIED (1875-1959), La Crise de l’Europe (1935)

Économiste et sociologue, professeur au Collège de France, il répond, quinze ans après, à l’interrogation de Valéry devenue plus cruciale, d’autres dangers menaçant l’Europe et même le monde, en marche vers une autre guerre.

« Les nations, comme les hommes, meurent d’imperceptibles impolitesses. C’est à leur façon d’éternuer ou d’éculer leurs talons que se reconnaissent les peuples condamnés. »2621

Jean GIRAUDOUX (1882-1944), La Guerre de Troie n’aura pas lieu (1935)

Diplomate, bien placé pour voir venir les périls et savoir que la guerre aura lieu, auteur de roman et (ici) de théâtre, recourant au mythe pour aborder les questions de l’actualité brûlante, Giraudoux témoigne à sa manière apparemment légère – parmi tant d’autres intellectuels saisis par l’évidence de cette Troisième République finissante.

« Les nations ont le sort qu’elles se font. Rien d’heureux ne leur vient du hasard. Ceux qui les servent sont ceux qui développent leur force profonde. »2628

Édouard HERRIOT (1872-1957), Jadis, tome II, D’une guerre à l’autre, 1914-1936 (1952)

Parole d’un radical, célèbre maire de Lyon (1905 à 1957), député (1919 à 1940), plusieurs fois ministre et président du Conseil dans l’entre-deux-guerres. Le choix des chefs, pour le meilleur mais aussi le pire, va déterminer le sort des États et le destin du monde, jusqu’à la prochaine guerre.

« Sans doute faut-il incriminer d’abord les institutions qui, d’avance, détruisent les chefs. Nul régime n’aura, autant que le nôtre, usé d’individus plus rapidement. »2624

François MAURIAC (1885-1970), Mémoires politiques (1967)

L’écrivain engagé écrit ces mots en juillet 1933 : valse des gouvernements, crédibilité du régime entamée dans l’opinion, d’où ce procès du radicalisme et, de façon plus générale, de la politique sous cette République frappée d’impuissance.

« Les poisons sont quelquefois des remèdes, mais certains poisons ne sont pourtant que des poisons. »2625

Léon BLUM (1872-1950), À l’échelle humaine (1945)

Le socialiste parle des doctrines nazie (Allemagne) et fascistes (Italie et Espagne) qui sont autant de « barbaries totalitaires ». C’est l’un des grands maux européens de l’entre-deux-guerres : La Montée des périls – titre d’un des 27 tomes des Hommes de bonne volonté, publiés par Jules Romains de 1932 à 1947.

« Il n’est pas une idée née d’un esprit humain qui n’ait fait couler du sang sur la terre. »2627

Charles MAURRAS (1868-1952), La Dentelle du rempart (1937)

Cette leçon de l’histoire de France, d’ailleurs et de toujours, prend une vérité plus dramatique au cœur du XXe siècle, où la guerre des idéologies l’emporte sur la guerre des patries. Les statistiques ne comptent plus par milliers, mais par millions les victimes des « ismes » : hitlérisme, fascisme, stalinisme, communisme.

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